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La Paz, cité tentaculaire

Après une bonne semaine à errer dans les paysages désertiques du parc Sajama, nous posons les bagages à La Paz pour quelques jours afin de se reposer et de réfléchir à la suite du voyage. Nous trouvons un Airbnb dans un bel immeuble du quartier Sopocachi que nous partagerons avec les copains en sac à dos.

La Paz

Non, La Paz n’est pas la capitale de Bolivie. Plus exactement, c’est le siège du gouvernement. Sucre est la capitale constitutionnelle quand Santa Cruz en est la capitale économique et la ville la plus peuplée. Cela dit La Paz reste la ville la plus connue et un symbole de l’altiplano bolivien, culminant à plus de 3700m d’altitude.

Au dessus s’étend El Alto, deuxième ville la plus peuplée du pays et possiblement la plus élevée au monde (4150m d’altitude) avec Potosi. C’est un chaos de briques et de bruit, qui s’est forgé en l’espace de quelques décennies en raison du fort exode rural qui a touché le pays et les communautés aymaras.

Un téléphérique a été mis en service en 2014 pour relier les 2 villes. Construit par une entreprise austro-suisse, ultra-moderne, c’est le plus grand et fréquenté au monde. C’est aussi un excellent moyen de se déplacer et découvrir la ville d’au-dessus. Immense, tentaculaire, elle tapisse les reliefs de la vallée, avec de fragiles constructions empilées au bord des falaises. Le billet coûte 3bs puis 2bs par correspondance (moins de 1€).

On fait rarement de city tour, préférant vagabonder par nous-même dans les villes, découvrir aveuglément les spécialités des marchés locaux… Et lire les blogs ou articles qui en parlent. Bien sûr, c’est un bon moyen de découvrir la ville et d’apprendre tout un tas d’anecdotes, mais disons qu’on a une concentration très limitée… Exceptionnellement, on nous propose d’en faire un avec les copains et on décide de se joindre à la troupe. John connaît déjà la ville pour y avoir séjourné quelques jours à l’époque, ça permettra d’approfondir un peu ses connaissances. On se baladera dans plusieurs quartiers de la ville, facilement accessibles via le téléphérique, sur environ 3-4h, évoquant l’histoire de la ville, économique, sociale, culturelle et politique. Et oui, c’est évidemment très intéressant.

On fait un tour par un marché des sorcières (Mercado de las Brujas) local, pas l’attrape-touriste du centre mais un véritable lieu indigène et authentique (et un peu glauque) à El Alto. Les locaux viennent y partager leurs croyances, entre rituels, sorts, offrandes… On aperçoit des crânes humains dans la pénombre d’une pièce, tandis qu’ils brûlent des herbes devant. Les indigènes ont conservé leurs croyances ancestrales qu’ils ont ramené avec eux. C’est toujours curieux d’observer cela en plein centre-ville.

Les dimanches et jeudis, c’est jour de marché. Pas n’importe lequel, celui d’El Alto ! Toutes les rues de la ville se transforment en marché à ciel ouvert, le plus grand qu’on ait jamais observé, certainement l’un des plus grands au monde. On trouve tout, à un prix dérisoire. On pourrait certainement construire un véhicule uniquement en achetant les pièces détachées. C’est un évènement populaire, bondé, vivant, à ne pas manquer. La ville d’El Alto n’a pas toujours bonne réputation, mais pour le coup au milieu des nombreux locaux, il n’y a guère de mouron à se faire. Bien sûr ne pas exhiber des objets de valeurs et faire attention à ses poches, c’est du bon sens.

Nous on adore. On se balade dans les différentes rues, on se perd sans doute, on goûte toutes les spécialités discutables. C’est un formidable marché haut en couleurs.

