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Boucle de l’Ausangate

Seulement quelques jours après avoir bouclé le trek de Choquequirao, nous prenons la route de l’Ausangate, montagne sacrée à quelques heures au sud-est de Cusco. Réputé comme l’un des plus beaux treks du Pérou, il fait le tour de la montagne en 4 jours, auxquels il est possible d’ajouter un détour à la fameuse montagne des 7 couleurs, ou Vinicunca.

j
D+
Dénivelé positif
km
m
Altitude max
m
Altitude moyenne
cols

Le trek

Comme pour Torres del Paine ou plus récemment, Choquequirao, le trek de l’Ausangate était déjà dans nos petits papiers avant même le début du voyage. John avait regretté il y a quelques années de ne pas avoir pu en profiter et il était inimaginable de passer à côté.

S’il est encore dans l’ombre du Salkantay ou du Huayhuash, le trek est de plus en plus connu et prisé, il a acquis une belle réputation qui en fait l’un des plus beaux du pays. Toutes les agences de Cusco le proposent désormais.

Pour le coup, il n’existe pas vraiment d’hébergement sur l’itinéraire et il est donc nécessaire de le réaliser en autonomie, avec le matériel de bivouac et toute la nourriture. C’est sans doute la raison qui explique qu’il soit encore peu parcouru.

Droits de passage

Peu à peu, l’Ausangate prend le format du Huayhuash, à savoir que les différentes communautés souhaitent leur part du gâteau. On ne rentrera pas dans le débat, mais désormais l’entrée Upis/Pacchanta n’est plus la seule somme à débourser pour réaliser le trek. Les « péages sauvages » jadis répandus sur le trek semblent avoir laissé place à de vrais tickets vendus par les communautés, disons que ça officialise la chose.

Si on peut parfois se faufiler discrètement, certains campements ne vous laisseront pas passer sans le paiement de cette taxe. Le ticket inclut un campement plus que sommaire sans abri (et même parfois, sans toilettes).

Les péages sont :

  • Upis ou Pacchanta (20s/p) : le ticket historique, qui vaut pour les 2 communautés au départ et à la fin de la boucle (ne perdez pas le ticket !)
    Apacheta Pass (?) : en haut du col, il y a un petit abri de fortune où ils vendent quelques boissons. Des amis passés quelques jours après nous se sont vus exiger un droit de passage. Ce ne fut néanmoins pas notre cas.
  • Anantapata (20s/p) : détour à la montagne des 7 couleurs
  • Ausangatecocha (15s/p)
  • Sorapata/Jampa (?)

Soit un total de 75s/p minimum.

De notre point de vue, payer pour un campement sans aucun service n’est ni plus ni moins qu’un bivouac payant. Le système semblant encore assez récent, nous sommes parvenus à négocier la plupart des péages (10s/p) et nous sommes passés au dernier campement Sorapata sans nous arrêter.

Comme il n’y a rien de vraiment officiel, ni même de liste des péages (contrairement au Huayhuash), cela laisse libre cours aux abus… N’importe qui peut se mettre au milieu du chemin et exiger un paiement. Attention aux arnaques !

Durée et alternatives

Plusieurs variations existent. Certains commencent directement à Upis et terminent à Pacchanta, d’autres ne font pas le détour par la montagne des 7 couleurs et enfin les derniers choisissent de terminer à celle-ci où ils rentrent avec un bus touristique (ainsi ils ne terminent pas le boucle jusqu’à Upis, puisqu’en général ils commencent par la route des lagunes).

Nous l’avons réalisé sur 6 jours, incluant le trajet depuis Cusco, avec le détour à la montagne des 7 couleurs. Cela nous a paru un bon compromis avec des journées chargées mais raisonnables. Nous aurions pu rentrer à la fin du 5ème jour mais nous avons préféré profiter des thermes de Pacchanta pour l’après-midi. On aurait aussi économisé 2 demi-journée en prenant un taxi au départ et à la fin du trek depuis Upis.

