Non loin des légendaires ruines du Machu Pichu, un autre lieu Inca majeur demeure encore méconnu et inaccessible en transport : Choquequirao. Un trek permet de rallier les 2 sites et de s’imaginer, l’espace de quelques jours, sur les traces des Incas, au cœur de vallées abruptes et isolées.
- Les ruines de Choquequirao
- Informations sur le trek
- Récit
- J1 : Départ Cusco => Bivouac Playa Rosalina (1500m)
- J2 : Bivouac Playa Rosalina (1500m) => Campement Choquequirao (2850m)
- J3 : Campement Choquequirao (2850m) => Bivouac ruines Pinchauniyoc (2420m)
- J4 : Bivouac ruines Pinchauniyoc (2420m) => Camping Maizal (3000m)
- J5 : Camping Maizal (3000m) => Camping Yanama (3550m)
- J6 : Camping Yanama (3550m) => Camping Collpapampa (2830m)
- J7 : Camping Collpapampa (2830m) => Camping Mesa Pata (2810m)
- J Bonus : Camping Mesa Pata (2810m) => Camping Santa Teresa (1550m)
- J8 : Camping Santa Teresa (1550m) => Camping Aguas Calientes (2050m)
- J9 : Camping Aguas Calientes (2050m) => Machu Picchu
- Bilan
Les ruines de Choquequirao
Si historiquement les ruines de Choquequirao furent découvertes avant celle du Machu Pichu, son intérêt et les premières excavations ne débutèrent que bien plus tard, semble-t-il à la fin du XIXème siècle. On estime que seulement 30 à 40% du site ont été découverts, la majeure partie étant encore recouverte de végétation. Le site serait encore plus grand que son célèbre voisin.
Avec des études plutôt récentes et toujours en cours, et sachant qu’il reste à découvrir tout un pan de ce site historique, bien des mystères persistent et on parlera plus en termes d’hypothèses quant aux origines et à l’usage de ce lieu par les Incas. Parfois attribué à l’empereur Pachacutec (XVème siècle), Choquequirao aurait été un palais ou peut-être un point de contrôle pour l’accès à la Vallée Sacrée, au même titre que les sites de Ollantaytambo ou Pisac. Il aurait été le dernier refuge des Incas après la prise de Cusco par les espagnols ; d’ailleurs ces derniers n’ont jamais découvert la cité.
Il n’y a pas le moindre panneau explicatif au sein du site, seulement le nom des différents secteurs. Autant le Machu Pichu a fait l’objet d’une myriade de reportages ou d’écrits, que l’on peut consulter de manière complémentaire à la visite, autant c’est moins le cas pour Choquequirao. Requérir les services d’un guide peut être intéressant de ce point de vue-là mais il n’y en a pas directement sur place. Il faudrait engager un guide privé ou passer par le biais d’une agence…
Pour ceux qui comme nous, le feront sans guide, on est partagé entre l’idée de se renseigner avant, et ainsi se spoiler une partie du site et de la surprise, ou faire ses recherches dans un second temps, au risque d’avoir manqué certains détails. On conseillera de jeter un œil au documentaire Arte : « Enquêtes archéologiques – La géographie sacrée des Incas » (25min). Il n’est pas toujours disponible sur la plateforme mais on peut le trouver sur cette page par exemple.
Il y a plusieurs années, un projet a été voté pour la construction d’un téléphérique pour rejoindre les ruines. Si le projet traîne en temps, il reste toujours d’actualité et pourrait à terme engendrer un nouveau Machu Pichu… D’ailleurs, fin 2025, une nouvelle route de « seulement 8h » a été annoncée. Il semble qu’une piste permettrait de rejoindre le secteur des mines Victoria depuis Yanama puis une tarabita de traverser le canyon de Rio Blanco. Même si 8h semble optimiste, c’est un nouveau témoignage de la volonté de rendre ce site accessible et populaire. Début 2026, les premiers commentaires parlent d’une route encore difficilement praticable, avec des éboulements fréquents (période des pluies).
Informations sur le trek
Difficulté
Rien que dans les chiffres, le trek du Choquequirao affiche déjà un sacré dénivelé, sur plus de 100km. Si on ajoute le terrain rocailleux, les interminables montées-descentes des premiers jours, l’altitude et la relative isolation du sentier, on obtient un sacré défi pour tout randonneur que ce soit. Heureusement, la deuxième partie après Yanama est plus simple et on trouvera des hébergements (avec repas) si besoin à toutes étapes.
Avec un sac lourdement chargé, ce fut pour nous l’un des treks les plus exigeants du voyage.
Préparation
Camille doute de pouvoir physiquement tenir le rythme sur autant de jours, elle craint que ce ne soit trop éprouvant et les possibilités pour rentrer en cas de pépin ne sont pas pléthore sur le parcours… L’idée est de la soulager au maximum ; on minimise tant que possible nos affaires et on charge tout ce qui est lourd dans le sac de John. Celui de Camille n’en devient pas léger pour autant, mais c’est déjà plus supportable. Quant à celui de John, difficile d’estimer, mais on passe facile la barre des 20kg !
On part tout de même pour plus d’une semaine, à différentes altitudes, on prend donc la batterie externe et même le panneau solaire, et on se prépare à tous les climats : froid, chaud, pluvieux…

