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La Cordillère Huayhuash

Camille n’a toujours pas digéré l’Ausangate. Bien sûr le trek était formidable, mais le froid et l’altitude l’ont durement marquée cette fois-ci. Elle n’est pas prête à retenter l’expérience, le Santa Cruz sera son dernier trek au Pérou. Pour la première fois du voyage, après plus d’un an, nous prendrons des chemins séparés. Tandis qu’elle fuit la Cordillère pour des latitudes plus clémentes (plages, cocotiers et crustacés), John part seul pour le trek du Huayhuash, considéré parmi les plus beaux treks au monde. Lagunes azures, glaciers, cols à 5000m, le trek serait aussi majestueux qu’exigeant.

j
D+
Dénivelé positif
km
m
Altitude max
m
Altitude moyenne
cols

Trace circuit classique

Trace circuit alpin

Le trek

Update : 20/02/2026

En février 2026, les différentes communautés se sont réunies pour voter le bannissement immédiat des « mochileros » ou randonneurs autonomes. Désormais, le circuit ne pourra être réalisé qu’avec l’accompagnement d’une agence agréée de la région.

Plus d’infos : https://www.huayhuashalpinecircuit.com/access-issues.html

Voir le paragraphe Update : Guide obligatoire

Difficulté

Difficulté

Circuit classique : 101km, 5500D+, 4600D-, 8 jours
Circuit alpin complet : 61km, 4750D+, 4750D-, 8 jours

Ma version : 95km, 6100D+, ?D-, 6 jours

Encore une fois, c’est une note indicative qui porte sur le parcours réalisé et les conditions (circuit alpin, autonomie complète…). Une altitude moyenne au-delà de 4500m, des cols quotidiens jusqu’à plus de 5000m, un sac chargé et la répétition des efforts sur une telle durée en font un trek particulièrement exigeant.

Il n’existe aucun logement ni ravitaillement mis à part le village de Huayllapa, ainsi une autonomie complète est nécessaire avec au moins 5 jours de nourriture.

On est donc loin du confort d’un Torres del Paine, tant en termes de statistiques que d’infrastructures. Choquequirao était sans doute plus cassant et imposait de sacrés journées mais l’altitude était bien moins élevée. C’est sans doute l’Ausangate qui se rapproche le plus en termes de difficulté et d’altitude, bien qu’il présente un kilométrage et donc une durée plus faible.

Pour les personnes qui considèrent de réaliser le trek avec une agence : les mules, la logistique guidée et le circuit plus classique en font un tout autre trek, bien plus abordable. Auquel cas, nul besoin d’en avoir réalisé auparavant, une bonne acclimatation et forme physique suffiront amplement.

Campement et bivouac

Il existe environ 12 campements dits officiels, appartenant aux différentes communautés. La page qui récapitule les différentes taxes énumère également les campements de chaque communauté : https://www.huayhuash.com/fee_entrance.html
Les campements sont très sommaires, avec seulement des toilettes sèches et un robinet d’eau. Pas d’abri, pas de magasin à l’exception peut-être de 1 ou 2 camps. En saison des pluies, certains étaient partiellement inondés : Elefante, Qashpapampa, Jahuacocha…

Petit aparté, le campement Guanacpatay est parfois appelé Cuyoc ou Elefante. Certains noms varient en fonction des cartes, topos… ou ne portent pas le même nom local, employé par les panneaux ou guides.

Sauf interdiction stipulée par un quelconque panneau, ou logiquement à proximité d’une habitation, il est permis de bivouaquer n’importe où au sein de la Cordillère. Il n’est pas nécessaire de dormir dans les campements, tant qu’ils reçoivent leur tribut. Hormis dans les derniers 500m des cols, il existe une infinité de spots possibles tout le long du circuit, souvent à proximité d’une source d’eau et parfois offrant une protection contre le vent. Au vu du peu de services qu’offrent les camps officiels, on préférera souvent des spots sauvages, seul au beau milieu des montagnes.

Saison

Les mois idéaux sont juin et juillet. C’est le cœur de la saison dite sèche, généralement marquée par des journées plus ensoleillées et un ciel dégagé. A l’inverse les mois à proscrire (vraiment) sont ceux de décembre et janvier, au cœur de la saison des pluies.

Pour les autres mois, c’est toujours une question de chance. On parle de printemps/automne, qui sont des périodes instables, comme chez nous. En octobre, j’ai eu beaucoup de pluie/neige, quelques cols recouverts par la neige, ciel couvert 5 jours sur 6, certains cols complètement obstrués… Au final j’aurai eu 1 journée sur 2 vraiment pourrie, et un temps mitigé sur les autres jours, schéma classique du beau temps le matin et (plus que) maussade l’après-midi.

Comme souvent, j’ai pris les dernières prévisions sur Windguru (laguna Carnicero), Mountain Forecast (Yerupaja, Siula Grande, Rasac…) et Meteoblue (difficile de dire où…). Dans les faits, la météo annoncée est souvent catastrophique (en saison des pluies) et rarement fiables, d’autant à plusieurs jours près. Une randonneuse croisée utilisait la météo actualisée de son Garmin, nettement plus fiable. Mais c’est un investissement…

Frais

Chaque question quant aux frais du Huayhuash fait toujours débat. Certains y voient un racket opportuniste, d’autres une contribution légitime envers des communautés pauvres qui entretiennent les sentiers et veillent à la sécurité des randonneurs. En tant qu’indécrottable partisan de la montagne, et par extension nature libre, je suis plutôt du premier clan.

La liste des paiements peut s’élever à 290s et est énumérée sur la page suivante : https://www.huayhuash.com/fee_entrance.html
J’ignore si ce site est officiel et régulièrement mis à jour, mais la liste est exhaustive à ce jour (2025).

Oui, il est vrai qu’à une certaine période, pas si lointaine, la cordillère Huayhuash était une zone dangereuse. Agressions, prises d’otage voire meurtre, plusieurs randonneurs en ont fait les frais. Un groupe terroriste, le Sentier Lumineux, sévissait dans certaines régions du Pérou, dans les années 80. Leur présence a notamment considérablement freiné le développement de ces régions, comme à l’est de la Cordillère Blanche, peu développé et certainement pas touristique. La Cordillère Huayhuash était l’une de leur base, ce qui explique tous les incidents survenus là-bas. Non les communautés Huayhuash n’ont pas pris les armes du jour au lendemain pour protéger ce qui était à l’époque une poignée de randonneurs. Le groupe a peu à peu perdu de son importance et délaissé cette zone, les communautés en ont alors profité.

Il suffit de voir les locaux jeter moult emballages par la fenêtre du collectivo menant à Llamac pour comprendre qu’il n’y a pas une grande volonté de protéger leur milieu, quoiqu’en disent certains panneaux.

Il se dit que les communautés de Huayhuash, lassées de se sentir exclues du tourisme des agences de Huaraz, auraient mis en place ces péages pour bénéficier eux-aussi du pactole. C’est le motif que je retiens.

Le terme de racket peut paraître exagéré, mais quand on parle de quelqu’un qui vous court après en criant « boleto, boleto » sans salutation aucune, et qui s’en va ensuite sans même prendre le soin de répondre aux questions… Les sommes, qui plus est, sont énormes pour le pays. 50, 40, 30 soles… Rendez-vous compte, 50s soit plus de 12€ simplement pour passer !

