Nous terminons une petite semaine à La Paz. On s’est reposé, on a bien mangé et fait des plans pour la suite. Nous décidons de descendre en Amazonie pour prolonger cette petite pause avant de remonter vers La Paz et la Cordillère Royale, tant pis pour notre acclimatation. Nous avons déjà fait l’Amazonie en Équateur il y a quelques années, et c’était une expérience qui nous avait enchanté. Les prix pratiqués en Bolivie sont encore plus intéressants que les autres pays, alors on se décide à retenter l’aventure.
Rurrenabaque
Trajet
En Bolivie, la majeure partie des excursions se font depuis le village de Rurrenabaque, au nord de la Paz. Les bus partent donc du nord de la ville (Villa Fatima), mais certaines compagnies vendent les tickets depuis le terminal terrestre. Il vaut mieux les prendre la veille, ce sont des bus très demandés par les locaux, notamment en fin de semaine.
On paie le trajet 100bs/p. Le trajet, de nuit, est infernal. La route, si elle n’a plus la réputation d’antan (route de la mort), reste très accidentée et complètement éclatée par endroits. Outre la fatigue, ça faisait partie des raisons qui nous ont poussés à laisser le van dans un parking à La Paz plutôt que de faire le trajet.
Ce n’est clairement pas la meilleure nuit de notre vie. Le froid au départ de La Paz laisse rapidement place à la chaleur et l’humidité dès lors qu’on descend dans les Yungas (jungle d’altitude). Le chauffeur quant à lui utilise son klaxon à tout va, impossible de fermer l’œil de la nuit !
Tours
Ce ne sont pas les compagnies qui manquent à Rurrenabaque. Bien des français choisissent de partir avec Jaja Tours. Pour le coup, ils sont complets à nos dates et on doit chercher un autre tour. On finit par se décider pour Escorpion Travel dont on a eu de bons échos.
Globalement les prix proposés par les différentes agences sont assez uniformisés. Idem quant aux activités, côté pampa on croisait souvent Jaja Tours sur le rio ou le temps d’un coucher de soleil. Certaines compagnies ont des lodges plus reculés côté selva, ou offrent peut-être un plus haut standing. Sinon c’est assez similaire.
On peut réserver à l’avance, d’autant plus en période touristique, ou simplement errer dans Rurrenabaque à la recherche d’une agence. La plupart des guides maîtrisent à la fois l’espagnol et l’anglais.
Prix : 1800bs/p pour 6 jours, puis 50bs de plus par jour
En plus : 200bs/p entrée dans la Pampa, 200bs/p entrée dans la Selva
Pampa VS Selva
Pampa et Selva sont des notions très propres à la Bolivie. Elles concernent d’ailleurs 2 zones et biotopes bien différents. En Équateur il n’y avait pas pareille distinction. Tout se déroulait au même endroit et on choisissait la durée totale du tour.
Pampa
Elle est située à 1 heure à l’est de Rurrenabaque. Le coût de l’entrée est de 200bs/p, non compris dans le prix du tour. On prend d’abord la route jusqu’au point de départ au bord de la rivière, et la suite se fait en lancha (« pirogue à moteur » ?). Les lodges, sur pilotis, sont situés le long de la rivière. En période humide, toute la zone peut être inondée. Le rio ici concentre tous les animaux, c’est pourquoi on peut aisément les observer en navigant le long de celui-ci.
Selva
Elle commence au bord de Rurrenabaque et s’étend à l’ouest sur des milliers de kilomètres, au travers du parc national Madidi. Les lodges de chaque agence peuvent être séparés de centaines de km, on ne croise donc personne d’extérieur. Il n’y a de toute manière pas de chemin qui les relie à la civilisation. L’entrée est également de 200bs/p, comme pour la pampa, et non compris dans le tour. C’est une zone à la végétation dense, habitée par de nombreuses communautés accessibles uniquement en bateau. On y croise peu d’animaux et les journées sont consacrées à de l’exploration ou des petits ateliers. Souvent, les agences offrent de bivouaquer en forêt. D’ailleurs certains optent pour des options « survivor », soit plusieurs jours à évoluer en autonomie (avec le guide) dans la jungle.
VS
En Bolivie, les agences proposent de choisir combien de jours on souhaite passer dans la pampa et combien dans la Selva. Pour notre part, nous avons grandement préféré la partie Pampa. Après tout, quand on va en Amazonie, surtout la première fois, l’idée c’est quand même de voir des animaux. De ce côté, on en verra essentiellement côté Pampa (singes, crocos…), bien plus rarement dans la Selva davantage consacrée à des ateliers ou de longues marches dans la jungle.
Nous avions choisi la formule 6 jours, divisés équitablement entre Pampa et Selva. Si nous devions le refaire, ou réduire la durée du séjour, nous opterions certainement pour moins de jours dans la Selva.
3 jours dans la Pampa
Nous arrivons à 8h à Rurrenabaque, frais comme des gardons. Cela fait déjà plusieurs heures que nous sommes réveillés, la faute à un klaxon compulsif.
L’agence vient nous chercher directement à la gare, c’est pratique et ça permet toujours d’économiser quelques pépettes. Parvenus à l’agence, on profite d’un café à disposition et John part acheter des viennoiseries à la boulangerie… française. Décidément, on a des compatriotes de partout.
Entre-temps, on essaie la chemise longue et blanche qu’on nous fournit, ainsi que les bottes que l’on portera pendant les 6 jours à venir. Boue, moustique, serpents… Ce seront vos meilleurs alliés pour vous en protéger.
On attend tranquillement que tous nos camarades de tours arrivent. A 9h30, tous en voiture en direction de San Borja, porte d’entrée de la pampa. Pour les petits budgets, ou les explorateurs curieux, il est possible d’accéder seul à la pampa et d’observer la faune sauvage sans passer par un tour (et donc sans suivre la rivière principale).
Il y a 2 petites heures de routes jusqu’à San Borja, où l’on déjeune dans un restaurant avec tous les groupes des autres agences. Un magnifique toucan domestique rôde dans le jardin, ainsi qu’un splendide ara bleu.


