Après une bonne semaine et demi à Cuenca, on quitte la ville à contrecœur pour entamer notre remontée vers Quito le long de la fameuse avenue des volcans. Première destination, les provinces de Bolivar et du Chimborazo.
Trajet
On prend le bus en direction de Riobamba. La route, sur la Panaméricaine, est longuette (6h) mais en bon état. On trouve un hébergement très correct près du terminal avec l’hôtel Navarra, qui accepte de garder nos sacs pour quelques jours. Il n’y a pas grand-chose à voir à Riobamba, sinon quelques places et églises, ou les différents marchés couverts. La zone autour du terminal est tranquille, et on peut trouver de nombreux restaurants le long de l’avenue Borja. D’ailleurs on trouve de très bons burgers à Ryo Burger.

On a hésité à couper la route en 2, en s’arrêtant par exemple à San Pedro de Alausi. John connaît déjà bien, c’est un joli petit village, connu pour le train de la Nariz del Diablo. Si le prix peut paraître excessif, on peut aussi observer le train à pied, le tout dans un beau décor.
Le marché indigène de Guamote est également un super stop, mais il a lieu le jeudi. Enfin, pour ceux qui ne l’ont pas fait depuis Cuenca, on trouve les ruines d’Ingapirca au nord (Canar) ainsi que le célèbre Camino del Inca qui se termine à Achupallas, près d’Alausi.
Salinas de Guaranda
Dans la province de Bolivar, non loin du volcan Chimborazo, on trouve un hameau prospère qui répond au nom de Salinas (de Guaranda ou Tomabelas), fruit d’une flamboyante renaissance il n’y a pas si longtemps. John est déjà passé plusieurs fois par là et ne tarit pas d’éloges sur cette petite bourgade perdue.
Logistique
Nous prenons le bus depuis Riobamba (départ toute la journée, environ 1 par heure) à destination de Guaranda (3,10$/p), charmant village connu pour son carnaval. On profite de belles vues sur le volcan Chimborazo. A Guaranda, on en profite pour prendre le petit-déjeuner au marché (llapingachos pour Camille, bolones pour John), puis nous enchaînons avec une camioneta partagée (1,25$/p) vers Salinas, elles partent toutes les 15 minutes près du parc Echeandia.


A Salinas nous logeons à La Minga, hostel sur la place centrale. C’est le moins onéreux (il n’y a pas non plus une offre débordante) avec une mini-cuisine, de jolies chambres et un beau patio intérieur. En revanche l’eau est tiède-chaude et le wifi moyen (comme partout dans la zone).

Histoire
Curieusement, ou non, parler culture et histoire n’a jamais été trop notre fort. Ce n’est pas par manque d’intérêt, disons que l’aspect nature, la beauté et évasion des montagnes, la faune ou la flore… ont toujours eu notre préférence. Allez, pour une fois, on se rattrape.
Salinas tient son nom des mines de sel, semblables à celles de Maras près de Cusco, au bord du rio. Pendant plusieurs siècles, l’exploitation des mines était la principale activité des indigènes de la région. Les mines appartenaient à une riche famille colombienne qui assouvissait complètement les locaux, récupérant près de la moitié des récoltes et les laissant vivre dans la misère.
Les chiffres sont éloquents. Dans les années 60-70, la région affichait un taux d’analphabétisation de 80% et notamment un taux de mortalité infantile de près de 40% ! Le village était dépourvu de route d’accès, d’électricité, d’accès à l’eau… Et les habitants vivaient encore uniquement dans des chozas, des « huttes » de pailles.


Alertés par ces conditions de vie déplorables, la mission Salesiana et des volontaires de l’organisation Mato Grosso se rendirent là-bas pour tenter de leur venir en aide. En l’occurrence, un religieux et un ingénieur suisse leur enseignèrent comment produire, commercialiser et gérer de manière autonome toute la chaîne économique avec, comme produit de départ… du fromage affiné comme chez nous. Ah ça y est, vous commencez à saisir notre intérêt !
Peu à peu, un système communautaire de micro-entreprises s’est formé, produisant une multitude de différents produits : fromage, chocolat, tissus, charcuterie… dont elles gèrent tout le processus : pour le fromage, le lait est récolté directement à la coopérative (d’ailleurs, c’est un amusant spectacle de voir défiler les ânes transportant les bouteilles de lait à l’aube) et analysé, le fromage est fabriqué, entreposé et mis à vieillir, puis transporté et vendu partout dans le pays.
Chaque micro-entreprise est organisée avec un responsable et des salariés, et les bénéfices sont ré-ingérés dans celle-ci. Régulièrement, un conseil est organisé au sein de la communauté pour prendre des décisions communes.