Quant aux campements, ce sont de simples pâturages, parfois marécageux (Gashapampa, Jahuacocha, Cuyoc/Elefante…), avec pour simples services des toilettes et un robinet d’eau. Dans une région où il pleut aussi souvent, à telle altitude, le moindre que l’on puisse faire c’est de fournir un abri, un simple toit de tôle en cas de besoin. Un campement sans abri n’est ni plus ni moins qu’un bivouac payant…

Côté signalisation, il n’y a rien. Peut-être de rares panneaux sur le circuit classique. Quant à l’alpin, il n’y parfois même pas de sentier ce qui, de mon point de vue, offre un chouette terrain d’aventure, mais qui injustifie l’idée de maintenance des chemins. Entre les innombrables éboulements et les mules qui ravagent les sentiers, on imagine que l’entretien ne doit pas être simple mais pour le coup il est complètement absent. 

D’ailleurs, il suffit de lire les dernières actualités du circuit alpin pour se rendre compte du bazar au sein des communautés. Certains chemins ont par le passé été interdits et des randonneurs agressés par les locaux, chaque fois pour des raisons purement pécuniaires. Une vraie mafia organisée…

Pour ma part, j’aurai payé 130s en tout :

  • Llamac (50s) : barrière sur la route, impossible de l’éviter en commençant le trek de ce côté-ci
  • Pocpa (20s) : seconde barrière sur la route après Llamac
  • Huayhuash (30s) : les 2 circuits passent au milieu du campement, c’est une question d’heure et de chance
  • Jahuacocha (30s) : seul le circuit classique passe par le campement, au milieu du « village », difficile de l’éviter

Update : Guide obligatoire

Le 20 février 2026, les différentes communautés se sont réunies pour voter le bannissement immédiat des « mochileros » ou randonneurs autonomes. Désormais, le circuit ne pourra être réalisé qu’avec l’accompagnement d’une agence agréée de la région.

Les raisons avancées sont :

  • contestation récurrente des droits de passage
  • bivouac dans des lieux inappropriés
  • foyers et déchets

Quand on voit les déchets laissés par les locaux et les groupes guidés (constatés lors de mon passage), ou encore les ravages du bétail dans cette région (plus un arbre, plus une plante, parfois plus un seul espace qui n’est pas occupé par une tripotée de bouses), les arguments prêtent à rire (jaune).

Les randonneurs en solitaire ne représentent qu’un infime pourcentage de l’affluence du Huayhuash. La grande majorité dort sur les campements, paie les taxes et surtout, emmène ses déchets.

Si les arguments écologiques ne tiennent guère, c’est surtout le premier argument financier qui est en cause. Difficile de ne pas parler de contestation des taxes après avoir écrit un paragraphe complet dessus…

Depuis des années, les communautés sont frustrées notamment des alternatives au sentier principal, telles que le circuit alpin, qui ne passent pas par les campements principaux (3ème point) et qu’ils ne parviennent pas à réguler. De nombreux contentieux voire agressions ont déjà eu lieu et les communautés ont toujours refusé tout compromis. Finalement, ce n’est que la conséquence logique d’une mainmise des locaux sur la région.

Bien que j’ai pu réaliser le circuit peu avant, c’est avec une certaine tristesse que j’ai appris la mise en place de ces restrictions. La Cordillère Huayhuash reste un lieu mythique de l’andinisme, une région qui semble encore sauvage et parfois inexplorée. Comme le dit l’auteur du circuit alpin dans son blog, on espère que les communautés reviendront un jour sur leur décision…

Circuit alpin

Le circuit alpin a été tracé par Jeremy Frimer dès les années 2000 à partir de diverses traces et expériences d’alpinistes. Un site internet a été établi pour présenter le circuit et l’évolution de celui-ci. S’il ne fut pas toujours accepté par les communautés (car elles ne touchent que peu de commissions sur ce circuit) il serait en passe d’être officialisé, peut-être même qu’un ticket unique verra le jour pour ce circuit.

Le circuit alpin n’est pas à sous-estimer ! C’est un circuit engagé, exposé, difficile à suivre. Il convient notamment de se renseigner au préalable, récupérer la dernière trace GPS éditée, lire le topo, et se laisser le choix de changer d’itinéraire en cas de météo incertaine.

Des accidents ont déjà eu lieu, ce fut le cas en 2024 lorsqu’un israélien a mortellement chuté sur la première partie du parcours, une portion réservée aux personnes expérimentées et suffisamment équipées.

2 passages techniques, au J1 (Garagocha) et J7 (Rasac), requièrent du matériel adapté (crampons, corde, baudrier…). Des équipements ont récemment été installés (chaîne, dégaine…) pour plus de sécurité mais nécessitent tout de même une certaine expérience. Sans cela, il faudra nécessairement prendre l’itinéraire classique sur ces 2 portions.

L’itinéraire alpin évolue régulièrement, raison pour laquelle il faut récupérer la dernière trace à jour. Au fil des années, certains pasos sont devenus accessibles suite à la fonte des glaciers, et d’autres chemins plus simples ou plus impressionants ont été privilégiés.

Site circuit alpin : https://www.huayhuashalpinecircuit.com
Topo 2025 : https://www.huayhuashalpinecircuit.com/uploads/2/1/2/7/21278832/huayhuash_alpine_circuit_mini-guide_2025.pdf

Comparaison circuit classique

Tout ou presque les oppose. Quand le circuit classique est, à défaut d’être indiqué, facile à suivre, l’alpin nécessite absolument une carte ou trace GPS. Parfois, il n’y a absolument pas la moindre empreinte.

Le circuit alpin présente un dénivelé plus conséquent par rapport au nombre de kilomètres (plus faible). Outre cela, les pentes sont souvent raides et parfois exposées.

Le circuit alpin ne passe pas par les campements à de rares exceptions près (Huayhuash, Rondoy). On ne croise que peu de tours et on ne partage jamais les mêmes spots de bivouac. Comme les péages sont en général au sein des campements, on évite également une bonne partie de ceux-ci !

On entend parfois que le Huayhuash est particulièrement beau sur les 2-3 jours au milieu du circuit et plus commun sur le reste. Cela s’applique peut-être au circuit classique mais pour l’alpin, sans doute de part sa proximité avec les glaciers, j’ai trouvé chaque jour, chaque col formidable. Et ce, sans avoir fait le premier (Garagocha) et le dernier jour (Rasac), certainement exceptionnels eux aussi.

Préparation

Matos

  • Matos de camping classique
  • Gants escalade sur l’alpin : les roches sont particulièrement coupantes et il faut mettre les mains à de nombreuses reprises sur certaines portions. Rien d’obligatoire, mais j’ai fini avec les paumes un peu entaillées.
  • Bâtons impératifs en saison des pluies : je n’en utilise presque jamais, mais c’était une gadoue pas possible, très très glissante, sans parler de la neige fondue au niveau des cols.
  • Maillot de bain si vous passez par les thermes de Viconga.

Budget

Disposant de tout le matériel de bivouac, les dépenses incluent les taxes, l’alimentaire et la logistique.