On rejoint ensuite la fin de la route et le point de départ des bateaux. Toute cette première partie de journée est un peu longuette, forcément. On attend le retour des groupes précédents, on embarque les affaires… Allez, c’est enfin parti, direction la Pampa !

On se laisse balader pendant plusieurs heures le long du rio, il fait plutôt chaud en ce début d’après-midi, et on observe déjà nos premiers animaux, nombreux. Des singes capucins voltigent entre les branches, des oiseaux volent régulièrement au-dessus de nous (cormorans, perroquets, hoazin huppé…) et on aperçoit un hibou géant (non sérieux, GÉANT) qui somnole sur une branche.


On parvient au lodge en fin d’après-midi. C’est assez rustique. Ce n’est pas pour nous déplaire, on ne peut pas dire qu’on soit habitué au grand confort, mais les lodges en Équateur nous avaient paru moins rudimentaires. Nous obtenons une chambre quadruple pour nous 2. Les matelas ont déjà quelques années de vie, mais ça fera l’affaire. Ils sont tous équipés d’une grande moustiquaire. Il n’y a de l’électricité que de 18 à 21h, on en profite pour recharger les électroniques, prendre une douche froide sommaire, et faire une petite sieste pour récupérer de la nuit précédente.




Pendant ces 3 jours, nous allons longuement naviguer sur le rio. C’est ce qu’on préfère, confortablement avachi dans nos sièges, on se laisse guider en guettant les animaux dans les arbres. Oiseaux, singes, paresseux…




On s’arrête plusieurs fois pour observer un groupe de capucins voltiger entre les branches, ils ne sont guère farouches et se rapprochent volontiers du bateau. Ils sont trop mimis.


C’est toujours amusant de chercher les animaux dans les arbres, parfois à l’heure de la sieste. Ils se fondent dans le décor.





Pour les repas, on est gâté. Les cuisiniers nous ramènent à chaque fois une tripotée d’assiettes colorées et bien garnies. Au petit déjeuner ce sont différentes fritures et fruits frais, pour le déjeuner ou dîner une protéine (poisson, viande) avec divers légumes et féculents. C’est toujours un moment convivial, encore faut-il se servir rapidement, on avait des daleux avec nous !


Entre plusieurs activités, ou après les repas, on se pose dans un hamac pour faire la sieste au son de la forêt.


Et entre 2 roupillons, on tend une banane aux singes, curieux, qui rôdent autour du lodge, ou on observe le caïman à seulement quelques mètres sous les pilotis. Bon, entre nous, ce n’est jamais bien malin de nourrir les singes sauvages, mais vu avec quel intérêt ils nous scrutent, on est loin d’être les premiers. D’ailleurs 2 sud-coréennes leur tendent aussi des restes de banane, manque de pot, elles font ça à côté de leur chambre, dont la fenêtre est grande ouverte. 30 minutes plus tard, les coquins poilus ont retourné la chambre et dévoré tous les gâteaux qui traînaient !
On s’essaiera à la pêche au piranha dans un spot à l’écart, mais ça ne mord pas beaucoup. Notre guide et une seule personne parviendront à pécher le fameux poisson qu’on pourra goûter au repas du soir. Sacrées dents !




Petite balade à pied dans une zone non immergée, à chercher les insectes et serpents. On trouve un anaconda paisiblement posé. Il n’a pas l’air bien dynamique, on le recroisera quelques jours plus tard presque au même emplacement.



