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Medellin et le département d’Antioquia

Après quelques jours fabuleux à Jardín et Jericó, dans la campagne colorée d’Antioquia, on remonte à la capitale du département, Medellín. La ville possède une histoire forte, c’est une vraie plongée dans le terrible passé colombien. On en profitera pour explorer un peu les environs avec Guatapé, San Rafael et Santa Fe de Antioquia.

Medellín

Pour être honnête, on ne fera pas grand-chose à Medellín, sinon se reposer, prévoir la suite et se préparer de bons petits plats.

On tombe sur le week-end des élections, qui en Amérique du Sud est souvent synonyme de ley seca (loi sèche) : vente d’alcool interdite ! La plupart des établissements concernés (bars, boîtes…) ferment ainsi leurs portes, pas le meilleur moment pour boire un coup à El Poblado ou aller danser la salsa au bout de la night. Il ne reste que les restaurants chics et l’ambiance d’un dimanche matin au cimetière. Après tout, John était déjà passé dans le quartier il y a quelques années, et avait manqué de s’étouffer en consultant le prix des restaurants. Tant pis, on fera l’impasse !

On réfléchit à rejoindre le musée de la Mémoire mais c’est vite la galère en transports. Encore une fois, John l’a déjà visité : c’est gratuit et forcément toujours intéressant, mais on en fait vite le tour, et c’est plus une forme d’hommage aux victimes qu’un véritable descriptif des évènements passés. Le parc Arví ? Idem, payant et cher, ou pas grand-chose à voir sinon la vue depuis le téléphérique. Et petit à petit, voilà qu’il ne reste plus grand-chose à faire, sinon rester tranquillement affalés dans notre canapé à l’auberge !

Rien du tout ? Allez, on fera quand même le tour classique de la Comuna 13. Les recommandations, parcours et prix sont aussi nombreux que les versions d’arepas en Colombie. D’ailleurs, si on maîtrise l’espagnol ou l’anglais, on trouvera des guides directement sur place : pas besoin de les chercher, ce sont eux qui vous trouveront.

Pour une fois, ce n’est pas un simple walking tour où l’on nous explique quel disciple de Gaudí a dessiné l’ébauche du coin droit d’une nef… Il nous paraît plus que jamais crucial de bien comprendre l’histoire de la ville, au travers de ce quartier et des évènements qui y sont survenus. C’est pourquoi beaucoup choisissent un guide francophone pour réaliser la visite. Après plus d’un an en Amérique du Sud, Camille se sent parfaitement prête à faire la visite… en français.

On partira donc avec David, qui propose le tour pour 90 000 COP/p. Mine de rien, ça fait un sacré prix pour une visite relativement courte. Et encore, c’est le moins cher que l’on ait trouvé ! Mais pour ce quartier plus que pour n’importe quel autre, on se dit que l’argent est bien placé : le tourisme est aujourd’hui l’un des principaux moteurs de la reconstruction de la Comuna 13.

Un peu d’histoire avant de déambuler dans les rues de la Comuna 13.

Medellín et sa réputation… Jusqu’au début des années 2000, la Comuna 13 est l’un des quartiers les plus dangereux de toute la Colombie. Une histoire évidemment liée au narcotrafic et au conflit armé qui ensanglante le pays depuis des décennies.

Dès les années 60, la violence dans les campagnes pousse de nombreux paysans à se réfugier sur les hauteurs de Medellín, où ils bâtissent des quartiers informels. Au fil des années, ces bidonvilles viennent grossir la Comuna 13, où pauvreté et violence s’installent durablement.

Le quartier devient alors une zone stratégique : situé à l’ouest de la ville, il commande la route vers la région d’Urabá et la mer des Caraïbes, l’un des principaux corridors de sortie de la drogue vers l’international, et d’entrée des armes. Les narcotrafiquants, à commencer par le cartel de Medellín du célèbre Pablo Escobar, s’y disputent le terrain. Règlements de comptes et agressions font exploser le taux de violence.