La Paz c’est aussi LE lieu où faire le plein de souvenirs en Amérique du Sud. C’est sans doute là que vous trouverez les meilleurs prix, bien mieux qu’au Pérou, et la concurrence fait que les prix sont particulièrement bas. D’ailleurs on y trouve de tout, du souvenir classique, à la laine d’alpaga, en passant par les nappes/tissus colorés traditionnels. En tête des achats de gringo, on citera les fausses polaires Patagonia, une drôle de spécialité qui vêtit n’importe quel touriste à La Paz. Belle alchimie entre polaire classique et motifs traditionnels, on en trouve de toutes les couleurs et pour tous les goûts, autour de 200bs. Certains ateliers proposent de la concevoir entièrement en choisissant le tissu intérieur, les motifs etc…

De notre côté, on profite de notre luxueux et spacieux Airbnb de Sopocachi, un quartier résidentiel, ou d’affaires, loin du bordel qui régit le centre-ville. Des baies vitrées nous offrent des vues impressionnantes de la ville depuis le quatorzième étage ! Comme à la maison, on se fait de bons et gros repas avec les copains : crêpes, lasagnes, cheesecake, îles flottantes… Ah les vacances…

Pour cette semaine, on a posé le van dans un parking privé (45bs/j), face à la station Sopocachi. On le laissera d’ailleurs pendant notre séjour en Amazonie. Pour ceux qui disposent d’un intérieur, il est possible de dormir au parking du marché des sorcières dans le centre.

Restaurants

Comme à Sucre, on profite de la gastronomie locale. Marchés, stands de rue, saltenia al paso, jus de fruits… Et bien sûr, restaurants gastronomiques ! On passera 3 fois à la Paz, après le parc Sajama, en revenant d’Amazonie puis quelques mois plus tard, à nouveau. Autant dire qu’on a écumé les restaurants du centre !

Mi Chola

Avec les copains en sac à dos mais aussi d’autres amis suisses rencontrés au Sajama, on se donne rendez-vous à Mi Chola, restaurant un peu chic qui propose un menu en 12 temps à base de mets et plats locaux. L’expérience est amusante mais les goûts ne sont pas toujours au rendez-vous. On sortira assez déçu. Nous avons grandement préféré le restaurant Nativa à Sucre, qui inclut en outre plusieurs cocktails et verres de vin dans son menu, pour un prix inférieur.

Prix : 250bs

Cocina Popular

Deuxième restaurant gastronomique, celui de Cocina Popular, ouvert uniquement les midis. Pas de réservation possible cette fois, et il s’agit d’arriver tôt car c’est très TRÈS demandé. A 11h30, il y a déjà une longue file d’attente (de gringos) et ceux qui n’auront pas de place devront attendre le second service, soit près d’une heure et demi.

La composition du menu est classique : bouchée apéritive, entrée, plat, dessert, boisson. On peut aussi choisir la formule accord mets et vins. Pour chaque temps, 2 possibilités de plats qui changent toutes les semaines. Encore une fois, une savante revisite gastronomique de mets et plats traditionnels.

L’ambiance est musicale, vivant, les plats sont superbement présentés, en quantité, et vraiment bons. Si nous avons préféré certains plats parmi les 6 proposés (on a fait moite-moite), l’impression globale était vraiment très bonne.

Prix : 99bs

Pizzeria Bella ciao

Au retour d’Amazonie, on rêve d’une bonne grosse pizza, et on nous a recommandé une adresse dans le centre : Bella Ciao. Alors il n’y a que 3-4 tables, il s’agit d’arriver tôt ou de miser sur un coup de chance. On y retournera d’ailleurs 2 autres fois lors de notre retour quelques mois plus tard. Les pizzas sont excellentes, larges, on peut faire moitié-moitié et les prix plus que raisonnables, sans parler du laaaaarge verre de vin à seulement 15bs. Quant au pizzaïolo, à l’accent italien, il est toujours accueillant et discute volontiers à la fin du repas.

Prix : autour de 70bs la pizza

Altramuz

Ce n’est pas l’envie qui manque, mais on ne peut pas non plus manger pizza tous les jours… On découvre par hasard un charmant petit restaurant vegan Altramuz, une rareté en Amérique du Sud avec une carte variée de bowls, sushis, burgers… à prix carrément raisonnables. L’établissement, au premier étage, est plutôt discret, avec généralement peu de fréquentation, mais les plats sont vraiment bons. On recommande. A midi, leur almuerzo a l’air également plutôt chouette.