3 jours : Tour partiel depuis Pacchanta, fin à la montagne des 7 couleurs
3/4 jours : Tour complet sans le détour à la montagne des 7 couleurs
5/6 jours : Tour complet avec détour à la montagne des 7 couleurs

Bonus : détour à la lagune Singrenacocha (+1j)

Détour à la montagne des 7 couleurs ?

La montagne des 7 couleurs reste, selon nous, une belle formation géologique, malheureusement victime de son succès et des technologies modernes. Sur place, c’est un peu Disneyland. Les gens meuglent, se poussent entre eux, et on est pressé de retrouver le calme du trek.

La véritable star, ne nous y trompons pas, reste l’Ausangate. Il se suffit à lui-même et mérite amplement le déplacement qu’on lui ajoute ou non le passage à la montagne des 7 couleurs. Cela dit, nous ne regrettons pas le détour. Toute la route depuis le col Apachita est une merveille et offre un fabuleux contraste avec la blancheur des glaciers et les lacs d’un bleu céruléen. Quant à Vinicunca, elle mérite certainement le coup d’œil, bien que certains reviendront déçus de ne pas retrouver les couleurs ultra-saturées que lui procurent les smartphones modernes.

On aurait également tort d’oublier la Vallée Rouge, moins bondée et toute aussi belle (sinon plus). Pour des budgets serrés comme le nôtre, cela fait toujours une dépense supplémentaire mais justifie davantage le détour.

Qu’importe le choix de chacun. Plus encore qu’au Machu Pichu il y a quelques jours, on retiendra davantage le chemin que la destination !

Budget

  • Transport : 11×2 (bus) x 2 (aller + retour) = 44s
  • Bouffe : bouteille de gaz (reste du Choquequirao, 40s/2) + alimentaire (135s)
  • Thermes : 10+10 = 20s
  • Droits de passage : 40+20+20 = 80s
  • Campements : 10+5 = 15s

Total = 300s => Soit 37€/p

Prix pour une mule : environ 60s/j par mule + 60s/j pour le muletier
Prix d’une agence (ou guide indépendant) : à partir de 600s/p (hors péages voire transports) et jusqu’à bien plus

Difficulté

Difficulté

En soit les distances et dénivelés du trek ne sont pas affolants. Ils sont même bien plus raisonnables que ceux du Choquequirao dont nous sortions quelques jours plus tôt.

Ce qui complexifie l’équation, c’est l’altitude moyenne autour 4500m, avec plusieurs cols au-delà des 4900m dont le Palomani à 5200m et des bivouacs très hauts. L’altitude, le poids des affaires et l’enchaînement des cols rend le trek particulièrement exigeant. Camille peinera comme rarement dans les ascensions, sans doute un contrecoup au tortueux Choquequirao.

Côté balisage il n’y a absolument rien mais les sentiers ne sont pas si nombreux et avec un minimum d’expérience on arrive aisément à lire la trace. Bien sûr, prendre une carte hors-ligne pour les bifurcations et les rares cas où plusieurs possibilités existent.

Logistique

Pour se rendre à Tinki, le point d’accès au trek (Upis/Pacchanta), il suffit de prendre un bus au terminal Ocongate (Av. Huayruropata). Les arnaques sont fréquentes mais le prix d’un trajet à Tinki est normalement de 12s ! Soit vous insistez dès le départ soit vous donnez directement les 12s comme si de rien n’était. C’est peut-être la première fois en Amérique du Sud qu’on a essayé de nous vendre un billet de bus plus cher que les locaux (à 15s). 3 soles, cela ne représente peut-être pas grand chose d’une perspective financière (moins de 1€) mais c’est une question de principe.

Ensuite on peut choisir de marcher jusqu’au départ (sans intérêt) ou prendre un taxi. Certains parlent de 30-40s le trajet, il faut faire le tour des prix !