Puis vient « la chasse ». On part naviguer sur le rio de nuit, après manger, à la recherche des caïmans. Chacun armé de sa frontale balaie les rivages à la recherche de 2 yeux rouges brillants. On croisera quelques adultes, trouillards comme pas deux, et de plus petits spécimens qu’on observe de près avant de les remettre à l’eau.



Et bien sûr, que serait un séjour en Amazonie sans lever ou coucher de soleil ? Le premier jour était pluvieux, on a dû remettre ça au lendemain. Lever aux aurores pour profiter du lever de soleil en naviguant sur les eaux calmes du rio et le lendemain on profite d’un beau coucher de soleil sur un spot partagé avec les autres agences








Le dernier jour, avant de repartir, on croise les dauphins roses, une espèce d’eau douce endémique d’Amazonie, qu’on avait déjà croisé en Équateur. On ne les aperçoit que partiellement, leur dos voûté surgissant à la surface. « A l’eau ! » nous dit le guide, cette même eau où on cherchait les crocos et chassait les piranhas il n’y a pas plus de quelques heures. Dans les faits, les dauphins sont censé les éloigner, mais c’est bien le « censé » qui nous gêne ! Allez, John se lance en premier, il se rejoint (tardivement) par Camille.


3 jours au paradis qui seront passés rapidement et nous auront rappelé notre précédent séjour il y a quelques années dans la réserve équatorienne de Cuyabeno.

3 jours dans la Selva
Après être repassé à Rurrenabaque, direction la Selva cette fois. On marche jusqu’au port pour prendre un bateau sur le rio Beni. On le remonte plusieurs heures jusqu’au lodge de l’agence, passant quelques communautés et profitant d’un merveilleux coucher de soleil.



C’est la saison des pluies et si on a été épargné côté Pampa, ce sera moins le cas dans la Selva, où pluie et gadoue rythmeront ces 3 jours. On fera de nombreuses balades, de jour comme de nuit, à la recherche d’insectes et plantes sauvages.






Le deuxième jour on part pour une looooongue, très longue balade à travers la jungle. Le chemin, plutôt tracé au début, disparaît peu à peu, et on doit défricher la moitié de la jungle pour se frayer un chemin dans l’épaisse végétation.




On a la chance d’apercevoir des singes hurleurs au loin mais globalement les mammifères se font bien plus discrets ici que dans la Pampa. On s’intéresse davantage aux plantes, arbres, racines… C’est fou, tant de végétation, tout est vert à perte de vue.








Le guide nous demande toujours ce que l’on souhaite faire, plutôt balade ou atelier. On est un peu las de cette pluie et après quelques balades en forêt, on choisit plutôt de rester tranquillement autour du lodge. C’est l’occasion de fabriquer des bagues à partir de petites noix de coco, des bracelets de graines récoltées dans la jungle…





Le dernier jour, notre guide nous propose un atelier cuisine, ça changera de la confection des bracelets. On prépare le poisson en l’écaillant en ajoutant quelques herbes et légumes puis on l’enferme dans une feuille de bananier afin qu’il cuise à la vapeur, et on le met au barbecue.





On découvre aussi des empreintes autour du camp, près de la rivière. Ce sont celles d’un félin, peut-être un ocelot, qui sait un jaguar ? Notre imagination est débordante.


Au retour de ces 3 jours, on s’arrête dans une communauté qui vit au bord du fleuve pour observer le processus de canne à sucre, très cultivée dans la région, et goûter un jus fraîchement extrait.

Bilan
On attendait depuis longtemps de revenir en Amazonie où on avait déjà vécu une super expérience il y a quelques années, chacun de notre côté. Après l’Equateur, nous souhaitions la découvrir depuis un autre pays et il est vrai que la Bolivie offre les tarifs les plus abordables. L’accès est également aisé/rapide avec un simple bus de nuit depuis La Paz.
On a préféré la Pampa qui permet d’observer de nombreux animaux : singes, oiseaux, crocodiles. On aime bien l’idée d’être dans un lodge au bord de la rivière, cela nous a rappelé l’Équateur. La Selva est sympathique, elle offre un autre aperçu de la jungle, plutôt celle des locaux. Peu d’animaux, une végétation débordante, on l’a trouvé assez reposante mais plutôt monotone. 2 jours auraient certainement suffi. Pour le côté marche et bivouac dans la jungle, disons qu’on a l’habitude, c’est sympa mais on ne peut pas non plus parler d’expérience de vie.
Quant au côté tour, difficile d’éviter les écueils : temps d’attente, groupe pas toujours plaisant, points de rencontre de toutes les agences. Cela dit c’est bien des fois de se laisser porter, et on s’habitue vite aux journées paisibles rythmées par les activités et les petits repas frais.