On a des doutes quant aux possibilités de ravitaillement (décent) en cours de route. On préfère assurer le coup et on prend 8 jours de nourriture. On est plutôt rôdé là-dessus et on part sur des aliments riches et locaux.
- Petit-déjeuner : on achète tout au marché pour une somme dérisoire ; mélange maison d’avoine, chia, graines pour le croquant (amandes, noix), quelques fruits secs, de la maca (plante andine consommée en boisson chaude au Pérou). John mettra le tout avec du lait réhydraté quand Camille ajoutera un peu d’eau chaude (et de miel), pour un porridge plus ou moins goûteux.
- Déjeuner : on achètera un peu de pain pour les 2 premiers jours et on enchaînera sur du pain de mie, que John compresse au maximum pour gagner en volume. Un peu de fromage du marché (celui à l’origan est vraiment pas mal !) sous vide, un peu de moutarde pour un semblant de goût, et le tour est joué.
- Diner : on part sur notre recette classique, des spaghettis (300g pour 2 chaque soir) et une crème/soupe déshydratée. Moins de choix qu’au Chili, ce sera asperge ou champignon… On prend quelques sauces tomates pour alterner, mais qui sont un peu moins optimisées, et un repas de nouilles en cas d’urgence.
- Snacks : quelques barres de céréales, quelques fruits secs
Budget
- Entrée du site : 60s/p = 120s
- Bouffe : bouteille de gaz (40s/2, elle sera réutilisée à l’Ausangate), alimentaire (111) = 131s
- Alimentaire pendant trek (œufs, légumes…) = 28s
- Transport (aller) : 40+40 = 80s
- Hébergement (camping) : Maizal (10), Yanama (5), Collpapampa (10), Mesa Pata (15) = 40s
- Extras : coca 8+5+5, biscuits 4 = 22s
Total = 421s => 53€ par personne
Semi-autonomie : environ 50-60s/j d’hébergement avec les repas (à partir de 50, jusqu’à 80s/p) soit dans les 500s/p hors location équipement.
Avec agence : peu de retours sur l’itinéraire complet avec une agence. En général, les personnes font l’aller-retour uniquement au Choquequirao. Sans doute comme le Salkantay, compter à partir de 150€/p. Pour l’intégrale, il faut probablement doubler le tarif (300€ ?).
Bivouac
Quitte à être en full autonomie, autant privilégier un maximum les bivouacs en pleine nature que dans le jardin d’un hôtel. Dans les faits, la météo n’est pas toujours au rendez-vous et on est parfois bien contents de disposer d’un abri pour cuisiner ou d’une douche après une journée compliquée.
Les possibilités de bivouac (ou camping gratuit) ne sont pas infinies sur le parcours mais il est possible d’en trouver quasiment tous les jours :
- J1 : Playa Rosalina
Il semblerait que ce soit un camping complètement abandonné. Le complexe est assez grand (bâtiments, barbecues, toilettes…) et complètement laissé à l’abandon. On peut trouver de la place pour camper devant voire mettre la tente à l’intérieur d’une maison. Il y a même des tables et chaises ! Pour l’eau, il vaut mieux en prendre sur le chemin qui descend au campement que celle du fleuve Apurimac… - J2 : Campement Choquequirao
Il semblerait qu’il y a plusieurs années, il était même possible de dormir à l’intérieur des ruines ! Peut-être y a-t-il eu des abus ou est-ce désormais plus cadré, mais ce n’est plus possible. On peut néanmoins dormir sur des terrasses à l’entrée du site, entre les terrasses inférieures et la place centrale, avec une jolie vue. C’est sommaire, parfois un peu bruyant avec les ouvriers qui passent à côté, mais c’est gratuit, il y a de l’eau et même une douche (très) froide. - J3 : Terrasses de Pinchauniyoc
Spot exceptionnel de bivouac au milieu de ruines incas avec une superbe vue et de l’eau à disposition. A ne pas manquer ! - J3 – Alternatif : Rio Blanco
Il y a bien un point sur la carte mais on n’a pas forcément repéré de zone de campement, simplement 1 ou 2 emplacements possibles dans le sable. Pas idéal mais ça peut dépanner. - J4 : Près du paso San Juan
La montée depuis le Rio Blanco est longue et tortueuse (interminable…), et il n’y a vraiment aucun spot tout du long. On trouvera juste quelques possibilités avant ou après le col, sans doute à partager avec les vaches et avec l’optique qu’un local vienne réclamer son dû en cours de soirée. - J5 : Abords du paso
John voulait continuer et tenter un bivouac avant le paso Mariano Llamoca mais on décide finalement de se poser à Yanama pour se reposer. En réalité il y a pas mal de possibilités en direction du paso, avant d’entamer les longs lacets. On sera peut-être visible depuis la route mais personne ne passe… De l’autre côté du paso, un peu moins de choix, mais on devrait pouvoir trouver un spot plus ou moins plat. Attention tout de même à l’altitude. - J6 : Collpapampa
On rattrape le Salkantay, les infrastructures touristiques et la foule. Difficile de trouver un spot qui n’appartienne pas à quelqu’un… C’est probablement le seul jour où le bivouac est impossible ! - J7 : Ruines de Llactapata
On les a découvertes au lendemain sinon on aurait sans doute envisagé d’y passer la nuit. Les ruines de Llactapata sont situées en dessous du col qui descend à Hydro et avant le lodge. Il y a de bons emplacements devant, avec de la belle herbe fraîche. Sans doute du passage jusqu’en début de soirée mais aucun signe ne semble prohiber le bivouac.
Hébergement
S’il n’y a clairement pas autant d’offre que sur le Salkantay, les possibilités d’hébergement existent néanmoins sur l’intégralité de la traversée. Les hébergements sont parfois rustiques (Maizal !), l’eau chaude ou le wifi sont des options souvent payantes, mais tous les hôtes proposent le couvert et les prix restent raisonnables.
Le moins cher qu’on ait vu était à 45s, le plus cher à 80s. En moyenne on dépensera 50s/p en demi-pension. Tous les hébergements proposent aussi l’option camping, entre 5 et 15s par tente (et non par personne).