Entre Upis (village) et Pacchata, il n’existe à notre connaissance aucun point de ravitaillement sur l’itinéraire classique. Il faut donc emporter l’intégralité des vivres pour l’ensemble du trek, voire davantage si tout ne se passe pas comme prévu.

Nous sommes partis avec 6 jours de nourriture, même formule qu’au Choquequirao avec des aliments souvent locaux et peu onéreux :

  • Petit-déjeuner : on achète tout au marché pour une somme dérisoire ; mélange maison d’avoine, chia, graines pour le croquant (amandes, noix), quelques fruits secs, de la maca (plante andine consommée en boisson chaude au Pérou). John mettra le tout avec du lait réhydraté quand Camille ajoutera un peu d’eau chaude (et de miel), pour un porridge plus ou moins goûteux.
  • Déjeuner : on achètera un peu de pain pour les 2 premiers jours et on enchaînera sur du pain de mie, que John compresse au maximum pour gagner en volume. Un peu de fromage du marché (celui à l’origan est vraiment pas mal !) sous vide, un peu de moutarde pour un semblant de goût, et le tour est joué.
  • Diner : on part sur notre recette classique, des spaghettis (300g pour 2 chaque soir) et une crème/soupe déshydratée. Moins de choix qu’au Chili, ce sera asperge ou champignon… On prend quelques sauces tomates pour alterner, mais qui sont un peu moins optimisées, et un repas de nouilles en cas d’urgence.
  • Snacks : quelques barres de céréales, quelques fruits secs.

Récit

J1 – Départ de Cusco, Tinki (3800m) => Campement Upis (4400m)

14km, 750D+
2h30 effectives

Dernier réveil dans un lit douillet à Cusco, alors on en profite et on ne se hâte pas. Petit dej tranquille, on clôt les sacs et on prend un bus urbain (1s) pour rejoindre le terminal Ocongate (Av. Huayruropata) d’où partent les bus. On demande le prix, il nous annonce 15s alors qu’on avait lu 12 sur d’autres blogs. Le bus se remplit assez rapidement (il y a des départs réguliers) et on est parti pour 3h30 de route pavée, c’est un peu long et on a hâte de se dégourdir les jambes.

A l’intérieur, une grille tarifaire affiche bien 12s pour le trajet Cusco – Tinki, et c’est ce que paie une dame à côté de nous. Pourtant la monnaie de nos 30s ne vient pas. Quand on arrive à Tinki, on négocie évidemment pour payer le prix indiqué sur la grille. Le chauffeur prétend un prix réservé aux étrangers ; en 3 ans d’Amérique du Sud, c’est bien la première fois que le tarif est différent de celui des locaux… Il a simplement omis de changer la fiche, mais évidemment, il le fera dès le lendemain. 3 soles ne représentent pas grand-chose, mais c’est le principe qui prime. Il finit par nous rendre 2s chacun, ce qui porte le voyage à 13s/p, histoire d’avoir le dernier mot. Allez, on lui laisse cette demi-victoire, et on se remet dans le trek.

Les taxis sont au taquet, ils nous proposent tous le lift jusqu’à Upis. 20s, 15s, 10s… Non merci, nous avons prévu de marcher. Visuellement, cela ne représente guère d’intérêt, on suit une piste la majeure partie du temps et cela prend vite une demi-journée. Cela dit, c’est un bon moyen d’acclimatation choisi par certains guides pour le premier jour.

Sur la route, on croise de nombreux enfants qui rentrent de l’école, tantôt curieux, tantôt timides. Plusieurs nous demandent des bonbons, certains même de l’argent ! Ce n’est décidément plus le Pérou qu’on avait connu jusque-là.

A un certain point, on quitte la route pour un sentier qui suit le cours de la rivière. Le décor est déjà plus sympa, tandis que la montagne de l’Ausangate se rapproche. Le temps commence à se gâter, et on est bien content de rejoindre Upis avant que le ciel ne nous tombe sur la tête.

