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Volontariat dans une finca de café

Enfin, après des mois à l’évoquer, on pose enfin nos valises gros backpacks pour quelques temps, dans une petite ferme de café au cœur de la verdoyante campagne colombienne.

Volontariat en Colombie

Officiellement, le volontariat type woofing est interdit en Colombie. Il faut normalement un visa spécifique pour le volontaire et que l’hôte soit en règle (autorisation, assurance…). Dans les faits, on trouve de nombreuses annonces sur les réseaux ou les plateformes telles que Workaway ou Woldpackers, et rares sont les hôtes qui s’en soucient. On a néanmoins parlé à d’anciens hôtes qui ont eu des soucis avec l’inspection du travail à ce sujet. Bref, chacun fera ce qu’il souhaite de cette info, en connaissance de cause.

Pour notre part, on avait depuis longtemps l’idée de chercher un volontariat auprès d’une finca de café à petite échelle. Après (seulement) un premier volontariat dans un refuge pour singes en Bolivie, on souhaitait récidiver l’expérience. C’est l’opportunité rêvée pour en apprendre davantage sur le processus du café et partager le quotidien d’une famille colombienne.

Trouver des contacts sur Facebook n’est guère aisé, la recherche n’étant pas optimale. On ne souhaitait pas non plus souscrire à une plateforme pour un seul volontariat, on a donc tâtonné avant de tomber sur une annonce Worldpacker qui, bien sûr, ne précisait ni le nom de l’exploitation ni le numéro. John s’est mis en mode détective, récupérant les noms des hôtes et informations dans les commentaires laissés par les volontaires, listant les fincas de la zone, et cherchant la moindre correspondance. Bingo, il récupère un numéro !

Les hôtes nous répondent rapidement : la durée est d’1 semaine minimum, une participation de 200 000 COP (environ 45€) est demandée par personne et par semaine, incluant les 3 repas et l’hébergement. Les quelques commentaires étaient très bons alors on se lance !

La finca

La finca est localisée près de Mistrato, Caldas, au sein du fameux Eje Cafetero. On prend un bus de Pereira à Mistrato puis l’hôte, Will, vient nous récupérer, la finca étant située à 3km du village.

Il tient la finca avec sa conjointe, Catalina. Outre le café, ils produisent également du maïs, de la plantain, du miel et une tripotée de fruits, légumes… A vrai dire, c’est à la fois le bon et le mauvais côté. Si pour notre part, nous découvrons beaucoup de choses, pour eux cela représente une multitude de projets : conserves de légumes, cultures de champignons (pleurotes), hébergement, observation d’oiseaux… Des idées ils en ont, le temps et les moyens un peu moins !

Bien sûr, une famille n’est rien sans les enfants et on en dénombre un certain nombre : 2 chats, 3 chiens, 3 poules, 1 coq et 2 lapins.

Les repas sont inclus. C’est simple mais bon, souvent à base d’œufs et de riz. Ils en rigolent eux-mêmes, après les huevos con arroz, on innove quand même avec du arroz con huevos. Ils utilisent essentiellement des produits qu’ils cultivent pour accompagner ou parfumer les plats (herbes, légumes, plantains…).

On découvrira la version locale du tamal, bien plus grande que ses homologues sud-américains avec du riz, des légumes et beaucoup de poulet. On goûtera aussi de drôles de friandises, une gélatine à base de… collagène de pattes de bovins. Il y en a une version blanche type chamallow et une version noire plus relevée type gelée. Bon appétit !

La zone, champêtre, isolée entre montagnes et bosquets, est un lieu particulièrement apprécié des oiseaux. Tous les matins, au moment du café, c’est séance observation ! Un grand groupe d’oiseaux remontent d’ailleurs quotidiennement avant de redescendre à Pereira en fin de journée.

Mais notre préférence va au momoto, un magnifique (et assez courant) oiseau vert-bleu au cri caractéristique : « turu ». En plus on a des jumelles à disposition alors on tente comme on peut de prendre quelques photos !

On guette également en contrebas de la maison au cas où un agouti passerait. La maison est située à la lisière des bois et il se rapproche parfois, discrètement. On l’apercevra brièvement avant qu’il ne déguerpisse !