Désormais, les produits de Salinas (Salinerito) sont exportés dans tout l’Équateur, parfois à l’étranger, et le village est devenu un véritable modèle de réussite pour le continent. D’autres villages de la région contribuent désormais à la coopérative et une collaboration économique locale s’est mise en place avec des producteurs du pays pour l’approvisionnement en matières premières dont ne dispose pas la région comme la café ou le cacao.
Salinas a été élu « Lugar magico », un rare label équatorien qui récompense un lieu unique, tant pour ses paysages que sa culture et ses traditions.
Le village
Ici, tout le monde travaille. Tout le monde également nous salue dans la rue. Le village, s’il a bien changé depuis les années 70, n’est pas joli en soit, mais le charme est ailleurs. On le retrouve notamment autour 2 terrains de la petite place principale, où les matchs d’ecuavoley (volleyball avec des règles bien spécifiques) s’enchaînent toute la journée (vraiment !) tandis que les spectateurs parient sur les résultats.


Il faut se promener dans Salinas pour bien apprendre à la connaître. Dans chaque rue, on trouve une coopérative différente qu’on ne soupçonnait pas jusqu’alors : huiles essentielles, ballons, bières, liqueurs… L’office de tourisme propose un tour des différentes coopératives (10-15$) mais on peut tout à fait le réaliser soi-même (idéalement en cours de semaine) et compléter la visite avec le musée et les mines de sel (2$/p pour musée + mines) pour les explications historiques.
A la fromagerie comme à la chocolaterie, il est possible de goûter les produits pour se faire un premier avis et éviter de tout acheter (ce qu’on fera quand même).
Produits
Côté fromage, on trouve de nombreuses variétés à partir de 8$ le kilo pour le moins affiné : goudda, dambo, tilsit, fromages frais aromatisés (piment, herbes, basilic…), tomme de montagne, gruyère, mélange à fondue (oui oui !)…


Pour la charcuterie, on trouve des produits de la coopérative mais également d’une autre petite entreprise opérant dans le village, créée par 2 suisses, avec : jambon cru, jambon blanc, mortadelle, saucisson sec, chorizo…
Côté chocolat, à partir de produits exclusivement équatoriens : bonbons au chocolat et à la liqueur (rhum, whisky, maracuya…), tablettes de chocolat (semi-amer, lait, sel, cacahuète…), confiseries…





Mais aussi chips, champignons (suillus ludeus), confitures, pâte à tartiner, cosmétiques… Plusieurs magasins, comme sur la place centrale, regroupent les différents types de produits pour un prix sensiblement identique (0,25$ de marge environ).
Comment ne pas parler de restaurant à Salinas ? 1, 2, 3, 4… 7 ? Près de 7 pizzerias dans le village ! Et presque toutes avec la même flatteuse réputation. En même temps, quand on a de tels produits à disposition… On profitera de 2 grandes pizzas (mix fromages et champignons/chorizo) à la Casa Nostra pour seulement 15$ en tout (avec 2 sodas).
On s’offrira aussi un bon chocolat chaud au-dessus de la chocolaterie, histoire de se réchauffer un peu, on se croirait en plein hiver ici.


Le reste du temps, on se fera de bons petits plats avec tous ces beaux produits : pâtes carbonara, œufs brouillés, sandwich… Et bien sûr, on en gardera de côté pour une fondue prochaine !



Autour
On commence par la sympathique balade dans les mines de sel, accessibles depuis le bas du village, via un court chemin qui traverse la rivière et remonte aux mines. L’accès coûte 2$/p, incluant le musée. Mais aujourd’hui, c’est référendum et le musée est utilisé pour le vote, on fera uniquement les mines pour la moitié du prix. D’ailleurs qui dit vote en Équateur (voire dans toute l’Amérique Latine) dit ley seca (loi sèche), il n’est en théorie pas possible d’acheter de l’alcool pendant tout le week-end !






Ce qui attire l’œil dès l’arrivée, ce sont également les belles colonnes de roches en surplomb du village, les fameuses farallones de Tiagua. Entre le cimetière et l’église, un sentier permet d’explorer les hauteurs de Salinas. Cela reste une courte balade avec peu de dénivelé (mais on est quand même à plus de 3600m !) pour rejoindre le mirador et obtenir une jolie vue des environs. On pourrait peut-être même apercevoir le Chimborazo par temps clair !


En poursuivant plus haut, on croise un petit étang nommé laguna de los suenos et plus loin une grotte, la cueva de 2 pisos. Qui plus est, le décor pour se rendre à la grotte, dans un canyon fermé par de belles formations rocheuses, vaut le détour.