Un homme vient nous voir lorsque nous parvenons au « village » (première maison à gauche) et nous propose de camper pour 10s par tente, et d’utiliser sa piscine thermale pour 5s/p. On pourra cuisiner dans son petit bâtiment, à l’abri. Allez, on prend l’offre, et après avoir rapidement posé la tente, on se précipite vers les thermes.

Il semble y en avoir plusieurs dans le village. Les nôtres sont rustiques mais parfaits. L’eau est limpide, on peut s’asseoir à l’intérieur, et les vues sont formidables. Face à nous, l’imposant Ausangate, notre compagnon pour les 5 prochains jours. On quitte les thermes à la tombée de la nuit, ce soir on a la chance d’avoir un abri pour cuisiner « au chaud ». Première tambouille de pâtes en crème d’asperges et on se réfugie dans notre tente.

Les personnes qui prennent le taxi le premier jour arrivent généralement en début d’après-midi à Upis et peuvent commencer directement le trek, en dormant avant le col d’Apacheta (ce qui fait haut pour une première nuit…).

J2 – Campement Upis (4400m) => Campement Anantapata (4700m)

15km, 800m D+
6h30 effectives

Réveil aux aurores. Il a fait froid cette nuit, terriblement froid. La tente est complètement gelée, John la frotte avec un bâton et dégage de véritables morceaux de glace. Le soleil se fait discret, ce n’est pas ce matin qu’on la fera sécher.

On a la chance de profiter d’un intérieur pour le petit déjeuner, ce ne sera pas la même pour les prochains jours. Recette classique, un café bien chaud et un mélange d’avoine et graines locales.

A peine debout, on reçoit la charmante visite d’un local pour le paiement de « l’entrée » à l’Ausangate (20s/p), qui vaut pour les communautés d’Upis et Pacchanta. C’est le péage officiel, si tant est qu’il y a quoi que ce soit d’officiel là-dedans. Le ticket est daté d’il y a 2 ans, mais l’homme parle à peine espagnol, et nous sommes encore somnolents, nous payons sans discussion.

On plie la tente détrempée et on met les voiles. On croise rapidement un panneau pour un petit détour à la laguna Upis. Petite flemme, pour être honnête, on se dit qu’on l’apercevra sans doute plus tard, en montant au col. Finalement des murailles rocheuses cachent toute visibilité et John décide de grimper l’une d’elles pour observer la lagune d’en haut. C’est un beau lac avec le glacier en arrière-plan, il semble y avoir un mirador au bord. Bien sûr, des lagunes on en verra pendant 5 jours, mais celle-ci vaut définitivement le petit détour, d’autant que depuis la plage on profite d’un plan avec la lagune et le glacier alignés.

On poursuit en direction du paso Arapa. Le temps est brumeux et les glaciers ne se laissent que partiellement entrevoir, mais les vues sont déjà très agréables. Quelques montagnes aux teintes colorées viennent compléter le tableau d’un premier col à 4753m. Camille sent déjà que ses jambes sont molles, sans doute le contrecoup du Choquequirao il y a peu, sans oublier l’altitude nettement plus élevée.

On contourne la montagne et redescend dans une petite vallée parsemée de grands lacs. Là-haut, les immenses glaciers de l’Ausangate commencent à se découvrir et ne nous quitteront plus. On prend l’itinéraire, pas toujours clair, qui longe les lagunes et rejoint le sentier principal au niveau des huttes indiquées comme « free » par OSM. En réalité ces huttes sont utilisées par les locaux pour conserver le bois ou la laine au sec et vous aurez sûrement une visite d’un local réclamant son dû en cas d’utilisation.