  • Transport 80 (aller) + 45 (retour) = 125s
  • Taxes 130s (mais pouvant aller jusqu’à 290s)
  • Nourriture : 100s
  • Gaz : 35s

Total : 390s => 98€

Prix en autonomie avec location de matériel (d’après un autre randonneur) : A partir de 1000s, soit 250€ (en cas de mule, compter 100s/j supplémentaires)
Prix avec agence : à partir de 1500s, soit 400€

Repas

Bien que je pensais pouvoir doubler certaines étapes, j’ai tout de même pris 8 jours de nourriture, au cas où. Préférant éviter le village de Huayllapa pour ne pas payer les frais de communauté de 50s (il n’y a pas de petite économie), je ne disposais d’aucun ravitaillement possible sur l’ensemble du parcours.

Côté alimentaire, je reste sur des choix classiques qui ont fait leurs preuves et mêlent habilement petit budget et aliments locaux. Les aliments sont trouvables au marché de Huaraz et dans n’importe quel supermarché (Trujillo…).

  • Petit déj : mélange maison de céréales (avoine), graines (chia, noix, amandes), fruits secs (myrtille, raisin), maca (poudre andine de tubercule) et lait déshydraté
  • Déjeuner : pain boulanger pour les 2-3 premiers jours puis pain de mie (compressé), moutarde jaune, fromage local à l’origan (au marché), « chorizo »
  • Dîner : pour une fois un peu de variation avec 4 repas de pâtes (cheveux d’ange) et soupes déshydratées, 2 repas purée (avec chorizo et fromage), 2 repas nouilles (2 paquets à chaque fois, un étant plus qu’insuffisant pour ma part)
  • En-cas : boules de graines soufflées (quinoa, kiwicha…) trouvables au marché (2s les 6), pains pitas industriels (moins cher, plus consistant et plus résistant que des wraps) et beurre de cacahuète en sachet

Tours

Difficile de masquer mon désamour vis-à-vis des tours opérateurs. Ce n’est simplement pas mon monde.

Derrière une facilité certaine quant à la logistique et le matériel, derrière un vrai confort et un indéniable sentiment de sécurité, on retrouve souvent les mêmes maux : des employés (cuisiniers, arrieros…) sous-payés, des mules surchargées et battues (j’en croiserai même une morte sur le chemin) et des itinéraires convenus et partagés avec les autres groupes… Il en faut bien sûr pour tous les goûts, mais renseignez-vous bien avant !

Les agences proposent différentes options, de 4 à 12 jours, avec des départs quasi quotidiens. La plupart adoptent un rythme léger pour convenir à chacun. Veillez à vous renseigner sur le matos (notamment les duvets) et l’itinéraire. De ceux que j’ai croisés, tous semblaient passer par le paso Siula, seulement certains par le paso Trapecio (en aller-retour) et aucun par la vallée Sarapococha (pasos San Antonio ou Santa Rosa).

Récit

J1 : Rondoy (4100m) => Vallée Carhuacocha (4500m)

20km, 1400D+
7h

4h, le réveil retentit brusquement. Le sac est déjà fait, j’ajoute les derniers éléments et je fais mes adieux à Camille. Je traverse la ville pour rejoindre l’agence de bus TransNazario. Avec mon sac de rando, je passe au milieu des bars et boites de nuit, une autre ambiance. J’arrive devant l’agence, c’est fermé et il n’y a personne. Il reste une petite demi-heure avant le départ du bus mais c’est quand même louche. Un collectivo opportuniste passe par là, me lançant des « Huayhuash ? Huayhuash ? ». Il part récupérer des clients, autant ne pas faire le trajet à vide. Il peut me déposer à Rondoy, au départ, pour 100s. Non c’est trop. Il baisse à 80. J’hésite brièvement, je ne me souviens guère des prix en bus et je sais que c’est parfois compliqué pour rejoindre le départ. Allez, j’accepte.

La route, pourtant pavée, est un vrai champ de mines. On prend des trous tous les 10m. Allongé sur la banquette, il me faut m’agripper pour ne pas glisser par terre.

Après environ 2h, nous descendons vers Chiquian, au bord de la Cordillère. Le jour se lève et je découvre, médusé, une nouvelle Cordillère Blanche. Nous faisons une halte à Chiquian, charmant village au passage, où j’en profite pour prendre un jus de quinoa chaud et un sandwich de tortilla de légumes dans un de ces petits chariots qui occupe tous les matins chaque trottoir péruvien.

On est reparti, avec de la piste désormais, plutôt pourrie. On traverse un canyon jusqu’au village de Llamac, point d’entrée principal du circuit. Une barrière bloque la route. J’ai beau me cacher derrière mon rideau, je suis trahi par mon chauffeur. Une dame accourt et me demande les 50s d’accès à la communauté. 50s ! Près de 12€, c’est énorme. Je tente un billet de 100 mais elle a la monnaie.

Sitôt reparti, nous sommes de nouveau arrêté au village suivant, celui de Pocpa. Cette fois ils demandent 20s, et ils ont encore la monnaie. Ces péages sont monnaie courante sur le Huayhuash. En moyenne, il faut s’attendre à un péage par jour, 3 le premier… On peut repartir ? Avant qu’un autre local court vers nous en agitant son tas de papiers à la main, sait-on jamais.

Il me dépose un peu plus loin sur la route, à Rondoy, point de départ officiel, qui tient son nom des sommets voisins.

Jusqu’à Quartelhuain, le premier campement, ce sont 3 km à parcourir sur la piste. Derrière, on aperçoit déjà de beaux sommets parsemés de neige. Au campement, pâturage verdoyant avec pour seul service des toilettes, j’aperçois un local que je salue chaleureusement. Pas de réponse, il se contente de me fixer. Quelques secondes plus tard, il abandonne son rocher pour me demander mon ticket, avant de disparaître tout aussi brusquement sans que je n’aie le temps de poser ma question. Encore une fois, ce ne sera pas un trek qui nous marquera pour le partage avec les locaux.

Bref, je poursuis mon chemin, le premier col en vue. A vrai dire je ne regarde pas ma carte et je prends le mauvais sentier en avançant dans une combe. Le sentier n’est clairement pas indiqué et cela ne changera pas au cours des prochains jours. Attention aux sillons de vaches qui créent une infinité de faux sentiers. Je rattrape comme je peux le véritable chemin et entame la montée au col. Le sac est lourdement chargé, au moins autant qu’au Choquequirao où nous partions également pour 8 jours. Mais ici l’altitude est toute autre. Le col de Cacanapunta culmine à 4700m. Après quelques jours à se relaxer à Caraz, il faut laisser le temps à l’organisme de se réhabituer. Cela dit le sentier est plutôt roulant et la montée rapidement achevée. Là-haut, je découvre une grande vallée, quelques montagnes et un beau lac ocre. Encore rien de grandiloquent, mais les vues sont agréables.