Les tâches

L’idée est de donner un coup de main tout en découvrant le fonctionnement de la ferme, les étapes de production du café… Bien sûr, selon la saison, il y a des priorités qui peuvent influer sur les tâches et les horaires.

En février, nous sommes en basse saison pour le café, il n’y a donc pas de pression. On nous donne rendez-vous le premier jour à 7h. On profite au réveil d’un bon café, et on discute longuement avec Willy. S’ensuit le petit-déjeuner, avec un nouveau café. Il est 9h30, on est encore assis sur la terrasse, il n’y a vraiment pas de pression.

Chaque jour, on se penchera sur différentes tâches, principalement au sein de la huerta (potager) : désherber, préparer le terrain, le terreau, planter les patates… Ils produisent beaucoup de produits différents, c’est l’occasion d’en apprendre un peu de notre côté : herbes aromatiques et médicinales, tubercules (patates, oignons, curcuma, gingembre…), légumes (carottes, courgettes, piments…), fruits (oranges, physalis…).

Ils disposent également de ruches mais avec la météo particulièrement humide qui sévit, c’est un peu plus compliqué. On se contentera d’une balade dans la propriété pour les observer et se rendre un peu plus compte de la superficie de la ferme. Une bonne partie est une jungle épaisse, humide, presque infranchissable.

On donnera un coup de main sur d’autres tâches comme dégrainer le maïs ou participer à la construction du toit extérieur. Dans une ferme, il y a toujours de quoi s’occuper !

Le café

En fin de journée, en période de récolte, il faut travailler le café. C’est impératif pour ne pas que le grain s’abîme ou commence à fermenter. Heureusement pour nous, il n’y a que peu de café disponible, et un seul cueilleur sur la première semaine et 3 sur la deuxième.

On attend donc la fin de la cueillette, vers 16h. Cela ne nous prendra guère plus d’une heure en général.

En revanche pendant la grosse saison, ce sont plusieurs centaines de kilos et jusque tard dans la soirée ! On pèse le panier de chacun et on vide tout dans une grande cuve.

Le processus est cyclique. Tous les jours, il faut gérer le café fraîchement ramassé mais également celui de la veille ou des jours précédents. On commence donc par les grains (dépulpés) qui fermentent depuis 24h. On les couvre d’eau, pour les nettoyer et pour éliminer ceux qui flottent. Les grains flottent alors qu’il n’y a plus que le noyau : en général ce sont des grains moisis, creusés par une vermine… Bref la pire qualité : la quatrième, souvent synonyme de poubelle à petite échelle, mais utilisée dans l’industrie. Plus il y a de grains et plus il faut remuer avec un balai pour laisser remonter ceux bloqués en dessous.

L’eau de lavage est bien trouble. On vide et on reproduit l’exercice en retirant les écorces ou noyaux qui flottent. En vidant l’eau, on crée un siphon avec le balai afin que les grains les plus légers retombent en dernier et forment au final un petit monticule coloré sur le dessus. Tout est très… disons, artisanal.

Willy a plein d’idées pour faciliter le processus mais le temps et l’argent manquent cruellement. Pour les quelques grains en surface, direction la 3ème qualité, celle qui est majoritairement vendue dans le pays et finalement consommée par la plupart des colombiens, incluant les fincas.

Direction le séchoir pour étaler le grain à la lumière et à l’abri. Le séchage peut aussi se faire à l’aide d’une machine ; si c’est plus efficace, en revanche le grain serait meilleur avec un séchage dit traditionnel. Ici, c’est assez froid, humide, ça peut prendre des semaines Ce n’est clairement pas optimal. 

Il est temps de s’occuper de la récolte du jour. Les grains, encore sous forme de fruits, enrobés de pulpe (mucilage) et d’une écorce, sont appelés cerises pour leur ressemblance. On les baigne dans l’eau (oui, ça fait beaucoup, beaucoup d’eau !) et on retire les grains qui flottent, direction la 2ème catégorie. On en profite également pour ôter branches et feuilles qui pourraient endommager la machine. A nouveau, on remue plusieurs fois les grains pour faire remonter ceux bloqués en dessous.

Les grains qui restent au fond de l’eau constituent la 1ère qualité. Maintenant que l’on a séparé les 2 premières qualités, on les travaille tour à tour en les passant dans la machine de « dépulpage ». Celle-ci est constituée d’une râpe en tambour qui va décortiquer les grains sans les abîmer. Selon leur taille, ils tombent ensuite dans la cuve ou finissent à part, dans la poubelle (ou 4ème catégorie). Quant à la pulpe, elle est expulsée dans un tuyau et servira de compost.