Camille accuse un peu le coup. Elle manque d’énergie, elle n’a pas non plus faim, des signes clairs d’un léger mal d’altitude. On poursuit néanmoins en direction du col Apachita, notre détour vers Vinicunca, la célèbre montagne des 7 couleurs. Ceux qui ne font pas le détour continuent en direction du col Apuchata.

Le col est formidable, l’un des plus beaux qu’on ait connus. D’un côté, le nevado Ausangate et son incommensurable glacier, qui surmonte de belles lagunes bleutées, de l’autre d’immenses vallées colorées.

Rapide déjeuner en contrebas, écourté par une petite pluie qui a bien choisi son moment, et on prend le chemin du campement Anantapata. De ce côté du col, c’est un tout autre décor qui s’offre à nous, un véritable avant-goût de la montagne des 7 couleurs. On se demanderait presque s’il est vraiment utile de rejoindre Vinicunca, tant la vue nous offre déjà tout un panel de tons bariolés. Le vent, glacial, interrompt nos pensées, et on poursuit néanmoins notre plan initial.

John aimerait passer un nouveau col pour se rapprocher de la montagne des 7 couleurs et partir tôt le lendemain avant l’arrivée des foules. Camille, en revanche, ne se sent pas capable d’enchaîner un troisième col aujourd’hui.

Lorsqu’on parvient à Anantapata, nous sommes bloqués par un homme de la communauté qui nous demande un droit de passage. Même si nous ne souhaitons pas camper ici, il ne nous laissera pas passer sans paiement. Et bien sûr, il a préparé son petit tas de jolis tickets. Difficile de dire si tout cela est légal, après tout qu’est-ce que la légalité dans un coin perdu du Pérou ? Bref, on laisse traîner, on montre que nous ne sommes pas hyper enclins à payer, et de lui-même, l’homme nous propose de ne régler qu’un seul ticket pour 2, soit 20s en tout. Quitte à payer un campement, autant en profiter. Camille est éreintée et le temps commence à se gâter. On met rapidement la tente avant que la pluie ne commence et on s’abrite comme on peut sous le (bord du) toit du refuge.

Pas d’abri, pas de toilettes… Ce n’est ni plus ni moins qu’un bivouac payant ! A vrai dire, il semble y avoir un abri mais il est minuscule et les tours se l’approprient systématiquement pour cuisiner. Bref, on se protège comme on peut sous le ridicule morceau de toit du refuge, et on fera à manger relativement tôt. Ce soir, on innove, ce sera pâtes crème de champignons (youpi !). Soudain, comme la veille, la pluie cesse et le temps se découvre pour laisser profiter des magnifiques glaciers environnants. Sitôt le soleil couché, nous ne tardons pas et nous réfugions dans la tente.

J3 – Campement Anantapata (4700m) => Campement Ausangatecocha (4750m)

18,5km, 850 D+
8h

Ce matin, pas de réveil nocturne. John voulait partir tôt mais Camille, au vu de la fatigue de la veille et des températures négatives qui sévissent pendant la nuit, préfère attendre les premiers rayons du soleil, autour de 7h30. L’avantage d’avoir un campement « officiel », c’est qu’on peut laisser la tente et les affaires pour la journée. Enfin, dans la pratique personne ne surveille, mais on demande aux muletiers qui vont rester sur place, le temps que leurs clients fassent l’aller-retour, de garder un œil dessus.

C’est parti pour un nouveau col. 2 chemins possibles : Camille prend celui qui serpente pendant que John choisit le tout droit. Le col est superbe avec des vues sur l’Ausangate au loin, le Takusiri et sa belle lagune, et… une véritable colline colorée.

D’ailleurs John en profite pour escalader quelques pierriers et la prendre en photo, sans aucun touriste pour celle-ci ! Il hésiterait presque à rester là et à demander un droit de passage, ça marche bien dans le coin.

Du col on peut apercevoir au loin Vinicunca. Entre les montagnes, petites lagunes et vallées colorées, c’est un superbe décor qui s’offre à nous.