Dans les années 90, le conflit armé se rapproche de la ville : les guérillas (FARC, ELN) et leurs milices urbaines prennent le contrôle du quartier, bientôt disputé par les paramilitaires d’extrême droite. Les habitants se retrouvent pris entre plusieurs feux.

En octobre 2002, le président Álvaro Uribe, tout juste élu, lance l’opération Orión pour déloger les guérillas de la Comuna 13. Armée et police, épaulées par des paramilitaires, mènent une offensive d’une violence extrême : hélicoptères, tirs à l’arme lourde dans les ruelles, arrestations arbitraires et disparitions forcées. Beaucoup d’innocents y trouveront la mort. Le terrain de foot du quartier, aujourd’hui coloré, aurait été le théâtre d’exécutions à ciel ouvert. Le bilan exact reste flou, mais on parle de centaines de disparus.

Aujourd’hui, la Comuna 13 offre un tout autre visage : street art, escalators, danse, musique, tourisme… Un quartier qui renaît de ses cendres. Les habitants en sont fiers et s’impliquent pour améliorer leur qualité de vie, sans jamais oublier le passé.

Pour commencer la visite, on rejoint David au métro. Les tickets ne sont pas inclus, il faut prévoir un peu de cash. Nous sommes un groupe d’une dizaine de francophones. On fait d’abord une « balade » en téléphérique pour observer la ville d’en haut et rejoindre un mirador.

On s’arrête ensuite à la station la plus proche pour partager un taxi jusqu’à la Comuna 13, non desservie par le métro. Dès notre arrivée, on comprend que le quartier est sans doute devenu l’un des plus hauts lieux touristiques de Colombie, peut-être même davantage que le centre historique de Carthagène. Les narcos ont laissé la place aux touristes, les armes aux appareils photo.

C’est un peu Disney, avec des restaurants, des boutiques de souvenirs, des spots Insta partout. Bien sûr, cela n’enlève rien à l’histoire du quartier, c’est même un certain soulagement de constater que les locaux ont su rebondir et tirer parti de leur triste histoire, mais il ne faut pas s’attendre (et heureusement) à des ruelles lugubres parsemées de cratères d’obus.

On chemine au sein du quartier, observant quelques lieux d’apparence ordinaire et pourtant au passé lourd, comme ce stade de foot où étaient réalisées des exécutions, et au loin La Escombrera, une immense décharge de gravats devenue fosse commune, où reposeraient toujours de nombreuses victimes non identifiées.

Finalement, une majeure partie de la visite sera consacrée à observer les œuvres de street art, véritables fresques historiques et sociales : guerre, lumière, environnement… Certaines retracent de terribles évènements survenus à l’époque où les conflits faisaient rage dans le quartier, d’autres invitent à se reconnecter à la nature, à la communion entre les peuples…

Autre symbole fort de la transformation du quartier : les escaliers mécaniques.

Pour faciliter le quotidien des habitants de ce quartier si escarpé, la ville a installé en 2011 des escalators à flanc de colline, là où il fallait auparavant gravir l’équivalent d’une trentaine d’étages à pied. Une première mondiale pour un quartier populaire.
Le tourisme qui en découle fait aussi vivre les rescapés de cette sombre période et permet de faire perdurer la mémoire de la Comuna 13.

Le tour inclut l’entrée dans la galerie d’un peintre du quartier. On enfile nos lunettes 3D et on déambule dans les couloirs sombres à la découverte des peintures néon.

On logera à l’International House Co-Living (16 $/nuit) près du quartier Laureles. C’est un peu loin du métro, les chambres font un peu étudiantes, mais la partie commune sur une terrasse abritée est très chouette, avec une grande cuisine équipée. Finalement, on y passera la majeure partie de notre temps.

Plus de 6 ans après sa première visite, John a trouvé que la réputation de la ville avait bien changé. À l’époque, les locaux (y compris en dehors de Medellín) exprimaient leur fierté à propos de cette cité renaissant de ses cendres, exemple d’abnégation et de résilience pour tout le pays.