Ravitaillement
Côté ravitaillement, les options ne sont pas si nombreuses mais existent tout de même. Tout le parcours offrant des options d’hébergement et de repas, il est sans doute possible de négocier quelques produits basiques. Globalement à partir de Capulyoc jusqu’aux ruines, l’offre est essentiellement constituée de snacks et boissons. A Maizal la dame avait une épicerie curieusement assez remplie et nous a vendu du miel et des œufs. A partir de Yanama, plus de souci pour trouver des pâtes, du pain voire même quelques légumes !
Pour l’eau on croise plusieurs ruisseaux chaque jour (qu’il convient de filtrer systématiquement) et il est toujours possible de demander après des hébergements/locaux. On fera gaffe à toujours prendre le nécessaire avant d’atteindre le lieu de bivouac ! On avait 3 bouteilles, une pour filtrer et 2 autres de 2 et 1,5L. C’était amplement suffisant.


Récit
Mettez vous en condition, musique en fond, nous partons en quête des mystérieuses cités perdues des Incas !
J1 : Départ Cusco => Bivouac Playa Rosalina (1500m)
18,5km, 450D+, 1450D-
5h
On se lève tôt ce matin, petit-déjeuner sur le pouce, et on marche jusqu’aux collectivos qui se rendent à Curahuasi. Nos sacs sont terriblement lourds mais on préfère ne pas trop y penser.
Un collectivo (20s) est en partance mais on connaît la chanson, il ne prendra la route qu’une fois plein. On profite d’un café beaucoup trop sucré dans le comedor d’à côté pour se réchauffer. Il est 7h, une heure s’est écoulée depuis notre arrivée, et il y a enfin suffisamment de monde, nous partons !
La route est longue, le chauffeur s’arrête régulièrement faire ses emplettes, et se transforme en pilote sur la route sinueuse qui mène à Curahuasi. Camille prend sur elle depuis déjà 2 longues heures, mais les dernières minutes sont de trop, on arrête le collectivo et elle laisse échapper le petit-déjeuner sur le bord de la route.
A peine arrivés à Curahuasi, un chauffeur nous propose de nous emmener pour 70s. On décline immédiatement, en lui disant qu’on attendra plutôt un collectivo. Le voilà donc qui se transforme en collectivo, cette fois à 25s/p. Un autre chauffeur passe par là, propose quant à lui 15s/p, et on se retrouve sur une nouvelle banquette à attendre que ça se remplisse. Il attend 2 autres personnes qui ne viendront jamais, et une heure plus tard, nous refourgue à un « taxi partagé » pour 20s/p. Pour que ce ne soit pas non plus trop rapide, ou trop facile, le taxi décide de prendre un « raccourci » sur une piste douteuse. Il dérape, frotte à plusieurs reprises, et on fait le tour du Pérou pour, enfin, parvenir à Cachora. Pour 30s il peut même nous emmener au départ mais nous déclinons, on s’était préparé à marcher les quelques km jusqu’au départ.
On prend le déjeuner sur la place centrale et on prend la route, il est 13h30. Si les personnes choisissent souvent de partir de Capulyoc pour réduire la distance, il y a bien un sentier officiel qui part de Cachora. Il offre quelques vues sympathiques et rattrape ensuite la piste sur les derniers kilomètres.