Je croise en outre un futur compagnon de route pour les prochains jours, à qui je m’adresserai régulièrement par des « allez va-t-en ! ». Un de ces chiens des Andes, dont la vie semble se résumer à suivre indéfiniment les randonneurs, en dépit des cols et des conditions dantesques. Il est bien beau pour un chien « sauvage », sans doute nourri par les différents groupes. J’ai souvent été suivi par un chien sur une randonnée voire un trek de plusieurs jours (Quilotoa, Colca…). On finit par s’y attacher, lui donner à manger, à boire, et il y a toujours un moment d’égarement où on se demande comment va-t-on bien continuer de voyager avec lui. Non, cette fois je n’en veux pas, je n’ai pas prévu de nourriture en plus et je compte prendre des itinéraires particulièrement aériens. Il semble comprendre rapidement et ne bronche pas. Quelques minutes plus tard, en descendant, j’entendrai de déchirants aboiements.

Le sentier, abrupt au départ du col, part à gauche en direction du centre du massif. Plus loin, un panneau semble prohiber le passage par une zone, pourtant indiquée sur mon itinéraire. Une jeune tchèque est là, également fournie avec son chien d’éphémère compagnie, et déjà en train de faire sécher sa tente. Elle a dormi au camp Quartelhuain hier après avoir marché depuis Llamac. C’est la seule personne en autonomie que je croiserai sur le trek. 

Elle hésite aussi à passer par là, pour elle c’est le bon itinéraire. Tant pis, ils n’ont qu’a distribuer une carte et fournir des informations plutôt que d’agiter leurs « boleto boleto ».  Je la laisse derrière et je prends la direction de la lagune Mitococha. Si le chemin est mappé, en revanche dans la réalité il n’y a pas la moindre trace. Je traverse de longues bosses herbeuses qui s’élèvent et redescendent. Je commence à percevoir le lac, ainsi que de farouches bestiaux qui me dévisagent. Depuis le Santa Cruz, je me méfie de ces diables cornus. L’un d’eux commence même à courir dans ma direction. Ok ok, vous avez gagné, je m’éloigne et les contourne 50m plus loin.

Je me dirige désormais vers les collines à l’ouest de la lagune. Il y a bien un tracé OSM mais dans les faits rien de visible alors on prend le chemin qui semble le plus évident. Je profite de la vue pour déjeuner. Au menu, comme pour les prochains jours, ce sera pain frais (remplacé par du pain de mie d’ici 2 jours), moutarde jaune, fromage local à l’origan et tranches de chorizo. Et petite touche plaisir avec un wrap au beurre de cacahuète.

Le lac est plutôt ordinaire, mais la vallée est verdoyante et on entrevoit les sommets du Rondoy qui la surplombent, tandis qu’un condor rôde dans le ciel.

Je descends au lac, le contourne, et rejoint le tracé alpin pour la suite de la journée. Les groupes s’arrêtent parfois au campement de la lagune pour le J1. C’est un peu léger mais lorsqu’on est peu acclimaté, on ne va pas se plaindre d’une petite journée tranquille. Les autres continuent en général jusqu’à la lagune Carhuacocha après un nouveau col.

C’est également à cet endroit qu’on rattrape le circuit alpin, qui passe par la laguna Garagocha avant de descendre (avec rappel) au lac Mitococha. Je change donc de trace pour suivre l’alpin les prochains jours. Après la lagune, le sentier s’élève au travers d’une pente herbeuse raide à souhait. De ce côté-ci, la laguna Mitococha offre quelques jolies nuances verdâtres, avec le Rondoy en fond. Quelques vaches broutent dans la pente mais ne semblent pas se soucier de moi à leurs côtés. Plus haut, je rate une bifurcation à gauche, en même temps il n’y a pas le moindre signe et ça ne semblait pas le plus logique. Pour ne pas redescendre, je monte quelques rochers, escalade facile, pour accéder à une grande crête. Je poursuis mon chemin sans trop me soucier d’être sur le tracé ou non, l’idée semble de suivre la crête jusqu’au bout. Pas de difficulté particulière, pas tant exposé que cela, mais attention aux rochers particulièrement tranchants. Des gants d’escalade ne seraient pas de refus, je m’écorche les paumes à plusieurs reprises.

Je descends légèrement sur la gauche de la crête pour retrouver un ersatz de sentier, peut-être encore un sillon de vache, mais qui pour le coup me convient bien. Il commence à grêler, et quelques éclairs retentissent au loin. Clairement ce n’est pas l’endroit rêvé dans de pareilles conditions. Je pense plusieurs fois à redescendre dans la vallée en contrebas, mais l’idée d’avoir fait tous ces efforts pour rien me convainc de poursuivre. La suite est plus minéral et l’itinéraire, à quelques exceptions près, se laisse aisément lire. La météo, après une bonne heure, se calme enfin. Parvenu à la lagune Alcaycocha, qui offre de nombreux spots herbeux, de l’eau, et de plaisantes vues, je décide néanmoins de poursuivre, ce que je regretterai comme souvent.

Le sentier se poursuit au travers des pierriers, très glissants après la tempête de grêle. Un petit col perché entre 2 pics rocheux, le Chaclan, est à franchir pour redescendre ensuite dans la vallée du lac Carhuacocha. La fatigue commence à se faire sentir mais quelques éclaircies au niveau du col redonnent du baume au cœur. Au paso, je découvre les géants Jirishanca, Yerupaja et Jurau qui s’élèvent mystiquement au travers de la brume. Fabuleux.

De l’autre côté, en direction du célèbre paso Siula, j’aperçois la grande et belle lagune Gangrajanca, la lagune oubliée des fameuses photos du trek, puisque dans l’autre sens, au mirador des Tres Lagunas, on ne l’aperçoit que sous la forme d’une vague ligne colorée.

Je redescends en direction de la laguna Chaclan où je souhaite passer la nuit. Encore une fois, je manque la déviation. Je suis descendu quelques centaines de mètres trop bas. A mon niveau, un bon escarpement m’empêche de descendre. Peu enclin à rajouter du dénivelé aux stats de la journée, je poursuis en direction de la vallée, en espérant un passage plus clément. Malheureusement, la falaise persiste et je suis en panne de solution. Je renonce au spot rêvé en bordure de la laguna Chaclan et entame une descente raide et technique sur des dalles rocheuses en direction de la vallée.

Un peu claqué mais soulagé, je parviens enfin en bas, à l’orée de la vallée. Une ruine et un bon millier de bouses me confirment que j’ai rejoint la vallée, et je pose la tente à la nuit tombée, après avoir nettoyé le sol de quelques excréments. Ce n’est pas le spot que j’avais imaginé mais les vues restent exceptionnelles. Des dizaines d’insectes volants font leur apparition, sans doute attirés par la lumière du réchaud. Je me réfugie dans la tente pour cuisiner sans nuisance et me couvre chaudement pour cette première nuit.

J2 : Vallée Carhuacocha (4500m) => Lagune sans nom, aval paso Trapecio (4600m)

14km, 870D+
7h

Départ tranquille aujourd’hui. De grosses journées sont prévues les prochains jours, et je m’adjuge une journée plus paisible, d’autant qu’on m’a confié qu’il y avait des sources thermales au campement Huayhuash (ce qui n’est pas le cas !). Il a beaucoup plus dans la nuit mais les températures ne sont pas descendues en négatif.