Cette fois, au contraire, bien des Colombiens nous ont mis en garde : ne pas aller à Medellín, ne pas sortir le soir… À cela s’ajoute une vague de témoignages de voyageurs victimes de vols ou d’agressions. Difficile de dire ce qu’il en est vraiment, mais à nos yeux, la ville ne restera finalement qu’un simple point de passage.

Guatapé

Passage obligé, Guatapé est un grand lac artificiel à proximité de Medellín (~2 h de bus depuis le Terminal del Norte). C’est également le nom du joli village (très touristique) non loin de la Piedra del Peñol, un impressionnant rocher qui s’élève au milieu de nulle part.

On a trouvé une auberge (Spa Bliss), un peu à l’écart du centre-ville de Guatapé, pour seulement 65 000 COP la nuit, avec cuisine et… spa. Soit c’est une erreur de prix, soit on s’attend à une mare de vase. On découvre en réalité une charmante auberge. La chambre est petite, située sous les toits, mais très jolie. Elle donne directement sur une petite cuisine presque privée (partagée avec l’autre chambre, vide). Et le jacuzzi fonctionne bien, on en profitera 2 bonnes heures en fin de journée.

On trouve également un almuerzo sur le port. Après qu’on a décliné une première fois, le serveur nous propose le menu pour 17 000 COP. Le resto fait un peu fancy, mais on profite de la vue sur le lac pour un déjeuner à prix décent.

Il est temps de se rendre à la Piedra del Peñol. À vrai dire, John n’a vraiment, vraiment pas envie d’y aller. Il n’y était déjà pas monté il y a plusieurs années. Il se résout quand même à accompagner Camille. On prend une jeep depuis la place pour 4 000 COP/p.

La jeep nous dépose sur la route et il faut enchaîner un bon nombre de marches pour atteindre le parking. Il y a déjà de jolies vues sur le rocher et les alentours, ce lac artificiel parsemé d’une multitude de petites îles.

À l’entrée, c’est un peu Disneyland, avec des restos partout. Le prix est quand même de 35 000 COP pour monter là-haut ! Pour John, c’est trop, il restera en bas.

Camille, elle, n’a pas fait tout ce chemin pour rester au pied du rocher. On lui laisse la parole :

Du coup, c’est parti : je prends mon ticket et j’attaque les 740 marches. Pour une fois, il n’y a pas d’ascenseur, c’est le même traitement pour tout le monde ! Je croise une multitude de Colombiens assis sur les marches pour reprendre leur souffle.
Une fois arrivée en haut, la vue est très belle : toutes ces îles, habitées ou non, au milieu de ce lac immense. Je prends quelques photos et je redescends les 220 m par le chemin inverse pour retrouver John.
Très touristique, assez cher, mais je trouve que la vue vaut le coup d’œil.

Au retour, on fait quand même le tour du village. Quitte à y rester une nuit, autant visiter un peu. Alors certes, ça sent le touriste un peu partout, mais le village est plutôt mignon, très coloré, avec ses zócalos, ces frises en relief qui décorent le bas des façades.

San Rafael

À quelques kilomètres de Guatapé, on trouve la petite bourgade de San Rafael, bien plus basse en altitude, au sein d’une luxuriante végétation. Le trajet dure 45 min pour 14 000 COP/p depuis le terminal de Guatapé. La route est assez chaotique et on fait régulièrement des bonds à l’arrière du bus.

On trouve un petit logement pour la nuit. Tout est un peu système D : la porte d’entrée ne ferme plus, une guirlande sert de lumière, une petite bouilloire pour cuisiner, l’évier de la cuisine se vide dans un seau de la salle de bains à vider régulièrement dans la cuvette, et bien sûr douche et toilettes ne font qu’un.

Bref, on n’est pas là pour traînasser dans une chambre : on part à pied de la place pour rejoindre la cascade La Honda, à 7 km. La première partie, pas la plus fun, se fait le long de la route. La chaleur et l’humidité sont étouffantes.

On prend ensuite un chemin qui suit la rivière. C’est très joli, boisé, et beaucoup de locaux se baignent. Le sentier s’élève brutalement pour redescendre derrière une colline. On croise un drôle de lézard vert avec une crête circulaire, qui court sur l’eau et virevolte entre les rochers.

