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Volontariat la Cruz Verde

Après nos récentes mésaventures, nous avons besoin de nous ressourcer pendant quelques temps, et de penser à la suite. Nous sommes également las du froid qui nous poursuit depuis de longs mois. Nous repensons au refuge de la Cruz Verde, que nous avions déjà envisagé quelques mois plus tôt lors de notre séjour à Rurrenabaque, qui œuvre pour la préservation et la réinsertion de singes.

Histoire

La Cruz Verde a vu le jour en 2020. Elle a été créé par Frédéric Bourdier, un suisse expatrié soucieux de « faire quelque chose de bien ». C’est un projet communautaire à but non lucratif. Comme souvent, ils perdent plus d’argent qu’ils n’en gagnent et sont constamment en recherche d’aide et de fonds. Le refuge fonctionne grâce à l’aide des volontaires dont certains qui restent parfois plusieurs mois (sinon plus !) et permettent d’apporter leurs idées et leur expérience.

Le centre fonctionne en collaboration avec la communauté indigène de Carmen Florida, sur les rives du rio Beni. La plupart des locaux qui travaillent dans le centre viennent de cette communauté. Les premiers temps furent sans doute compliqués, il est toujours difficile de se faire accepter et de trouver la légitimité en tant qu’étranger auprès des communautés locales. D’ailleurs à l’époque la chasse illégale était monnaie courante dans le secteur et il a fallu près d’un an pour qu’elle cesse et que le refuge puisse évoluer librement.

Peu à peu, le centre a été agrandi et différents bâtiments construits (dortoirs, pièce de vie…). C’est un projet assez récent et qui devrait encore évoluer dans les futures années.

+591 76889153

Conditions

Une durée minimum de 2 semaines est requise pour rejoindre le refuge, la première semaine permettant de se familiariser avec l’environnement et les différentes tâches. D’ailleurs il vous faudra au moins ça pour reconnaître les singes entre eux ! Les arrivées se font normalement chaque lundi.

Le volontariat a un coût, couvrant notamment les repas ou l’hébergement, qui est de 70bs/j. A cela s’ajoute une participation unique de 50bs envers la communauté indigène Carmen Florida / réserve de la biosphère et du territoire indigène Pilón Lajas.

Il faut être majeur et vacciné contre la fièvre jaune. Les singes sont très sensibles et plusieurs décès ont eu lieu par le passé. C’est également la raison pour laquelle un test de selles est demandé (parasites, salmonelle) au préalable. Cela coûte environ 90bs et peut être réalisé à Rurrenabaque.

Résumé des coûts :

  • 50bs (réserve)
  • 90bs (test de selles)
  • 20bs (location bottes)
  • 70bs/j

Soit 660bs la première semaine puis 490bs à partir de la deuxième semaine.

Pour postuler, rien de plus simple, il suffit de les contacter via le numéro Whatsapp pour obtenir les disponibilités. A priori, ils ont toujours besoin d’aide et les dates ne sont jamais un souci. Il est préférable de les contacter une semaine en avance mais quelques jours au préalable suffisent sans doute. Une fois que votre venue est confirmée, il ne reste qu’à vous rendre à Rurrenabaque, réaliser le test de selles et embarquer pour l’aventure.

Affaires

Recommandé par le centre :

  • Répulsif naturel (ou chimique, mais utilisable uniquement en dehors de ses tours)
  • Bottes (louables pour 20bs auprès du refuge)
  • Pantalon et haut à manches longues
  • Frontale (pas d’électricité)
  • Kway (surtout en saison des pluies)

A cela on ajoutera des habits légers, un maillot de bain et une serviette pour vos jours de libre à la piscine à Rurrenabaque ! On conseillera également une batterie externe pour ne pas se retrouver sans réveil au beau milieu de la semaine.

Esprit

Le but de la Cruz Verde est la réinsertion des animaux. Ce n’est pas un zoo, ni un camp de vacances, ce n’est pas non plus le lieu où vous pourrez à votre guise caresser et câliner les animaux (même s’ils sont parfois trop mignons !). Il faut limiter au maximum les contacts avec l’humain, forcer les singes à rester dans les arbres et ne pas descendre au sol.

La Cruz Verde affiche 3 grandes missions :

  • Protéger et réhabiliter des animaux sauvages récupérés du braconnage, trafic illégal ou domestiqués au sein de familles boliviennes (ce qui est illégal en Bolivie), dans le but de pouvoir un jour les réintégrer dans leur milieu naturel.
  • Prodiguer des cours pour la communauté (anglais…).
  • Créer et approvisionner un fond de santé pour la communauté en cas d’urgence.

Animaux

La liste des animaux au sein du centre évolue régulièrement. Bien sûr, ce sont les singes qui occupent la majeure partie du refuge avec 2 espèces : capucins et singes hurleurs.