Petit déjeuner à l’intérieur de la tente, le temps est maussade à l’extérieur. Les montagnes sont majoritairement masquées par les nuages, assez bas, mais je m’avance un peu pour observer la sympathique laguna Carhuacocha, où les tours dorment généralement.

Je dois traverser la vallée pour rejoindre le sentier. S’il s’agit du circuit alpin, c’est une portion désormais empruntée par tous les tours puisqu’elle est bien tracée, aisée, et offre une des vues emblématiques du trek. Quant à moi, je dois trouver mon chemin au travers d’une large vallée humide où je lutte régulièrement pour ne pas m’enfoncer dans cette épaisse tourbière. Au bout de la vallée il faut encore franchir une grande rivière. Pas de pont, je dois me résoudre à retirer les chaussures et traverser dans une eau glaciale.

C’est bon, je suis sur le sentier. Plusieurs groupes sont passés pendant que je faisais trempette, je les rattrape rapidement. Fini la tranquillité de la veille, c’est une portion bien plus sociale. Je crois un grand groupe d’israéliens et de plus petits groupes anglophones. Au bout de la lagune Gangrajanca, un sentier permet de grimper à la digue naturelle qui l’entoure et apprécier ses beaux tons bleus. Malheureusement le temps couvert ne permet pas d’apprécier les sommets qui l’entourent.

Je poursuis sur le sentier, passant plusieurs lagunes aux nuances diverses, et j’entame la grimpette au paso Siula. Le chemin est plutôt boueux, les hautes herbes gorgées d’eau, mais ne présente guère de difficulté.

Je prends une ou deux photos des lagunes dans l’optique où le temps, déjà pluvieux, se gâterait davantage. En effet, au mirador des 3 lagunes, c’est la neige qui fait désormais son apparition et voilà les lagunes qui disparaissent dans cette triste brumasse.

Je repère un énorme rocher permettant de s’abriter en dessous, je décide d’attendre quelques minutes que les éléments, peut-être, s’assagissent. Entre-temps, les différents groupes me rejoignent, je retrouve aussi la tchèque rencontrée au premier jour et nous sommes bientôt une bonne dizaine de sardines entassées sous un caillou. Entre le décor apocalyptique et cette scène cocasse, voilà un bon exemple d’Insta vs reality. Le chien roux croisé la veille au premier paso arrive lui aussi, il a dû suivre les groupes. Il n’est pas rancunier et vient me saluer.

Après une petite heure à patienter, je renonce à cette vue idyllique, et j’attaque la dernière partie jusqu’au paso, avant que les groupes ne créent un embouteillage. Au col, quelques éclaircies permettent d’imaginer le décor, mais je reste sur ma faim. Je suis un peu la crête sur la droite pour observer un autre petit lac caché entre les pitons rocheux.

Puis le ciel se couvre à nouveau, la neige repart, et je détale volontiers. La descente qui s’ensuit est particulièrement roulante et glissante. Je manque plusieurs fois de déraper avant que l’inévitable ne se produise, et en quelques millièmes de seconde, me voilà couvert de boue. Comme si je n’étais pas assez grincheux aujourd’hui. Je poursuis en marchant avec davantage de précaution, mais la chute n’est jamais bien loin. Dans la vallée, le temps s’adoucit, je croise la lagune Carnicero au milieu de verts pâturages, et j’observe quelques beaux sommets.

Je parviens au campement Huayhuash en tout début d’après-midi. Difficile de l’éviter celui-ci, le chemin passant bien au milieu. J’essaie de me faire discret mais je suis vite repéré par les locaux à qui il faut régler la taxe de communauté de 30s. J’apprends qu’il n’y a pas de thermes, seulement à Viconga, le prochain campement sur le circuit classique. Vu l’heure et le nombre de tentes disposées de partout, je préfère poursuivre et atteindre un spot plus tranquille. Je déjeune à l’écart et j’en profite pour mettre quelques affaires à sécher. Mon pull est trempé, je le pose sur un rocher bien chaud.

Je quitte de nouveau le sentier pour prendre l’itinéraire en direction du paso Trapecio. Encore une fois, c’est une partie du circuit alpin désormais empruntée par les groupes. Parfois ils se contentent de monter au paso puis font demi-tour pour rejoindre le camp Viconga, d’autres fois ils poursuivent en direction du camp Cuyoc/Elefante.

Je me pose au bord d’une petite lagune avant la vallée qui mène au col. Il est 14h30, pour une fois je m’arrête à une heure décente, je vais pouvoir me reposer. En posant la main au sol, je me rends compte que certaines herbes sont particulièrement piquantes, je crains que cela n’endommage la tente voire le matelas, et je déplace celle-ci pour un autre spot moins photogénique. Il commence à faire froid, je cherche mon pull mais il n’est nulle part. Quel nigaud, j’ai dû le laisser sur ce rocher au moment du casse-croûte ! Allez c’est reparti pour un aller-retour pour aller le récupérer…

Finalement il est quasiment 17h quand je peux enfin me poser. Tant pis, l’aprem pépère sera pour une autre fois. Je mange dans la tente tandis qu’une tempête de neige s’amorce. Je me relèverai à plusieurs reprises afin de nettoyer la toile ployant sous le poids de la neige.

J3 : Lagune sans nom, aval paso Trapecio (4600m) => Aval paso San Antonio (4600m)

7h

Réveil aux aurores, aujourd’hui est un jour spécial. J’espère profiter de belles vues au paso Trapecio et j’ai de l’avance sur les autres groupes, je devrais arriver arriver seul là-haut. Il a neigé une bonne partie de la nuit puis la pluie a pris le relai. Dans tous les cas, la tente est trempée, comme d’habitude.

Dehors une brume épaisse masque la visibilité à plus de quelques mètres. Espérons que ça s’arrange avec le lever du soleil. La montée au col se fait donc entre brouillard, pluie et terrain boueux. Difficile de dire si les environs valent le détour, je me doute que oui. On imagine tout un tas de choses lors d’une grimpette avec une telle purée de pois : des glaciers suspendus, des pics granitiques, d’immenses vallées verdoyantes, des aboiements de… Chien ? Voilà le chien roux qui refait brusquement son apparition. Je l’avais perdu de vue depuis le paso Siula, j’imagine que ça annonce les groupes en approche. La neige n’a pas l’air de bien le gêner, c’est son quotidien. Il court dans tous les sens, se roule dans la neige et poursuit quelques vizcachas pour le casse-croûte.

J’arrive au col après une bonne heure et demie, je ne distingue toujours rien. Il neige, encore ; je m’abrite derrière un rocher du petit vent glacial, et j’attends. Je patiente longuement, près de 3h ! Aujourd’hui est un jour spécial, celui de mes 31 ans. Oh, ça ne compte guère à mes yeux, tout juste si j’y pense. Mais cela reste un jour particulier. Si je n’attends pas aujourd’hui, je ne le ferai sans doute jamais. Alors je reste là, blotti sur mon caillou, recroquevillé pour rester au chaud. Les groupes défilent les uns après les autres, prennent leurs photos pour le principe, ou l’humour, et font demi-tour. Leur guide a dit que ça ne bougerait pas. Idem pour le guide suivant. Tous me le répètent, avant de me souhaiter bon courage et de repartir.