On croise 2 personnes. Lui, Raul, est péruvien, guide de haute-montagne du côté de Huaraz, elle est française. Ils se connaissent depuis longtemps et s’organisent un séjour en Amérique du Sud chaque année. Ensemble, ils se sont déjà attaqués à l’Ausangate, aux Tres Cruces, à l’Ojos del Salado que l’on connaît bien… Pissis est leur prochain objectif. C’est le seul groupe qui fait le trajet jusqu’au Machu Pichu. On se croisera tous les 2 jours sur le trek.
Le canyon que l’on suit jusqu’à Capulyoc est impressionnant, bien qu’on commence à avoir l’habitude après Colca et Cotahuasi. Là-haut, des glaciers se laissent entrevoir parmi les nuages. Une longue descente commence jusque dans les entrailles du canyon, à 1500m d’altitude. C’est poussiéreux, rocailleux, notamment la dernière partie. Quelques sources d’eau sur la dernière portion. On arrive à Playa Rosalina avant la tombée de la nuit.




Ça semble être un ancien campement bien aménagé, tombé en ruine et abandonné. C’est surprenant de trouver un complexe aussi grand pour un site méconnu, d’autant qu’il doit dater d’un bon nombre d’années. On devine des habitations, douches, sanitaires… Il est encore possible de rentrer dans certains bâtiments mais c’est assez sale, uniquement en cas de nécessité.

Dehors on se pose à côté d’une table de pique-nique, John ramène même une chaise en plastique trouvée à l’intérieur pour se mettre à l’aise.


On ne trouve pas de source d’eau mais certains commentaires semblent dire que si. Peut-être parlent-ils du fleuve, que personnellement on préfère éviter (il croise la route en amont).
Sinon l’endroit est infesté de mouches des sables et quand, à la nuit tombée, on pense enfin en être débarrassé, des moustiques géants débarquent !
J2 : Bivouac Playa Rosalina (1500m) => Campement Choquequirao (2850m)
9,2km, 1585D+, 220D-
5h30
Réveil paisible, seuls au monde avant que ne parviennent les premiers groupes. Tandis qu’on prend le café, un chargement de mules passe sur le pont. Une des bêtes semble un brin têtu, l’homme se saisit d’une roche de bonne taille et lui assène un violet jet à bout portant ! On reste hébété par la violence de la scène. Des mules, on en verra quelques groupes faire les aller-retours chaque jour. Les rares villages, ou habitations, ne sont reliés par aucune route, seulement des chemins escarpés. Les mules sont pour ainsi dire leur seul moyen de se ravitailler. On espère naïvement qu’elles ne sont pas toutes traitées de la sorte.
Aujourd’hui, c’est une longue ascension jusqu’au village de Marampata, porte d’accès aux ruines de Choquequirao. On croise quelques groupes éparses, 2 françaises en semi-autonomie et une famille accompagnée d’un guide. La plupart ont dormi à Chiquisca et doivent encore terminer la descente jusqu’au rio.


Cette journée offre quelques vues impressionnantes sur le canyon, creusé par le fleuve Apurimac. En revanche ce sont près de 1500m de dénivelé à gravir, avec un sac chargé à bloc ! La montée n’en finit pas, on progresse en douceur, et on arrive enfin à Marampata pour le déjeuner. C’est ici que les groupes terminent leur journée, le village offrant plusieurs jolies options d’hébergement.


Pour notre part, on poursuit encore jusqu’à l’entrée des ruines. Le chemin n’est pas plat, cela représente encore une bonne trotte de montées/descentes, et on est bien contents d’arriver au site. S’il était encore possible de bivouaquer à l’intérieur même des ruines il y a quelques années, ce n’est malheureusement plus le cas. On peut néanmoins camper (gratuitement) au départ sur une terrasse herbeuse, entre la partie basse du site et celle principale. A proximité une source d’eau, des toilettes et même une douche (glaciale). Un autre français passera la nuit ici, il a même négocié le repas du soir auprès des locaux qui travaillent sur le site.



On profite des jolies vues depuis notre terrasse, John se motive pour une douche glacée. Nous ne sommes pas exactement au beau milieu des ruines, mais il y a quand même quelque chose de mystique à dormir si près de vestiges historiques.
J3 : Campement Choquequirao (2850m) => Bivouac ruines Pinchauniyoc (2420m)
~11km, 838D+, 1285D-
9h
Aujourd’hui, ce que John a qualifié de « journée de repos », c’est la visite des ruines de Choquequirao. Dans les faits, on fera presque autant de dénivelé que les autres jours. Pourquoi fallait-il que les Incas se foutent toujours en haut d’une montagne, à flanc de falaise ? C’est un questionnement qui nous tourmentera pendant ces 8 jours de trek.
On commence directement par la partie basse du site que l’on observait déjà la veille en venant de Marampata. Il s’agit de larges terrasses à flanc de falaise. La plupart des groupes ne semblent pas faire le détour, cela implique tout de même 200-300m de dénivelé depuis le campement. Un itinéraire semble aménagé mais on en perd vite la trace. Tant pis, on déambule librement entre les terrasses, parfois entièrement recouverte de mauvaises herbes.