Lorsque nous y étions, la liste des animaux était la suivante :

  • 6 singes hurleurs adultes
  • 4 singes hurleurs juvéniles
  • 11 capucins
  • 2 saïmiris
  • 1 coati
  • 1 chien de brousse
  • Quelques espèces de perroquets
  • 1 cochon sauvage (~sanglier)

A notre passage, nous avons eu la chance de voir 2 nouveaux singes (hurleur et araignée) rejoindre le refuge, mais les arrivées sont normalement assez rares. La volonté du refuge étant de réhabiliter les animaux pour pouvoir un jour les relâcher, ils privilégient les espèces avec lesquelles ils ont suffisamment d’expérience et les individus qui présentent une infime chance de pouvoir réintégrer leur milieu naturel, l’idée n’étant pas de les garder éternellement au sein du refuge.

Les singes sont des animaux fondamentalement proches de l’homme, on le sait. Pourtant on n’imaginait pas à quel point leur comportement, émotions, toucher ou encore pleurs pouvaient être similaires à ceux des humains. Ce sont aussi des animaux sauvages, certains n’aiment pas les hommes, ou les femmes, certains sont joueurs, tristes, timides, dominants…

Pour nos 2 semaines, nous avons été assignés aux singes hurleurs, ce qui offre 2 shifts différents avec les adultes ou les bébés. Notre préférence va sans doute aux seconds, terriblement mignons et plus proches de nous pour qu’on puisse les observer. Cela dit, il est intéressant de comparer leur comportement jeune comme plus âgé. Le shift des singes adultes est certainement plus contemplatif, on les suit parfois progresser dans la jungle et on reste souvent à attendre qu’ils terminent leur sieste ou se décident enfin à changer de branche, du moins quand on ne les perd pas de vue.

Fonctionnement

Selon la durée du volontariat, on est assigné à une ou plusieurs espèces de singes :

  • 2 semaines : une seule espèce de singe
  • 3 semaines : 2 espèces de singe
  • Au-delà : toutes les espèces

Chaque jour, on travaille en moyenne 5-6h, le matin ou l’après-midi, ce qu’on appelle des shifts. Cela laisse la deuxième partie de journée libre. Le shift du matin commence autour de 7h jusqu’à 13h, le second autour de 12h jusqu’à 18h.

Déroulement d’un shift (matin singes hurleurs pour l’exemple) :

  • Passage à la monkey kitchen à 6h45 pour récupérer la nourriture, de l’eau, des gants, du savon
  • Arrivée au spot après 7h, on nettoie les mangeoires et on ramasse les restes de la veille
  • On appelle les singes et on leur sert la nourriture, généralement de la salade dans un premier temps, des fruits dans un second, puis on nettoie de nouveau les mangeoires
  • On observe les singes (comportement, interactions, selles), on surveille de potentielles attaques d’aigles, et on essaie (tant bien que mal) de les suivre
  • Lorsque le shift de l’après-midi arrive, on leur transmet les informations principales et on rentre nettoyer les bacs de nourriture

Alors ce n’est pas toujours très actif ! Selon l’espèce, selon la température (les singes sont très sensibles au froid), parfois ils ne bougent pas beaucoup. Au contraire ils décident quelques fois de partir à plusieurs centaines de mètres et on peut aisément perdre leur trace.

Pour les volontaires qui restent 2 semaines, ils disposent d’un seul jour de libre par semaine. A partir de 3 semaines, un second jour de libre est alloué. On peut en disposer librement et il est possible de profiter des parties communes du Lobo Hostel à Rurrenabaque (piscine, tables de billard, prises électriques, wifi).

Autres shifts existants :

  • S’occuper du ménage et aider à la cuisine. Ce n’est pas le plus sexy mais il faut bien que quelqu’un s’en charge, en général on prendra ce shift une fois toutes les 2 semaines.
  • Construction. Selon le nombre de volontaires présents et la disponibilité du matériel, il est possible d’aider pour la construction d’enclos ou autres besoins.
  • Kyra, le chien de brousse. Si on peut aller le voir quand on veut pendant son temps libre, un shift consiste à s’en occuper pendant la journée (un peu le matin et un peu en fin d’après-midi). Il faut jouer avec lui, le caresser quand il le demande et faire une balade dans la jungle avec lui. En pratique vous serez accompagné d’un membre de la communauté pour la partie promenade.
  • Aide à la communauté. C’est un shift dispensé une fois par semaine en moyenne qui consiste souvent à donner des cours d’anglais à des membres de la communauté.

Environnement

Il faut être conscient que les conditions de vie restent rustiques ! La chaleur (et surtout l’humidité) peut être importante, les moustiques légion à certains périodes. Pendant l’hiver austral (juillet) nous avons été grandement épargnés, il ne faisait ni trop chaud ni trop humide et les moustiques étaient relativement rares (bien que suffisants pour nous manger un peu les chevilles en fin de journée).