Peut-être que ça ne se lèvera pas. Ou peut-être que si, nul ne peut le prédire, la Montagne est imprévisible. Qu’importe, je reste là, seul, à espérer une providentielle éclaircie. Après le passage déjà bien maussade du paso Siula, je n’ai guère envie de manquer ce nouveau col dont j’avais pourtant eu d’élogieux échos. On ne parle pas de quelques nuages, d’un peu de brume, qui gâcheraient la vue, mais d’un interminable mur opaque qui anéantit toute perception. C’est le plus frustrant, je ne sais même pas à quoi cela devrait ressembler…

Et puis vint l’éclaircie, partielle, unique, éphémère, à peine plus de quelques minutes. Tour à tour, j’entrevois un immense glacier que je ne soupçonnais pas au dessus du col, celui du Jurau, et dans la vallée en bas, de petits lacs bleutés dans un paysage ocre constellé de neige. L’instant est fugace mais merveilleux. Entre-temps l’amie tchèque est arrivée au col et a aussi pu profiter de ce moment hors du temps. Je suis presque jaloux, dire que j’ai attendu plusieurs heures dans le froid, mais soulagé que cela n’ait pas été en vain.

Sitôt l’éclaircie terminée, la brume et la neige refont leur apparition. Cette fois je m’en vais. Le circuit alpin prévoit de monter au dessus du col puis de suivre le glacier vers le lac Juraucocha. Malheureusement, la visibilité est parfaitement nulle et le sol très glissant. Je me dois de renoncer à ce passage, non sans une certaine hésitation. Tant pis, je prendrai le paso San Antonio qui jouit également d’une belle réputation.

La redescente est longue, interminable dans ces conditions. On passe plusieurs lacs qu’on aperçoit à peine. Le sol est boueux, glissant, il s’est mué en torrent à certains niveaux. Je redouble d’attention pour ne pas finir au sol. En travers du chemin, un corps gît, celui d’une mule, sans doute d’un arriero qui accompagne les tours. Était-ce un accident, était-elle trop chargée ? Cela n’a plus d’importance. Chien-chien profite de cette offrande pour grignoter un peu, autant que ça serve à quelqu’un.

Allez, on parvient enfin dans la grande vallée Elefante/Cuyoc. Un campement est présent, je quitte la tchèque là-bas et je continue en direction du paso San Antonio, il est encore tôt. D’après son Garmin, qui explique peut-être qu’elle soit arrivée au bon moment au col, on dispose d’une petite heure d’accalmie avant que la pluie ne fasse son grand retour. En effet, quelques rayons du soleil illuminent la vallée. Je suppose qu’elle tient son nom des larges formations rocheuses qui coupent la vallée en 2, telles d’imposantes trompes d’éléphant.

J’en profite pour commencer à monter au paso. En chemin, 2 rivières se rejoignent sans se mélanger, une parfaitement translucide quand l’autre est chargée en terre. Le chien tente de me suivre mais je réussis à le faire fuir. Après un court et raide sentier, j’accède à une petite vallée en amont. Je repense aux pronostics du Garmin, et préfère monter la tente plutôt que de risquer de gâcher un nouveau col. Cela ne traîne pas et une bonne heure de pluie s’ensuit où je reste cloîtré dans la tente. Lorsque le temps se calme à nouveau, je ressors observer le ciel.

Je remarque quelques minces éclaircies, et si c’était le moment ? Encore une fois, aujourd’hui est un jour particulier, et je n’ai pas grand chose à perdre. Je laisse la tente sur place et je prends le strict minimum pour grimper au paso San Antonio. Le temps se couvre à nouveau mais je poursuis vers mon objectif. Malheureusement, parvenu là-haut, je ne distingue pas à 10m, c’est encore pire que ce matin !

Retour sous la pluie avant que la nuit ne tombe. Je suis frustré de cette journée. Tant d’efforts pour si peu de résultats. Après 3 jours, je me lasse déjà…

J4 : Aval paso San Antonio (4600m) => Vallée Caramarca (4350m)

11h

On oublie tout et on recommence, c’est l’idée de la journée. Et je ne perds pas de temps, réveil à 5h30, alors que le jour se lève à peine, et je décolle à 6h pour le col San Antonio, second round. Je connais bien le chemin désormais : raide et glissant dans un premier temps, à même la rivière ensuite, où il faut progresser avec attention, une partie plus roulante et l’ultime portion, glissante et collante sur une terre argileuse qui s’agglutine sous les semelles.

A l’approche du col, un frisson me parcourt, je vois de grands nuages sombres, particulièrement bas. Soulagement à l’arrivée, s’ils cachent évidemment les sommets, j’aperçois tout de même les vallées en contrebas. Je suis content, ce n’est pas la vue la plus dégagée qu’on ait connu mais c’est déjà plus qu’espéré.

En bas, le lac Juraucocha et ses tonalités turquoises captivent tous les regards. Je grimpe un peu sur la gauche du col pour obtenir d’autres vues, c’est alors que les glaciers du Jurau se dévoilent. Exceptionnel. Je continue encore plus loin, à l’ouest, pour découvrir une nouvelle vallée et quelques tons arc-en-ciel, semblables à ceux aux environs de l’Ausangate.

Quelques empreintes semblent d’ailleurs redescendre vers la vallée Huanacpatay bien que la carte n’en indique aucun. Je suis convaincu qu’il y a une infinité de possibilité ici, à chacun de trouver sa propre voie. D’ailleurs j’ai bien envie d’en tenter une. Déjà, la descente du San Antonio me paraît délicate : raide, glissante et peu tracée. Ensuite, j’aimerais bien découvrir la paso Santa Rosa (Cutatambo sur OSM) situé à peine à 500m à vol d’oiseau.

Des traces semblent partir au nord du col, mais ça me semble exposé et très casse-gueule. D’autres empreintes partent au contraire direction sud-est et rejoignent un sillon qui débute plus bas. J’ai aperçu un petit cairn lors de l’ascension. La carte ne fait aucunement mention d’un sentier qui joindrait les 2 pasos, mais je suis prêt à tenter. Plutôt que de redescendre au cairn, je tente de suivre les marques qui partent du col. Ce n’est pas vraiment exposé et finalement pas si glissant, je rejoins rapidement les empreintes de… bêtes. Des sabots, il n’y a pas de doute là-dessus. Pourtant la trace semble bien rectiligne, coupant exactement au bout de la crête. Je poursuis donc jusqu’en haut pour contourner les roches et revenir de l’autre côté.

Plutôt aisément, je parviens côté Santa Rosa ou j’entrevois la petite vallée et le sentier qui mène au col. Je quitte l’arête pour rester au bord côté vallée et je redescends un peu plus loin, sur un terrain un peu technique, glissant et argileux. Ça y est, je peux récupérer le sentier principal et j’atteins 8h30 le deuxième col de la journée.

Le paso Santa Rosa, qu’on dit « fermé » géographiquement parlant, offre également une vue sublime sur le lac Juraucocha et les glaciers du Jurau. D’ailleurs le ciel se découvre peu à peu et j’entrevois même le sommet de ce dernier ! Je profite quelques minutes et j’entame la descente vers la vallée de Sarapococha, bien plus douce que celle du San Antonio. Toute la descente est une pure merveille et je m’arrête régulièrement pour contempler ce paysage grandiloquent, véritable carte postale de la Cordillère.