Redescente (montée, descente… ça n’en finit jamais) vers le lac que John souhaitait atteindre la veille. Des groupes y ont campé cette nuit, ils sont en train de démonter les tentes.

Si Vinicunca est bien l’objectif de la journée, toute la vallée vaut le détour. On remonte petit à petit vers le tumulte ambiant qui émane de la montagne des 7 couleurs. Vrombissement de quads, motos… un véritable tapage diurne qui tranche radicalement avec le calme de la veille.

Quelqu’un nous arrête sur le chemin pour payer l’accès, de 20s/p, ticket à l’appui. D’autres jeunes en autonomie qui nous suivent essaient de négocier. Ils parviennent aisément à s’accorder sur la moitié du prix, sans ticket. C’est à dire que cela va directement dans la poche de la personne, donnant-donnant. Néanmoins ils ne pourront pas se rendre à la Vallée Rouge puisqu’un check est réalisé pour revenir ensuite à Vinicunca.

Il doit être 9h, il y a déjà foule. Une queue commence à se former pour la partie basse afin de se prendre en photo au pied de la fameuse montagne, en réalité une petite colline. Au milieu de pauvres alpagas sont revêtus d’habits traditionnels et de lunettes de soleil pour satisfaire les Insta des touristes. Nous préférons la partie haute du mirador, qui permet d’observer le lieu un peu plus tranquillement.

On ne s’attarde pas plus que ça, et on se dirige vers l’entrée de la Vallée Rouge. On repère une petite trace qui part du sentier principal pour rejoindre le sommet qu’on entrevoit à quelques centaines de mètres. Là-haut un mirador permet également d’apprécier la vallée, et il n’y a personne pour collecter l’argent.

On apprécie l’immensité de cette vallée martienne, sans doute plus impressionnante que son homologue et bien plus tranquille.

De l’autre côté, l’Ausangate nous fait l’honneur de se montrer pour compléter le tableau par ce temps radieux.

Retour au campement d’Anantapata, c’est à dire qu’on redescend de la montagne des 7 couleurs pour remonter de nouveau au col. Cette fois, Camille n’en peut plus. Les jambes l’ont quittée et un bon mal de tête s’est installé à 5000m. Elle parvient exténuée au col.

La redescente au campement et une petite pause déjeuner permettent de récupérer mais il faut encore reprendre la route jusqu’au campement du soir à la laguna Ausangate. Pour le coup le chemin est assez roulant, sans trop de dénivelé. On profite encore de belles montagnes rouges sur la route, et on arrive au campement en fin d’après-midi.

John voulait continuer un peu plus loin (élu relou du trek) en direction du col pour bivouaquer mais Camille n’en a pas la force (élue dauphine relou du trek). Pourtant le campement ne fait guère envie. Déjà, c’est payant, il y a des groupes de partout et aucun toit ni abri du vent. Il y a bien un maigre espace couvert à côté des toilettes mais il est entièrement occupé par les tours qui disposent pourtant de grandes tentes de vie…

15s/p pour un bout d’herbe ! On essaie de négocier le prix avec une dame mais elle ne veut rien entendre. Elle part récupérer quelque chose et voilà que Camille se retrouve à négocier avec… son gamin de 10 ans. Et il ne veut rien entendre, 15s par personne répète-t-il ! C’est un sketch. Finalement la dame revient et accepte qu’on descende à 10s/p.

Alors qu’on commence à faire à manger, une violente tempête de neige se lève et John essaie tant bien que mal de cuisiner en s’abritant sous les 10cm de toit qui dépassent des toilettes. Finalement un tour nous propose de nous mettre à l’abri de l’une de leur tente. En même temps, ce sont eux qui ont privatisé l’espace abrité, mais ils n’étaient pas non plus obligés de nous aider. Comme les jours suivants, le ciel s’assagira après une bonne heure mais tout est déjà recouvert d’une belle pellicule blanche.