Chimborazo
Après 2 jours passés à Salinas, direction la réserve du Chimborazo. On prend à 6h30 une camioneta (1,15$/p) qui nous dépose à l’intersection avec la route principale où on attend ensuite un bus à destination de Riobamba (2,5$/p) ; ceux pour Ambato ne passent pas à l’entrée du parc.
On parvient au centre d’interprétation peu après l’ouverture, où s’enregistre auprès du ranger. Notre passeport en main, il nous demande quand même notre âge, soit il est encore trop tôt pour se mettre à compter, soit il vérifie que ça corresponde bien.
Depuis l’accueil, ce sont 7 km jusqu’au refuge Carel (4850m). On commence à monter tranquillement sur la piste et on tente de faire du stop à la première voiture. Bingo, ce sont 2 jeunes allemands avec une voiture de location, ils nous prennent sans hésitation.
Alors qu’on monte au refuge, le Chimborazo se découvre soudainement et on profite de superbes vues sur ce colosse de glace. C’est d’ailleurs la dernière vue dont nous profiterons pour le reste de la journée…


Au refuge Carel, on demande si l’on peut laisser le gros sac à dos de John mais on se prend un refus catégorique, le gars ne daigne même pas nous regarder. Tant pis, on montera avec toutes les affaires.
On passe un monument d’hommage à Simon Bolivar où sont disposées de nombreuses stèles d’andinistes décédés sur les dangereuses pentes du volcan. Certaines sont assez récentes, on se souvient notamment d’une terrible avalanche en 2021 qui avait emporté plusieurs guides et leurs clients.
Comme tous les glaciers du pays, l’ascension du Chimborazo est en théorie interdite sans guide locale. Dans les faits, il serait possible d’obtenir une autorisation à l’entrée du parc, ce sont des retours que l’on a eu. Pour nous, cela représente encore un défi bien trop risqué, qui sait une prochaine fois…

Le volcan Chimborazo est le point culminant du pays, à 6263m. Il est également connu pour être le point terrestre le plus proche du soleil, étant situé près de la ligne de l’Équateur.
On grimpe les quelques centaines de mètres jusqu’au refuge Whimper (5060m). Le chemin est partiellement recouvert d’une fine couche de neige. Le refuge est fermé à cette période.



Une dernière petite montée et on atteint la laguna Condor Cocha. Rien de mirobolant, c’est plus une grande flaque d’eau qu’autre chose, et une épaisse brumasse ne nous permet pas d’apprécier le volcan. Un panneau signale ensuite la fin du sentier, la suite étant réservée aux groupes guidés qui se rendent au sommet ou au dernier campement (dômes).



Il est également possible, à droite du refuge, de rejoindre les Aiguilles de Whymper, une formation rocheuse. On ne fait pas le détour, il n’y a aucune visibilité et la neige est assez épaisse.
Randonnée au Templo Machay
3h
Redescente au refuge Carel puis on prend la direction du Templo Machay, à l’est. Le sentier est marqué dans un premier temps puis… plus grand-chose, sinon quelques bâtons épars qui ne correspondent pas à la trace OSM. Avec une épaisse brume qui rend nulle toute visibilité à plus de 5m, on progresse à tâtons et on perd plusieurs fois la trace.


Comme si ça ne suffisait pas, la pluie fait son apparition et ne nous quittera pas de la journée. On évolue dans un paysage entre désert et paramo où on distingue quelques fleurs et colibris, mais pas de vigognes en vue.



Enfin, on atteint le Templo Machay, une grande formation rocheuse qui abrite une grotte. On en profite pour se mettre à l’abri et déjeuner. Les vrombissements des colibris résonnent dans la cavité.



Redescente jusqu’à la route. On re-perd plusieurs fois la trace avant de trouver un chemin plus évident à partir de l’arbre solitaire. Une fois sur la route, on attendra une petite quinzaine de minutes pour récupérer un bus jusqu’à Riobamba (2,5$/p).




C’est une rando pas si évidente que cela, notamment par une météo capricieuse comme ce fut notre cas. S’il n’y a guère de dénivelé, en revanche le sentier est difficile à cerner. On suppose que les vues sur le Chimborazo peuvent être la grosse plus-value mais nous n’aurons pas l’opportunité de le prouver.
Bilan
Le Chimborazo est souvent un incontournable du pays. Aisément accessible, il offre un décor plutôt atypique en Équateur et l’opportunité de croiser des vigognes, magnifique camélidé qu’on trouve essentiellement sur l’altiplano.
Quant à Salinas, c’est une belle pause dans un village décidément pas comme les autres, qu’on recommande grandement aux voyageurs en manque d’un peu de chez nous…