Prix : autour de 40bs le plat

Oliva

Celui-là nous a été recommandé. La carte est très variée, l’endroit accueillant. On se pose sur une petite terrasse qui donne sur la rue des sorcières. John tente un bœuf bourguignon, évidemment typique de la région, quand Camille part sur des pâtes au pesto. Les avis sont un peu mitigés vu le prix, mais ça reste une bonne adresse dans lieu agréable.

Prix : autour de 50bs le plat

La Waraka

Forcément, un panneau avec écrit « tartiflette » ne pouvait qu’attirer notre regard naïf. L’établissement La Waraka est accueillant, il y a quelques jeux en français pour patienter et une carte variée : tartiflette, lasagne… Le propriétaire est possiblement le même que le restaurant de Torotoro, qu’on avait beaucoup apprécié. Pour le coup, on est un peu moins séduit par les lasagnes mais ça reste également une bonne adresse dans le centre pour un dîner chaleureux.

Prix : 50/60bs le plat

Street food

Comment ne pas citer les nombreuses spécialités boliviennes que l’on trouvera dans les rues… Bien sûr, ceux qui prépareront l’ascension du Huayna quelques jours plus tard, ou les touristes de passage pour quelques jours, se méfieront, quant aux autres laissez-vous aller à la découverte de la street food bolivienne : saltenias, tucumanas, papa rellena, choripan

Death road

Ce n’était pas non plus l’activité qu’on avait noté en premier dans notre check-list mais ça reste un incontournable de Bolivie, à un prix raisonnable, et puis ça fait une activité au cœur de cette semaine plutôt… tranquille.

On hésitait également à réaliser le trek d’El Choro, qui plonge sur le même principe de l’altiplano dans la jungle des Yungas (forêt d’altitude), sur 2-3 jours. Mais pour être honnête, après le Sajama, on a bien envie d’un peu de détente et nous ne sommes pas encore prêts à repartir en expédition.

L’agence Ride on Bolivia est souvent recommandée sur Facebook, mais on s’y prend à la dernière minute et ils n’ont plus de dispo pour les prochains jours. Après un peu de recherche, on trouve celle de Red Line Biking qui a de bons avis. Le prix est sensiblement le même partout, soit 360bs, incluant petit-déjeuner et déjeuner.

Rendez-vous à 6h30 pour un petit-déjeuner tranquille puis on prend la route pour sortir de la ville en direction du nord-ouest. On s’élève jusqu’au col, à près de 4700m. Autour, un paysage d’altiplano, sans végétation, à la bordure du parc national Cotapata. On revêt quelques protections, le casque et on enfourche nos bécanes. La première partie se fait sur la route, pavée et en bon état, dans un beau et grand canyon où s’écoulent de fines cascades. On reprend ensuite le collectivo pour atteindre le départ de l’ancienne route vers l’Amazonie, celle dénommée « route de la mort ». La raison est simple, et on le comprend vite en voyant la route, elle est particulièrement humide et étroite. Quand on sait comment roulent les boliviens, on s’imagine qu’un sacré nombre d’accidents à pu survenir à l’époque. Heureusement une nouvelle route a été construite depuis et est bien plus sûre (mais pas trop non plus). Celle-ci n’est plus utilisée bien qu’il soit toujours possible de l’emprunter. Additionnellement au prix du tour, on doit aussi payer un droit de passage (50bs) pour l’entretien de la route.

Après une petite collation, on est parti. La piste est pourrie, c’est un vrai terrain de VTT, mais pas de danger si on descend avec prudence. Chacun peut aller à son rythme et on laisse les 2 de devant faire la course. Le climat et le biotope ont radicalement changé depuis le col. C’est désormais une végétation dense, humide, dans une brume souvent présente, que nous évoluons. On passe sous de petites cascades, c’est rigolo et ça rafraîchit. A plusieurs reprises, le guide nous montre un véhicule dans le ravin et nous évoque les principaux accidents survenus. D’ailleurs il n’y a pas si longtemps, ce sont des motards qui ont fait une chute terrible.