J4 – Campement Ausangatecocha (4750m) => Bivouac Jampa (4800m)

13,5km, 635 D+
7h

Il a fait très froid cette nuit, et la neige a complètement gelé. Ce sont de véritables séracs que l’on retire de la tente en tapotant avec les bâtons de rando. En outre, les chiens des villageois ont aboyé toute la nuit… On fait les cent pas pour se réchauffer en attendant le café et, accessoirement, le soleil. Il n’a pas l’air de se montrer, le temps est assez nuageux alors on prend rapidement la route du paso Palomani. Rien de mieux qu’un col à 5200m pour bien commencer une journée !

Un peu plus loin, on grimpe sur une digue rocheuse pour obtenir de belles vues de la lagune Ausangate.

Il y a quelques spots de bivouac possibles dans la montée, pas mal de zones herbeuses, on aurait dû continuer et dormir par là. Déjà on n’aurait pas payé le campement et on aurait sans doute eu moins de bruit… John rumine seul dans son coin. Finalement la montée est plutôt douce, on profite de jolies vues sur les montagnes rouges de la veille et bien sûr les beaux glaciers de l’Ausangate.

On arrive assez vite au col, tout simplement exceptionnel. On monte un peu plus haut sur la crête arc-en-ciel qui s’oppose au nevado et on jouit de vues à 360° sur la zone.

Tandis que les autres groupes plongent dans la vallée, on décide de suivre un autre itinéraire en nous dirigeant vers la laguna de Chocolate, aux teintes « chocolat ». A vrai dire, on est un peu déçu, on avait vu de jolies photos roses de la lagune. Peut-être avec davantage de luminosité… Ou quelques retouches !

On passe un beau et grand refuge, semble-t-il fermé, et on longe des pierriers où pullulent les viscachas. La trace se lit plutôt bien et on ne sort la carte que de temps en temps pour confirmer.

On monte ensuite en direction d’une lagune sans nom, toujours avec de beaux décors.

John fait quelques détours pour dénicher de belles lagunes cachées, comme si on n’en avait pas vu suffisamment comme ça.

On profite du déjeuner et d’un peu de soleil pour faire sécher la tente, elle en a grand besoin. On plonge alors dans la grande et belle vallée qui nous mènera au campement Jampa.

Quand on passe le campement, on ne s’arrête pas. C’est la dernière nuit (avant Pacchanta) et John tient décidément à son bivouac ! On poursuit donc en direction du col et on pose la tente au fond d’une petite vallée humide où broutent des troupeaux d’alpagas. Dur de trouver un espace qui soit plat, d’autant que de minuscules plantes au sol se révèlent particulièrement piquantes. A plusieurs reprises on se relève couverts d’épines ! On craint de percer le sol de tente mais on trouve finalement une zone plus douce.

On monte vite la tente et s’engouffre dedans avant le déchaînement quotidien des éléments. Comme d’habitude, après une heure le ciel se découvre et on jouit d’un beau coucher de soleil seuls dans notre belle vallée.

J5 – Bivouac Jampa (4800m) => Camping Pacchanta (4300m)

14km, 300 D+
5h30

Dernier jour du trek ! On ne rentrera que le lendemain à Cusco puisqu’on envisage de dormir à Pacchanta ce soir, mais c’est bien aujourd’hui qu’on clôt cette boucle de l’Ausangate. On jouit de belles vues sur les sommets, toujours seuls dans notre petite vallée.

Dernier col en vue, cela redonne un peu de courage à Camille. Encore une fois, on est comblé tant par les glaciers que par les splendides petites lagunes qui les accompagnent.

Après le col, John quitte le sentier pour observer la laguna Roja mais encore une fois, elle n’a pas les teintes escomptées.