C’est génial de pouvoir se balader ainsi au milieu de ruines, seuls, on se sent un peu explorateur. On observe les ingénieux systèmes d’irrigation avec canaux, aqueducs… jusqu’à la casa de la caida de agua.
Après une bonne grimpette pour rentrer au campement, on range la tente et on grimpe avec les sacs jusqu’à la partie haute du site. Ce sont à nouveau 200 bons mètres de dénivelé qui nous attendent pour rejoindre la place centrale et poser nos sacs. Depuis celle-ci, on peut accéder aux différentes sections : talleres, habitations, grenier, temples… Les archéologues ont classé le site en 9 secteurs distincts.


On commence par explorer les ruines autour de la place centrale, ce sont parmi les mieux conservées (ou reconstituées) avec plusieurs grands bâtiments, sans doute d’anciens temples et habitations. Derrière, on trouve les talleres (ateliers). Un canal traverse la place, permettant à l’époque d’acheminer l’eau de la montagne.






On monte à Usnu/Ushnu, une colline autrefois tronquée pour obtenir une grande plateforme plane offrant des vues à 360° sur le site mais aussi toute la Cordillère Vilcabamba. Le temps est nuageux et on ne distingue guère les environs. Pourtant c’est depuis ce point de vue, semble-t-il un ancien centre cérémonial, que l’on peut comprendre pourquoi ont-ils construits une telle cité à cet endroit. La réponse serait tout autour de nous, avec ces imposants glaciers (certains disparus depuis), autrefois vénérés pour les Incas ( Yanacocha, Salkantay, Padreyoc…) et le fleuve Apurimac qu’on entend gronder depuis les gorges du canyon. Selon le reportage Arte sur le sujet, les Incas auraient placé le site selon la course du soleil. Au solstice d’été, il se lèverait puis se coucherait derrière des glaciers tandis qu’au solstice d’hiver, il suivrait le cours de l’Apurimac.


On réalise une petite boucle depuis la place centrale en repassant par le secteur Pikiwasi entrevu à la montée, et la maison des prêtres à l’extrémité.



On descend ensuite au secteur VIII et les célèbres terrasses de lamas. C’est simple, on descend tout en bas via un sentier en lacets, puis on remonte tout en haut par les marches. Encore 200 bons mètres de déniv ! En bas, un mirador offre une vue sur l’ensemble des terrasses et les différentes représentations de lamas. Une théorie avance que les Incas auraient voulu représenter une scène, comme sur un tissus traditionnel qui habillerait la montagne, où un berger guide son troupeau de lamas, animaux sacrés (vers le soleil ?).


Les lamas, au nombre de 23, sont formés par des roches blanches calcaires avec de nombreux détails (oreilles, yeux…) et tailles différentes. C’est un véritable tableau à flanc de falaise !




Après être enfin remonté, et observant une dernière représentation d’un long serpent, nous récupérons les sacs et poursuivons en direction du col, avec au passage d’autres ruines. C’est le Hanan, partie haute du site (quand le Hurin correspond à la partie basse).


On quitte progressivement les ruines de Choquequirao et après le col, on entame la longue redescente jusqu’au rio Blanco. A mi-chemin, on s’arrête aux ruines de Pinchauniyoc où il est permis de bivouaquer, seuls au milieu de ces terrasses incas. Le décor est formidable, mystique, l’un de nos plus beaux spots de bivouac !
Il y a même de l’eau qui coule au centre des terrasses. On profitera d’un magnifique coucher de soleil.
J4 : Bivouac ruines Pinchauniyoc (2420m) => Camping Maizal (3000m)
7km, 1100D+, 530D-
4h
Au moment de se lever, il flotte pas mal alors on patiente longuement dans la tente jusqu’à une accalmie. On ne profitera malheureusement pas des vues ce matin, tout est très brumeux.

On poursuit la descente jusqu’au rio Blanco, aisément traversable en cette saison, et on commence la longue ascension jusqu’à l’abra San Juan. John aimerait bien bivouaquer haut en direction du paso, voire redescendre jusqu’à Yanama. Ce sont tout de même 2200m de dénivelé ! Camille n’y croit pas, elle s’est déjà faite à l’idée de s’arrêter à mi-chemin, à Maïzal.