Les grains sont ensuite laissés à l’air libre pour fermenter jusqu’au lendemain. Bien sûr, tous les grains pourraient être travaillés simultanément mais dans une petite finca comme celle-ci, il n’y a pas suffisamment de cuves (et de main d’œuvre), il faut donc libérer la place au fur et à mesure. Globalement, le process est très similaire chez les nombreux producteurs de Colombie, bien que de nombreux détails varient en fonction des installations plus ou moins… artisanales.

Quant aux temps de fermentation, séchage, quantité d’eau, etc… C’est un peu à l’œil, ce que Willy appelle l’ojimetro, ou l’ancestral savoir-faire des locaux.  Plus il y a de café et plus la fermentation est irrégulière entre les grains au centre et ceux aux extrémités. On les tasse sur un côté de la cuve puis on les change de côté au matin afin de régulariser…

On peut aussi garder le « jus » et une partie des grains fermentés pour l’utiliser comme « levain » avec la récolte suivante afin d’accélérer le processus de fermentation. Lors des grosses périodes de récolte, on ne peut pas garder les cuves remplies, il faut systématiquement que le café soit mis à sécher le jour suivant et donc suffisamment fermenté.

Petite anecdote de la semaine. On découvrira de minuscules mammifères, d’à peine 1 ou 2 jours, au sous-sol. Willy et Cat absents, ne sachant pas forcément de quoi il s’agit, ni de comment procéder, nous leur aménagerons un petit pot douillet et Camille leur confectionnera une couverture en laine pour les garder au chaud. En réalité, ce sont des bébés mulots, dont la mère est passée dans la tapette la veille ; ils finiront au dîner des poules. C’était l’histoire triste et naïve de 2 p’tits gringos qui découvrent la ferme !

Autour

On fera un tour au village de Mistrato à plusieurs reprises. A l’écart des grands axes et sans attrait touristique, ce n’est pas tous les jours que des voyageurs passent là-bas.

Le village est sympathique, avec quelques canaux qui le traversent. C’est l’occasion de faire des provisions de gâteaux et de goûter les fresas con crema, des fraises dans de la crème montée accompagnées de coulis/arequipe et de toppings !

On promènera aussi les chiens jusque là-bas. Au moindre chien qu’il aperçoit, Danger deviendra fou furieux ! Mais comment peut-on être une adorable petite peluche à la maison, et un véritable monstre sanguinaire en dehors ?

On passera nos soirées à échanger, apprenant beaucoup de la culture et des coutumes locales. John et Will se feront une session réchaud artisanal en comparant les différents temps et puissances de cuisson.

Souvent, on enchaînera avec quelques parties de parques, la revisite du jeu des petits chevaux déjà entrevue à la finca Esmeralda. C’est décidément une institution ici, et nos hôtes sont particulièrement bons. Qui a dit que c’était un jeu de chance ?

Le dernier jour, avant de partir, Willy nous propose une petite balade sur un sentier écologique entretenu par des voisins. Au bord du rio, on découvre une diversité folle de fleurs ! On est aussi chaleureusement accueilli par tous les locaux qu’on croise qui nous offre café (sucré bien évidemment), bananes…

Quant à Will, il lui font don d’un mélange plus… herbacé ! En Colombie il est légal de cultiver quelques plants de cannabis pour sa consommation personnelle. Tout le monde semble avoir sa petite culture personnelle. Will nous dit que c’est pour soulager son dos, mais on a quelques doutes, pas sûr que sa production couvre sa consommation !

En tout cas, il est ravi de nous faire découvrir son jardin secreto. On aura bien sûr le droit à une masterclass sur cette plante, ses variétés, sa culture…

Bilan

Cela faisait longtemps qu’on y songeait. Après une première fabuleuse expérience dans un refuge en Bolivie, nous avions à cœur de réaliser un nouveau volontariat et quoi de mieux que dans une authentique finca de café dans l’arrière pays…

2 semaines où nous aurons beaucoup appris tant sur le processus du café que la vie agricole, et bien sûr la culture colombienne : joviale, chaleureuse, musicale.

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