En vélo, on progresse prudemment et avec moins de vitesse, peu de risque que ça termine mal. D’ailleurs Camille n’en fait jamais à la maison et s’en sort comme une cheffe. Petit à petit, alors qu’on perd de l’altitude, on retrouve le soleil et un climat tropical au travers des Yungas. On termine à proximité de Coroico, connu pour produire l’un des meilleurs cafés au monde, et on est de suite assailli par des sand flies (saloperies de moucherons à la piqûre qui démange longtemps, longtemps).

Direction un comedor pour un buffet sur le principe à volonté, mais avec un serveur qui nous fixe méchamment du regard à chaque fois que l’on se ressert, et puis petite trempette dans la piscine bien fraîche, avant de rentrer tranquillement à La Paz en fin de journée.

On avait un peu peur d’être au milieu de tous les autres groupes, sachant que c’est une activité phare, mais au final nous n’étions que notre petit groupe et nous n’avons croisé personne de la descente. Pas de véhicule non plus. Camille, qui ne fait jamais de vélo et encore moins de VTT, a adoré et ne s’est jamais senti en danger. Nous avons pris des vélos à simple suspension, pas besoin de payer plus pour un full suspendu. Par contre, les poignets et les doigts ont souffert face aux vibrations et à l’usage permanent des freins !

Quant à l’agence, rien à redire, le guide était très sympa et les équipements relativement corrects.

Prix : 360bs (+ 50bs d’accès à la route)

Vallée de las Animas

Difficulté

10,5km, 700D+
4h

A l’ouest de la Paz, se dresse la vallée de les Animas (vallée des âmes) ou, plus au sud, la vallée de la Lune. Ce sont sensiblement les mêmes paysages mais la vallée de la Lune est aménagée, tandis que celle des Animas relève plutôt de la rando. Sitôt rentré d’Amazonie, on se dirige vers la vallée de las Animas pour se réacclimater un peu en prévision de la Cordillère Royale. On s’y rend avec le van qu’on retrouve après notre semaine passée près de Rurrenabaque.

L’accès est bloqué par une chaîne et un vieux monsieur nous demande une somme astronomique pour passer. On n’est pas né de la dernière pluie et on descend à 50bs en tout après négociation et incluant la nuit. Le chemin est correct, on monte au départ de la rando et on se pose sur un espace plat herbeux avec une belle vue sur La Paz.

Plusieurs entrées sont possibles, de nombreux chemins existants, pas forcément tous mappés. Au matin, on décide d’entrer par le nord, soit le sentier qui démarre derrière nous, et de remonter la grande vallée des âmes au milieu des formations rocheuses. Le GPS n’est pas de trop pour se repérer, l’itinéraire suit parfois le lit de la rivière et des chemins, pas toujours répertoriés, partent régulièrement de chaque côté. Derrière on aperçoit la Paz, surmontée d’El Alto, et au loin la Cordillère Royale qui nous attend dès ce soir.

Après s’être élevé au dessus de la vallée, on décide d’élargir la boucle en passant par un hypothétique sentier qui rallierait l’entrée sud. La descente est parfois abrupte, elle se fait dans un fin canyon où on suit parfois le lit de la rivière qui n’est heureusement pas très haut. Heureusement qu’aucun rocher ne bloque le passage, sans quoi il faudrait remonter tout en haut ! A cette deuxième entrée, personne pour exiger une quelconque taxe de passage. On revient au point de départ en passant par la ville. Le papi ne nous reconnaît pas et veut nous refacturer l’entrée !

La randonnée est accessible plutôt aisément en transport public. On conseillera de partir tôt pour ne croiser personne, comme dans notre cas, ou tard pour profiter des dernières lueurs du jour qui colorent la vallée. Pour la boucle, c’est un peu casse-gueule par endroits et pas toujours aisé pour se repérer, mieux vaut le faire par temps sec.

Prix : 5bs/p (chemin privé…)

Bilan

Tous le monde ne se rangera pas de notre côté, mais nous on adore La Paz. Le chaos ambiant, le bruit, les stands de rue, le téléphérique… Et bien sûr les bons restos, les cafés, musées… Il y a de quoi faire.
C’est une vraie ville d’Amérique du Sud, avec son identité et une forme d’authenticité. Qui plus est, elle propose diverses activités à proximité et c’est un carrefour inévitable pour rejoindre le Titicaca, l’Amazonie ou le sud bolivien.

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