La traversée du Rio San Juan se fait sans problème en traversant un pont de fortune. En revanche, ce n’est sans doute pas la même histoire en période des pluies. Au vu de toutes les roches accumulées, on comprend vite que la rivière peut devenir infranchissable.


On croise énormément de papillons, aux belles couleurs irisées, des condors qui survolent le canyon, un serpent ainsi qu’une mouffette bien sereine. Il serait même possible d’observer le fameux ours à lunettes dans cette zone alors on reste à l’affût !




La montée semble sans fin, à chaque virage un nouveau lacet commence. A l’heure du déjeuner, on atteint enfin le croisement qui permet de rejoindre la propriété de la familia Perez ou celle du Señor Valentin, les 2 seules habitations de la zone. On prend la direction de la seconde, pour laquelle le panneau titre seulement 15 minutes. Le calcul fut sans doute fait à dos de mule car ça nous prendra plutôt 45 minutes pour arriver là-bas !
On parvient à une vieille maison égarée, où une mamie nous accueille en proposant le camping à 15s. Le ciel est couvert, la pluie ne devrait plus tarder. Camille n’a guère envie de poursuivre, on accepte donc la proposition et on met vite la tente avant que ne tombent les dernières gouttes. Autant dire que le tout est très rustique. On s’abrite dans un petite cabane de paille, sombre et humide, où l’on passera l’après-midi au son des cuys (cochons d’Inde) qui couinent à l’intérieur de la maison.


On en profite pour leur acheter des œufs frais et du miel (délicieux) qu’ils produisent.
J5 : Camping Maizal (3000m) => Camping Yanama (3550m)
9km, 1170D+, 600D-
5h30
Cette nuit il a fait froid, et avec l’humidité ambiante, on s’est un peu caillé. D’ailleurs la tente est trempée et les duvets humides aux extrémités. La dame nous indique le chemin à prendre. « 2h jusqu’au col » qu’elle nous dit. C’est comme la pancarte de la veille, 2h à dos de mule oui !
On s’élance sur le sentier et la suite de l’interminable grimpette jusqu’à l’abra San Juan. C’est boueux, brumeux. Au vu de la végétation dense, aux allures de jungle, on se dit que c’est la météo classique dans cette zone. On croise quelques petites mines où des dames, peu bavardes, recherchent à la main de l’argent.
Le chemin grimpe constamment et on enchaîne les marches incas à hauteur de genoux. On ne comprend pas toujours pas comment un peuple de petite taille a pu se dire un jour que des marches de 30cm serait une bonne idée.


Sur la dernière portion, quelques possibilités de bivouac apparaissent, sans doute à partager avec les vaches du coin. On atteint enfin le col pour l’heure du déjeuner et profite de quelques vues furtives sur les massifs entre les nuages. Direction le village de Yanama en redescendant dans la vallée suivante. A nouveau, quelques zones herbeuses pour un possible bivouac, puis le sentier longe d’anciennes mines de souffre, on croise plusieurs tunnels creusés dans la paroi.


John aimerait poursuivre et dormir en direction du col, il soupçonne quelques bivouacs possibles de ce qu’il a pu observer sur la carte. L’idée n’est pas forcément partagée par Camille qui préfère se reposer et éviter de chercher un hypothétique spot.

Finalement on se décide à rester et on trouve un camping à seulement 5s (Torres) pour nous deux ! Douche froide et un petit espace herbeux pour se poser en contrebas de l’habitation, c’est parfait.
On croise d’ailleurs Raoul le guide péruvien et la française qui s’apprêtent à prendre un taxi pour Santa Teresa. Une douleur de genou persiste, ils préfèrent couper cette partie pour rejoindre plus vite le Machu Pichu où ils ont prévu de faire les circuits 1 et 3. On ne les reverra sans doute pas alors on fait nos adieux. Demain, jusqu’à Collpapampa, nous serons donc les seuls et uniques randonneurs !
J6 : Camping Yanama (3550m) => Camping Collpapampa (2830m)
25km, 1460D+, 2175D-
8h
Une grosse journée nous attend jusqu’à Collpapampa, on ne perd pas de temps et on part tôt. L’itinéraire suit la route principale, d’abord avec un sentier parallèle puis de petites sections qui coupent les lacets jusqu’au col. Si on prend les sentiers pédestres dans un premier temps, Camille préfère ensuite marcher sur la route, bien plus régulière, quitte à rallonger un peu la distance.


Pour une fois, le ciel partiellement dégagé nous permet de profiter de beaux sommets enneigés ! Au col, on passe même sous un glacier.




Même chose de l’autre côté, alors qu’on redescend en direction du village de Totora, on alterne les portions de sentier escarpé et celles sur la route, avant de déjeuner au bord du rio Santa Teresa. La suite est moins intéressante, sur la piste, malgré un joli canyon boisé, et on est soulagé d’arriver à Collpapampa. Cette fois, la question du bivouac ne se pose plus, il n’y a pas un seul spot aux alentours. En effet c’est ici que l’on rejoint l’itinéraire du Salkantay, très touristique comme en témoignent la flopée d’hébergements.