Je parviens jusqu’au lac où je récupère le tracé alpin que j’aurais dû suivre après le Trapecio. En parlant de récupérer, qui voilà ? C’est encore ce chien roux, cette fois je ne m’explique pas comment il a pu me retrouver au milieu de nulle part… Encore navré, mais je ne veux pas qu’il me suive sur la suite de la journée, qui s’avère bien plus technique et isolée. Il comprend rapidement et s’en va.

Le sentier alpin ne passe pas par le campement Cutatambo mais contourne la lagune pour se diriger vers la vallée suivante. A vrai dire, le tracé passe au bord du lac mais les quelques cailloux immergés ne m’inspirent guère confiance pour traverser la rivière. Je vois qu’un autre sentier traverse en contrebas. Je descends donc en direction du refuge jusqu’au point de passage indiqué sur la carte. Pas de pont non plus, c’est à se demander où va l’argent des communautés… Au lieu de ça, quelques cailloux instables, éloignés et à moitié sous l’eau. Il y a bien 6-7m à traverser. C’est long ! Peut-être qu’en saison sèche le niveau d’eau est plus bas, mais aujourd’hui il a une bonne hauteur et un sacré courant. Je remonte plus haut, je redescends, je tergiverse longuement. Je regrette de ne pas avoir mis les chaussures directement dans l’eau en suivant le passage du circuit alpin.

Je décide de traverser à un autre niveau, moins large. Je place quelques cailloux au bord, pour créer un précaire tremplin, et après une longue hésitation je saute les 2 bons mètres qui me séparent du rivage opposé. C’était moins une, par chance aucun caillou ne s’est dérobé sous mon pied à l’arrivée. Clairement pas l’endroit pour se faire une cheville.

J’entre enfin dans la vallée de Sarapococha, un lieu oublié des randonneurs, presque vierge, qui fut il y a 40 ans le théâtre du célèbre récit Touching the void.

Le «sachiez-vous» ?

En 1985, 2 alpinistes britanniques, Joe Simpson et Simon Yates, se lancent à l’assaut de la face ouest du Siula Grande (6356m), encore indomptée. Pourtant parvenus au sommet, la descente ne se déroulera pas comme prévu. Après une grave blessure, dans des conditions dantesques, Joe se retrouvera longuement suspendu dans le vide, avant que son compagnon, sans nouvelle ni autre choix, ne se résolve à couper la corde… Le livre Touching the void, adapté au cinéma, retrace cette incroyable expédition.

La vallée est superbe, seulement peuplée de vaches. Pendant 24h, je ne croiserai plus personne. Évidemment, l’indulgence de la météo joue beaucoup dans ce ressenti, mais la vallée, au centre de la Cordillère, est exceptionnelle. Le Siula Grande (6344m) se dresse face à moi, le Yerupaja (6635m, deuxième sommet du Pérou) s’élève au loin. Et leurs terrifiants glaciers s’étendent à l’infini.

Passé les pâturages, l’itinéraire est plus compliqué à suivre au milieu des rochers. Parfois on trouve un cairn ou un bout de sentier sur quelques mètres, mais globalement on trace sa propre voie. Pour les groupies, un haut rocher à la forme singulière signale le camp de base historique des alpinistes Joe et Simon.

Derrière, je sens que l’orage approche, alors je profite avec émerveillement de ces moments suspendus. Je déjeune face à la lagune Sarapococha, bleu profond, contours verdâtres, avec le Yerupaja en fond. A mes yeux, l’un des plus belles vues du circuit.

Tandis que le temps vire à l’orage, je m’élance sur la suite du circuit alpin, celle qui devrait me mener sur une longue crête et atteindre le toit du trek. Pas forcément le choix le plus judicieux avec la neige qui commence à tomber, mais rien ne dit que cela va durer et je surfe encore sur l’incroyable matinée qui vient de se dérouler. Un chemin sur OSM semble rejoindre le paso Seria mais je ne le distingue pas sur le moment. La trace alpine quant à elle s’élève à l’ouest au niveau du lac Sarapococha. Pas forcément évidente au départ, l’idée est de monter tout droit ou en zigzag au travers de la pente herbeuse, puis davantage marquée jusqu’à un petit cratère aux teintes ocres. C’est ici que commence la longue crête jusqu’au paso. La neige s’arrête mais d’épais nuages recouvrent désormais les montagnes et la vallée. Je distingue à peine le lac au pied du Siula.

Par courts instants, des pans de montagne sont délaissés par les nuages, offrant de beaux aperçus dans une ambiance mystique que les seules photos ne peuvent transmettre. A ma gauche, la chaîne occidentale du Huayhuash se dévoile, moins connu mais également fournie en glaciers, c’est d’ailleurs elle qui sépare les régions d’Ancash et… Lima. A ma droite, l’impressionnante mer de glace du Yerupaja, et en face, le fameux Rasac, au pied duquel passe le circuit alpin (glacier puis descente en rappel).

La crête n’est jamais trop ténue, ni trop technique. Parfois il faut mettre les mains, passer à droite, ou à gauche, et finalement à droite. Le « chemin » est un peu glissant, toujours cet argile collant, mais rarement exposé. Il faut prendre le temps, et il y a suffisamment de merveilles autour pour s’adonner régulièrement à la contemplation. Je reconnais que je suis quand même content d’arriver au bout après plusieurs heures à côtoyer le ciel et un sommet à 5152m, point culminant du trek.

Face à moi j’aperçois le paso Rasac, surmontant quelque petites lagunes glaciaires, et tout en bas la belle lagune Caramarca. Je descends en direction de celle-ci, le sentier est plus ou moins facile à suivre, et le sol glissant à souhait, pour changer. J’hésite à me poser au bord de la lagune, mais il s’est remis à pleuvoir, et j’ai une sainte horreur de sortir la tente sous la pluie. Je poursuis donc dans la vallée en direction de Huayllapa. C’est ici que je dis adieu au circuit alpin ! A moins que ce soit un au revoir, pour dans quelques années.

La vallée est très jolie, avec ses ruisseaux qui serpentent, les glaciers qui la surmontent. Elle est aussi bien humide et aucun sentier n’existe réellement. Du moins la trace est à gauche, vire à droite, disparaît. On alterne donc en suivant le chemin qui paraît le plus évident et surtout en distançant les vaches tant que possibles. Farouches bestiaux.

Attention à bien choisir son côté car la rivière s’élargit et devient de plus en plus compliquée à traverser. A mi-chemin, il faut commencer à rester sur la gauche. Je traverse la vallée au mauvais endroit et je me plante dans une tourbière, j’ai de l’eau plein les chaussures… Elles ne sécheront pas jusqu’au retour à Huaraz.

Je finis par me poser en bord de rivière lorsque la pluie commence à se faire plus légère. Il y a pléthore de spots possibles dans cette vallée sauvage, à condition de s’éloigner des bêtes et de trouver un sol suffisamment ferme.