En saison des pluies les conditions sont certainement bien moins favorables. Les pluies sont plus fréquentes, la chaleur écrasante et les moustiques abondent ! Le fleuve peut aussi monter considérablement et recouvrir la plage jusqu’au refuge quasiment. Quant aux sentiers qui mènent aux différents spots de singes, ils doivent se transformer en toboggan géant !

D’ailleurs qui dit humidité dit moisissure, nous en ferons les frais après une bonne semaine. Nos sacs, restés à l’intérieur du dortoir (pourtant aéré), seront couverts de champignons ! Il faut bien prendre le temps de les aérer en les sortant à l’extérieur, éviter de les placer contre un mur et idéalement les nettoyer une fois par semaine avec du ceibo, l’alcool à brûler local que l’on utilise pour tout au centre (vraiment pour tout !).

Nous sommes dans la jungle amazonienne, cela vient avec une richesse de flore et de faune conséquente. Peut-être aurez-vous la chance d’observer toucans, singes sauvages ou autres animaux emblématiques. Mais tous ne sont pas bons à croiser, il y a aussi des serpents particulièrement venimeux (voire mortels) qui peuvent parfois être observés dans la jungle (toujours avancer avec précaution !), des tarentules énormes qui se promènent autour de la cuisine et une myriade d’insectes en tout genre dont la fameuse fourmi balle de fusil !

Vie au sein du centre

Côté nourriture, les 3 repas de la journée sont prévus. Du pain frais est cuisiné tous les jours pour le petit-déjeuner du lendemain, que l’on peut agrémenter de margarine ou confiture à disposition. Il y a également du café, cacao, lait en poudre et thé et, en général, des oranges pour un jus frais.

Le déjeuner en semaine est cuisiné par un membre de la communauté, généralement un plat en sauce de légumineuses et légumes. Les week-ends, ce sont parfois les volontaires assignées au ménage/cuisine qui doivent s’en charger !

Les soirs, c’est également aux volontaires qui ont travaillé le matin de préparer le dîner et souvent un dessert ! Généralement 2 personnes se proposent et sont souvent aidées par les autres. Un livre de cuisine rempli par les précédents volontaires est disponible pour ceux qui manquent d’inspiration. Forcément tout le monde n’a pas l’habitude de cuisiner ce qui rend toujours le résultat très aléatoire mais en 2 semaines on aura vraiment très bien mangé ! C’est toujours un moment convivial qu’on partage (à la bougie) avec les autres volontaires. Entre le plat et le dessert se tient un meeting où l’on donne nos différentes observations lors du shift. Alors parfois ça dure un peu et c’est vrai qu’on a toujours du mal à suivre les singes avec lesquels on ne travaille pas. Mais c’est un bon moyen d’exposer des soucis que l’on a pu rencontrer dans certaines situations et de trouver ensemble le bon comportement à adopter et d’éventuelles solutions.

L’anglais est souvent la langue privilégiée mais on peut toujours demander à parler en espagnol si on se sent plus à l’aise, notamment lors du meeting du soir. Sinon il y a généralement suffisamment de français présents pour échanger dans la langue de Molière.

Il n’y a pas de réseau, ni d’électricité. Ainsi pas de frigo, pas de lumière, pas de prise électrique. Les aliments à disposition sont souvent secs (hors fruits/légumes) ou se conservent bien dans des glacières (margarine…). La cuisine est essentiellement végétarienne.

Des jeux de société sont à disposition, de même qu’une petite bibliothèque comme on peut trouver dans les hostels. A notre passage, nous avons mis en place un terrain de volley sur la plage, de quoi occuper les fins de journée après le shift !

On fait parfois des soirées sur la plage, autour d’un feu, c’est toujours un grand moment de convivialité autour d’un loup-garou ou d’autres jeux.

Bilan

Après notre accident, nous avions grand besoin de nous ressourcer. La Cruz Verde fut le lieu idéal pour cela, nous avons rencontré et échangé avec de supers volontaires venus du monde entier, nous avons appris, observé et contribué du mieux que l’on pouvait à prendre soin des animaux du refuge. Ils nous manqueront, c’est certain, et on a hâte d’avoir de leurs nouvelles.

Nous sommes restés 2 semaine, le minimum exigé, mais nous serions volontiers restés une troisième semaine sans l’expiration de notre visa en Bolivie. Après 2 semaines on commence à bien reconnaître tous les singes, on se sent plus à l’aide dans leur observation et on peut transmettre cette petite expérience aux nouveaux arrivants.

Pour être honnête, le premier jour on a trouvé ça un peu long et on s’est demandé si 2 semaines n’allaient pas être interminables. Forcément entre toutes les explications et des singes parfois un peu endormis, on peut vite piquer du nez ! C’était sans compter les jours suivants, apprenant à les connaître, partageant avec les autres volontaires, que nous avons adopté notre routine dont on aurait bien profité encore quelques temps.

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