On tente l’auberge El Molle-Capulichayoc dont on a eu de bons échos. Pour seulement 10s, on peut poser la tente dans une jolie pelouse, profiter des parties communes et même du wifi ! A tout hasard Camille va tester la douche… et c’est de l’eau chaude ! ¨Pour l’hébergement en demi-pension, compter 50s/p. Meilleur rapport qualité-prix de la zone !


On profite du beau soleil pour s’offrir un petit coca-cola hors de prix et récompenser cette première partie de trek. On a fait le plus dur !
J7 : Camping Collpapampa (2830m) => Camping Mesa Pata (2810m)
22km, 1185D+, 1215D-
7h
Que c’est agréable de se réveiller avec le soleil et des températures clémentes… Alors on en profite, on se lève tranquillement, on prend le temps de petit-déjeuner et on fait même sécher la tente ! Après tout, c’est une petite journée aujourd’hui, en comparaison des dénivelés auxquels on a fait face depuis une semaine.
On voit déjà de nombreux groupes passer sur le chemin. Fini la tranquillité du Choquequirao, on se revoit à Torres del Paine quand on quittait notre petit groupe et la quiétude du circuit O pour rejoindre la foule du W…




L’itinéraire quitte rapidement la route pour rejoindre un sentier plutôt roulant de l’autre côté de la rivière. C’est boisé, on croise quelques plantations, de jolies auberges et de petites cascades. Finalement, à peine quelques kilomètres plus loin, on voit la majorité des groupes quitter le sentier pour reprendre leur bus… C’est donc ça le trek de leur vie ?
On ne va pas s’en plaindre, ça fait moins de monde en travers du sentier ! On peut de nouveau profiter sereinement de la nature environnante. Au bout du sentier, d’autres minibus attendent des groupes. Pour le coup, la portion suivante jusqu’à Lucmabamba est moins fun le long de la route. On fait une pause et reprend des forces avant d’entamer l’ultime ascension et le dernier col de ce trek, celui de Llactapata. On a bien roulé ce matin, et Camille en a un peu plein les pattes, et la chaleur est écrasante. Elle redoute un peu cette dernière grimpette.
On passe quelques petites fermes de café, la région est connue pour cela, et on s’élève tranquillement sur un très bon sentier.


On croise des porteurs chargés de sacs énormes, à l’inverse leurs clients, de jeunes américains en début de vingtaine, qui montent avec un mini sac à dos d’à peine 10l.




Finalement, on parvient aisément au col de Llactapata, le dernier du trek, et on rejoint le camping de Mesa Pata, perché en haut de la colline, qui fait face au Machu Pichu. Encore une fois, les vues sont superbes, c’est un avant-goût des ruines.

On aperçoit également le nevado Salkantay. Quelques groupes passent par là pour profiter des vues mais descendront jusqu’au lodge suivant, nous serons seuls ce soir.



J Bonus : Camping Mesa Pata (2810m) => Camping Santa Teresa (1550m)
Après une longue semaine de trek, on s’adjuge une petite journée de repos. Pour ce faire, on commence par descendre à Hydroelectrica, conformément au circuit classique. On passe de petites ruines, un beau lodge et on plonge dans le canyon. C’est un peu rocailleux et pas mal de groupes au beau milieu du chemin, mais on parvient vite en bas.


A Hydro, on quitte le circuit pour rejoindre Santa Teresa afin de profiter des thermes à proximité. On commence à marcher le long de la route, la chaleur est écrasante ! Aucun bus ni taxi ne passe, alors on marche quelques kilomètres dans cette fournaise. Plus loin la route semble effondrée et il faut faire un détour qui nous rallonge encore davantage. Heureusement pour nous, un local s’arrête et nous propose de lui-même de nous emmener à Santa Teresa ! Comme toujours au Pérou, on attend qu’il nous demande une propina (pourboire) à la fin, d’autant dans une région aussi touristique. Que nenni, il nous dépose au village et nous souhaite une bonne visite du Machu Pichu.
A Santa Teresa, on cherche un camping mais les options ne sont pas aussi nombreuses et bon marché que le long du trek, on finit par trouver à Inkatour pour 20s. Ce n’est pas ouf, mais ça fera l’affaire. On passe au marché profiter d’un petit almuerzo de truite (15s), un gros jus de fruits, et même un très bon café local (6s) au museo del cafe. Ce n’est en réalité pas un musée, mais ils servent du café produit dans la région et sont disponibles pour expliquer tout le processus. A vrai dire nous sommes en pleine période de récolte et la dame nous montre les grains des différents producteurs qui sont analysés et étiquetés pour ensuite être vendus.