J5 : Vallée Caramarca (4350m) => Paso Llamac (4200m)

12h

Je me réveille tôt, comme tous les jours, pour bien profiter de la matinée avant les orages d’après-midi. Il n’a pas pu cette nuit, cela faisait bien longtemps que je n’avais pas dormi par temps sec. J’ai un sentiment partagé, celui d’avoir vécu une journée exceptionnelle et finalement d’en avoir vu suffisamment, sachant que je m’attends à une météo difficile après ce miraculeux interlude.

Je pars en direction de Huayllapa, le seul village sur le trek. La fin de la vallée est un peu longuette, le chemin est bien pierreux et boueux. C’est ici que je rejoins le circuit classique que je suivrai jusqu’à Llamac.

Au niveau de Huayllapa, je ne croise aucun péage. Je sais que la communauté exige 50s et je ne pensais pas pouvoir y échapper. Il semblerait que ce ne soit que pour rentrer dans le village. J’ai assez de nourriture alors je ne m’arrête pas et j’entame la longue ascension depuis Huayllapa, point le plus bas du trek à 3500m, jusqu’au col Tapush à 4770m. Dire qu’il y a quelques heures, j’étais au point le plus haut à 5152m.

Il fait chaud, et un grand ciel bleu. C’est agréable, je rêve quelques minutes d’une journée parfaite… La monte est raide, bien raide, sur un bon chemin néanmoins. Je retrouve la tchèque qui fait sécher sa tente. Elle est désormais accompagnée de 4 chiens ! Elle a pris le paso San Antonio, dont elle confirme la difficulté à la descente et a dormi à Huayllapa, où elle a visiblement récupéré 2 nouveaux compagnons. Je la laisse, je ne pense pas la revoir d’ici la fin du trek. Malheur, elle a réussi à me refourguer 2 de ses chiens. J’arrive à en faire fuir un mais le second est bien trop rapide, toujours 10m devant…

Plus haut, je croise 2 campements en bord de rivière, appartenant à la communauté. Quelques glaciers s’élèvent au dessus de cette grande et verte vallée. Derniers efforts jusqu’au col et avant que la tempête ne s’abatte. Fini le soleil, je remets les habits de pluie et je passe le col sous un déluge. J’oserais dire qu’il ne s’agit pas du col le plus beau du trek, essentiellement plat et entouré de pâturages, mais à vrai dire je ne distingue pas grand chose. Quelques pics rocheux, une vague lagune, je ne m’arrête pas. Ou du moins, pas jusqu’à la chute. 1, 2, presque 3, le sol est boueux et je prends 2 gamelles coup sur coup. Je regretterais presque de ne pas avoir pris les bâtons de Camille.

Je descends au campement Gashpapampa qui s’apparente plus à des marécages qu’un véritable campement et je poursuis en direction du prochain col.

La neige reprend de plus belle, au sol elle est mouillée et glissante, je progresse avec prudence. Je perds chien chien de vue, il m’attendra en fait au col, à l’abri d’un rocher. Sitôt rejoint, le voilà qui se remet debout et repart ! C’est donc cette sensation que ressent Camille lorsqu’elle m’accompagne…

Mais je ne redescends pas tout de suite, j’essaie de trouver un rocher pour m’abriter un peu et j’attends. Ce n’est même pas pour la vue, mais avec la quantité de neige qui tombe, il n’y a aucune visibilité.

Après une petite heure, je décide quand même de repartir. Je suis frustré, las de ce temps médiocre. Je ne prends pas le détour pour le mirador de la laguna Jahuacocha, on ne voit absolument rien, et je poursuis sur le sentier principal en essayant de ne pas glisser. Lorsque je découvre la lagune, je ne suis pas surpris. Juste déçu, un peu triste. C’est la conclusion logique à cette semaine détestable où la météo ne m’aura laissé guère de répit.

Je descends rapidement au campement, où je suis intercepté par un local pour m’acquitter de la taxe (30s), « ultimo peaje, ultimo« , et reprends de suite la route en direction de Llamac. Le campement est partiellement inondé, sinon occupé par des tentes de tours, il pleut des cordes, à cet instant je veux juste rentrer.

Je poursuis à travers la vallée, je ne prends même pas le temps de remplir de l’eau et je commence à grimper au dernier col qui me sépare de l’arrivée. La nuit approche, je ne trouve désormais plus de spot, ni d’eau, et je regrette un peu d’avoir filé aussi hâtivement. Chien chien en a également ras le bol, après plus de 35km et près de 2K de dénivelé dans les pattes, pour la première fois de la journée, il traîne loin derrière.

Par chance, peu avant le col, je trouve un espace herbeux plat dans un petit enclos, et non loin, un torrent qui s’écoule de la montagne. Avec les intempéries du jour, l’eau est chargée en sédiments mais je n’ai guère d’autre choix. Il me faudra quelques semaines pour nettoyer mon filtre après ça.

J6 : Paso Llamac (4200m) => Llamac (3200m)

3h

C’est le dernier jour. Il ne reste plus qu’à atteindre le paso puis redescendre tranquillement à Llamac attraper le bus de 11h. Le ciel est dégagé pour cet ultime réveil, et quelques sommets blancs sont visibles à contre-jour.

Autour du chemin, de petits puya raymondii, plante endémique des Andes qui peut atteindre plusieurs mètres de haut.

Je parviens rapidement à Llamac, où des collectivos privés passent, ramenant des groupes à Huaraz. Ils sont pleins, j’attends celui qui fait la jonction avec Chiquian. Il arrive finalement autour de 11h30. La dame me dit 30s pour le trajet alors que j’avais lu 15 ou 20, mais difficile de savoir. Sur le chemin les locaux jettent des emballages par la fenêtre, j’imagine que ça montre le peu d’intérêt qu’ils portent à la préservation de cette soit-disant « zone réservée ».

A Chiquian, charmant petit village, suffisamment grand pour offrir son lot de comedors et un peu de vie, mais pas non plus trop pour garder son charme et son authenticité, plusieurs compagnies repartent à 13h30 pour Huaraz (15s), le trajet prend normalement 2h, il en prendra cette fois 4 avec tous les travaux sur la route. Dans le bus, j’en profite pour laisser mes pieds prendre l’air après 2 jours d’humidité permanente. L’odeur est épouvantable mais pour une fois que ce ne sont pas les locaux qui joues les sans-gêne…

Bilan

Côté météo, ce ne fut pas terrible : pluie, neige, brume, ciel nuageux… A la longue c’est terriblement frustrant, on ne profite pas des cols ou des bivouacs comme on le voudrait. Si c’était à refaire en connaissant les conditions, je renoncerais sans doute. La saison des pluies est sans pitié.

Quant au trek en lui-même, il est fidèle à sa réputation. Lacs turquoises, glaciers à perte de vue, immenses vallées fleuries, le massif de Huayhuash offre une des plus belles palettes montagneuses qui soit. A mon sens, le tracé alpin est bien plus impressionnant, chaque jour offrant son lot de vues exceptionnelles. Qui plus est, sa fréquentation quasiment nulle sur certaines portions ajoute une vraie dimension d’exploration et de quiétude, mais c’est un itinéraire qui se mérite.

On regrettera néanmoins les taxes aberrantes et la gestion calamiteuse des communautés qui gâchent une partie de l’aventure.

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