On rejoint la boucle des lacs, plus populaire puisqu’elle peut se réaliser à la journée depuis Pacchanta. On hésite entre 2 itinéraires possibles et on choisit finalement le sentier ouest qui semble parcourir plus de lagunes. On découvrira ensuite que c’est bien le sentier majeur (la fameuse boucle des 7 lacs) qui suit les principales lagunes. C’est une excursion possible à la journée depuis Cusco pour ceux qui n’ont ni le temps ni l’envie de se lancer dans la boucle intégrale.

On aperçoit celles du sentier alternatif qui paraissent larges mais plus anodines.

On découvre une première et belle lagune bleutée.

Soudain, on aperçoit un, deux, trois… quarante groupes de partout ! On savait cette section populaire mais on n’imagine pas à ce point. Comme au Choquequirao lorsque l’on a rejoint le Salkantay, comme à Torres del Paine en découvrant le circuit W, cette étape marque la fin d’une épopée solitaire, paisible, en communion avec la nature. Cela ne nous empêche pas d’apprécier les beaux lacs que sillonne le sentier, de différentes tailles et couleurs. De quoi clôturer en beauté un itinéraire d’une rare magnificence.

On termine par un chemin rocailleux jusqu’à Pacchanta, où l’objectif est de trouver un spot pour planter la tente avant de se détendre aux thermes. Un panneau semble indiquer une zone de camping à proximité des bassins thermaux mais personne ne semble au courant. Finalement on demande à un resto à côté. « 10 soles » nous dit le proprio. On tente 5. « Ok », adjugé. On aurait posé la tente sans rien dire, probablement personne ne serait venu s’en plaindre. Le terrain est éclaté, des chiens tournent autour, et les gamins courent au milieu. 5s c’est déjà cher pour ce que c’est.

Qu’importe, on sait où on dormira ce soir. D’ailleurs on monte la tente histoire de marquer notre territoire et on se rend aux thermes. C’est le week-end, toute la région est probablement dans les piscines. Les vestiaires sont ravagés et ignobles. Et le prix, pourtant de 5s sur un panneau, semble être de 10s pour les gringos qui demandent. On donne rapidement 10s pour nous deux sans qu’ils aient le temps d’argumenter.

On profite des grandes piscines en bas avant de monter à celle du haut, bien plus chaudes. On comprend mieux pourquoi elles étaient pleines à craquer ! Les locaux, venus nombreux, sont un vrai divertissement. Entre ceux qui se lavent au bord de la piscine et ceux qui s’enfilent bière sur bière…

Finalement on se fait virer de la piscine, soi-disant limitée à 2h ! Tant pis, on en a bien profité. Petit repas et au lit avant que le grand froid n’arrive. Un chien semble nous avoir adoptés, il dort quasiment sur la tente et aboie sur le moindre passant qui s’approche.

J6 – Camping Pacchanta (4300m) => Tinki (3800m), retour Cusco

12km, 70 D+
2h30

Pas l’temps d’niaiser aujourd’hui, on veut juste rentrer à Cusco, et le plus vite possible ! On se lève tôt, il fait encore frisquet malgré qu’on soit redescendu en altitude, et on commence à marcher en direction de Tinki. La route ne présente aucun intérêt, sinon d’économiser le prix d’un taxi, alors on trace et on y parvient en moins de 3h, où l’on enchaîne avec un bus pour Cusco. Ce soir on ne rêve que d’une chose, une bonne grosse pizza, on l’a méritée !

Bilan

Incontestablement, l’Ausangate restera l’un de nos plus beaux treks en Amérique du Sud et, notamment pour Camille, l’un des plus éprouvants. Si l’on déplore les relations tendues (des agressions ont déjà eu lieu) et purement commerciales avec les locaux, les paysages sont d’une diversité et démesure sans équivalent. Le détour par la montagne des 7 couleurs ajoute encore une autre dimension à cette boucle exceptionnelle entre lagunes bariolées et glaciers colossaux.

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