Quand on arrive à La Honda, on découvre une jolie cascade qu’on ne soupçonnait pas. Un bassin permet de s’y baigner et de faire un peu redescendre la température corporelle.

Selon certains commentaires, on pourrait même parfois y croiser des singes ! Bref, rien de grandiloquent, mais une jolie petite balade.

On se dépêche de rentrer, juste avant que n’éclate la fin du monde et que des trombes d’eau s’abattent sur la région en l’espace de quelques minutes.

Le «sachiez-vous» ?

Antioquia abrite la plus grande population… d’hippopotames hors du continent africain ! Après la mort de Pablo Escobar et l’abandon de son zoo personnel, plusieurs spécimens se sont enfuis et sont parvenus à se reproduire au niveau du río Magdalena. On estime leur population à près de 200 individus, qui représentent évidemment une menace pour l’environnement.

Santa Fe de Antioquia

On repasse brièvement par Medellín pour rejoindre la côte caraïbe. Avant cela, dernier arrêt à Santa Fe de Antioquia, à environ 2 h au nord-ouest de la ville. Le village, sans doute prisé des riches familles de Medellín le week-end, est splendide.

C’est un vrai plaisir de déambuler dans ses petites ruelles blanches. Il fait également très chaud, il n’y a pas un chat dehors en début d’après-midi. On se croirait de retour dans le nord de l’Argentine, à l’heure de la siesta.

On va passer 2 nuits dans un camping, les Cabañas de Pino. C’est un coin plébiscité par les overlanders. Une belle piscine, des iguanes géants dans les arbres (qui font un sacré bruit quand ils en tombent), des fruits de tamariniers au sol, des avocatiers et des manguiers… On se relaxera tranquillement au bord de la piscine pendant ces quelques jours. Serait-ce le début des vacances ?

La nuit en camping (avec notre tente) coûte 30 000 COP/p. Douches, wifi, mais pas de cuisine. On se fera le café avec le fond de la bouteille de gaz et on mangera plutôt des salades de fruits ou d’avocat, pas désagréables avec cette chaleur.

Dans le village, tout le monde est très accueillant. On goûte enfin au plat régional (presque national), la bandeja paisa, au restaurant Santorini (~40 000 COP la bandeja). La serveuse n’est pas ce qu’on a vu de plus souriant, mais le pourboire est compris dans la note, alors pourquoi se forcer…

Remarquez, ce pourboire obligatoire a au moins un avantage : il nous épargne ce petit moment de gêne au moment de payer, quand on nous demande si l’on souhaite ajouter un pourboire malgré un sourire inexistant ou un service passable, qu’on n’aurait d’ordinaire pas récompensé.

En revanche, le restaurant est plutôt joli, avec des tables dans la ruelle ou dans un petit patio intérieur. Quant à la bandeja, c’est un bon résumé de la Colombie : beaucoup de viande, des frijoles, du riz et de la banane plantain frite.

Santa Fe est également connue pour le Puente de Occidente, un pont suspendu plus que centenaire de 291 m, véritable prouesse technologique et architecturale à l’époque. En revanche, ça représente quand même 6 km à pied pour s’y rendre… On se contentera des photos !

On apprend que les bus pour Turbo, porte d’entrée de la côte caraïbe du Chocó, partent à des horaires peu pratiques. Le premier du matin (5 h 30) ne permet pas d’arriver à temps pour prendre le bateau, et on est contraints de rester une journée de plus au bord de la piscine (oh, zut !) pour prendre le bus de minuit.

Bilan

Difficile de résumer la région d’Antioquia tant elle offre un large panel de paysages, d’activités, voire de climats différents. Si nous ne sommes pas tombés sous le charme de Medellín, pourtant symbole d’une flamboyante renaissance après une bien triste époque, nous aurons découvert une multitude de petits villages colorés et chaleureux, offrant une belle diversité d’activités.

Si on la prend dans son ensemble, c’est la région de Colombie où nous avons trouvé le plus de points d’intérêt. Et après ces quelques jours de farniente au bord de la piscine, cap sur la mer des Caraïbes !

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