Direction les thermes en moto-taxi (20s AR). Les thermes sont populaires, d’autant plus un week-end, bien aménagés, on y restera de longues heures. L’eau pourrait être un peu plus chaude, mais le climat est clément à cette altitude, c’est rafraîchissant. L’entrée est à 15s/p.


J8 : Camping Santa Teresa (1550m) => Camping Aguas Calientes (2050m)
14km, 500D+, 1175D- (calcul depuis Mesa Pata au J7)
2h30-3h
Aujourd’hui, retour à Hydroelectrica pour rejoindre le village d’Aguas Calientes, au pied du Machu Pichu. Il y a quelques mois, ils ont changé le système de vente de billets ; désormais quand tous les billets sont vendus pour le jour suivant, ils mettent en vente le jour suivant. L’avantage, c’est qu’il n’est plus nécessaire de faire la queue dès le milieu de la nuit pour espérer obtenir un ticket. Bien sûr, en Amérique du Sud, on fait toujours bien les choses. Ils ont changé cela du jour au lendemain, pendant les vacances péruviennes et en plein été occidental… Ainsi il ne restait des places que pour 3, 4, voire 5 jours plus tard. Les hôtels ont alors sauté sur l’occasion et ont haussé leur prix, les gens étant contraints à patienter plusieurs jours sur place. Tous les gens au timing ou budget serré ont jeté l’éponge.
Nous avons même pensé renoncer à un moment, mais ça semble s’être un peu tassé. Les vacances des péruviens sont terminées et l’affluence a chuté drastiquement, personne ne voulant rester bloqué 1 semaine à Aguas. On part quand même tôt, en espérant qu’il reste des places pour le lendemain, afin de ne pas s’éterniser là-bas. Parangon de l’attrape-touriste, Aguas Calientes est bien le dernier endroit où l’on a envie de mettre les pieds ! Ça nous angoisse rien que d’y penser, coincés au milieu de milliers de touristes.
On trouve un taxi partagé (20s) pour rejoindre Hydro puis on commence à suivre les rails. Il n’existe pas de route jusqu’à Aguas Calientes, on ne peut s’y rendre qu’à pied ou en train. Si cela ajoute un certain charme, ce village perdu inaccessible, on se dit qu’il y a certainement une volonté économique derrière, le billet de train coûtant une petite fortune.




Pour le coup, la balade le long des rails est plutôt chouette. C’est ombragé, beaucoup de végétation, nombre d’oiseaux et papillons en cette matinée. On croise quelques personnes qui reviennent dans l’autre sens, mais c’est plutôt tranquille. C’est plutôt roulant mais on est content d’arriver, ça fait une bonne trotte mine de rien. Il existe quelques options de camping avant d’arriver à Aguas.

La meilleure semble être …, la moins chère : le camping municipal (10s la tente). On part sur cette dernière option. Il y a des prises électriques, un toit pour s’abriter et des douches froides. En soit c’est un peu le jardin publique, tous les locaux s’y rendent le week-end en famille, les ballons de foot volent de toutes parts, mais c’est bon enfant. Néanmoins le lieu n’est pas fermé ni surveillé en dehors de quelques heures dans la journée, il vaut mieux ne rien laisser de valeur.
On fait un petit tour à Aguas Calientes pour prendre nos billets. Yes, il en reste pour le lendemain, tous les circuits, et toutes les heures. On prend le circuit 2, un bon compromis, pour l’ouverture à 6h. On tente l’option étudiante mais ça ne fonctionne que pour les -25 ans, tant pis ! On profite au passage d’un almuerzo raisonnable et on s’enfuit rapidement de cette ville.


J9 : Camping Aguas Calientes (2050m) => Machu Picchu
13km, 740D+, 1090D-
4h Machu Pichu, 1h30 retour à Hydro
Voir Machu Pichu et Salkantay inversé !
Bilan
On dit parfois que le chemin importe plus que la destination. Ça n’a sans doute jamais été aussi vrai que dans le cas présent. Si le Machu Pichu aura finalement su répondre à nos maigres attentes, c’est bien tout le cheminement jusqu’à celui-ci que l’on gardera en mémoire. Le temps n’aura pas toujours été au rendez-vous, la fatigue et les interminables côtes nous auront infligé bien des misères, mais on se rappellera longtemps la diversité des paysages, le calme et la solitude entre Choquequirao et Yanama notamment. Et bien sûr ces ruines mystiques où l’on erre, presque seuls au monde.
Le trek, s’il ne présente pas de difficulté majeure, reste long et éprouvant, avec des sentiers rocailleux et très cassants. Sans doute ne le recommandera-t-on pas comme une première expérience en full autonomie.
Après 8 jours à suivre les traces des Incas, seule subsiste une sempiternelle question… mais qu’est-ce qu’ils sont venus foutre ici ?

