Accueil » Bolivie » Cordillère Royale, dernières ambitions andines

Cordillère Royale, dernières ambitions andines

Après un petit tour en Amazonie bolivienne, on remonte à La Paz et on se dirige vers la Cordillère Royale. Pas bien malin d’avoir troqué notre acclimatation pour une semaine avec des singes et autres caïmans, mais Camille avait besoin de repos et la météo n’était guère au rendez-vous. On prévoit de remonter tranquillement et de faire quelques randonnées avant de nous attaquer à un véritable sommet..

Trek improvisé du Condoriri

Comme son nom l’indique, il permet de rejoindre les abords du pic Condoriri, magnifique sommet ressemblant à une tête de condor. Il joint généralement les flancs du Huayna Potosi au village de Tuni, desquels il est possible de prendre un taxi, voire de tenter le combo collectivo + marche (en tout cas pour rejoindre le départ).

Quelques refuges (sommaires) existent sur le chemin, permettant d’éviter le port de la tente, mais il faut au moins être autonome en nourriture et avoir de quoi filtrer l’eau (beaucoup d’animaux dans la zone).

Pour notre part, le côté logistique semble un peu compliqué et les taxis onéreux. Quitte à avoir un van, autant s’en servir. On décide de sauter la toute première portion depuis le Huayna, que John avait déjà parcourue à l’époque, et on prend la route du village de Tuni. Après celui-ci, on part bivouaquer en bord de rivière en direction de la lagune Sura Khota.

Village de Tuni

On réalisera plusieurs boucles à la journée en empruntant les tracés du trek. Le premier jour, on part pour les 2 lagunes Sura et Sene Khota dont on fait le tour avant d’attaquer un premier col sans nom à 4900m (le trek classique emprunte un col plus bas).

Les vues de là-haut sont forcément splendides et on descend dans la vallée. Camille en a déjà plein les pattes, faut dire que notre semaine en Amazonie et ses quelques jours de fièvre ont ruiné une bonne partie de notre acclimatation. On décide de se séparer. John part en direction du paso Condoriri quand Camille commence à rentrer en prenant cette fois le col classique du trek.

La vallée qui mène au paso est immense, verdoyante et déserte, les vizcachas (sortes de chinchillas) abondent parmi les rochers. La montée est raide et John décide de couper à travers les pierriers (ce qu’il ne conseillera clairement pas). Là-haut les vues sur les sommets sont superbes mais on ne discerne pas le Pequeno Alpamayo, masqué par un autre sommet, ni la lagune Chiar Khota, cachée par un replat.

Redescente dans la vallée et retour par la piste qui longe la vaste lagune Tuni, jusqu’au village. Il y a une bonne distance, sur une piste qui n’est qu’en partie répertoriée, mais le paysage est formidable. De son côté Camille n’a eu guère plus de réussite, ne parvenant jamais à retrouver le sentier.

Rentré à la voiture, on prend la route de la Rinconada, point de départ des principales ascensions du secteur. Au départ de Tuni, un portail semble interdire l’accès mais les locaux nous confient que le cadenas est factice et que l’on peut passer. Quant à la qualité du chemin, ils le qualifient de « no tan bueno » , ça promet. On tente la première piste à l’ouest mais on décide de rebrousser chemin face à un gué bien trop conséquent. Nouvelle tentative avec la piste à l’est, correcte dans un premier temps puis qui se réduit à une crête ténue et bosselée qui nous vaut quelques hésitations. Un gué suivi d’un tas de rochers et d’une petite mare nous voit taper le bas de caisse, pas sa première. Le chemin est ensuite boueux à souhait, on patine entre les alpagas qui doivent bien se marrer. Hop, retour arrière pour retenter la première piste à l’ouest.

Finalement elle n’est pas pire, on passe le gué aisément et seul un passage extrêmement boueux nous voit glisser et passer à quelques centimètres d’un rocher. Ça y est, on rattrape la piste qui vient du hameau Condoriri, en bien meilleures conditions !

On se pose sur le parking de la Rinconada, face aux géants de glace, bien découverts en cette fin de journée.

Deuxième nuit dans la Cordillère et le sommeil ne vient toujours pas. Au contraire, un mal de tête s’installe en cours de nuit, sans doute un lien avec notre perte d’acclimatation, couplée à une petite grippe. Décidément.

Aucune indication n’existe tout au long du trek et les sentiers sont parfois bien compliqués à discerner. Plus que jamais, on conseillera de disposer d’une carte papier ou hors-ligne de la région, avec les courbes de niveau.

Pico Austria

Difficulté :

12km, 820D+ (boucle)
5h
effectives

Réveil matinal, l’air est encore glacial, le soleil peine à surpasser l’imposante cordillère. Un taxi vient déposer les premiers randonneurs de la journée. La plupart des tours arrivent après 9h, nous sommes encore larges. Petit-déjeuner express et nous partons pour la laguna Chiar Khota.

Les nuages ont déjà envahi les cimes, ils ne les quitteront plus pour la journée. En chemin on croise quelques lamas, ânes et des vizcachas par centaines. Une belle cascade puis une première lagune, aux abords marécageux. A l’arrivée à la deuxième lagune, Chiar Khota, on distingue un premier refuge. Les refuges sont tous privés et gérés par différents locaux. C’est le second qui nous intéresse, nous y retrouverons un guide dans 2 jours. Nous effectuons le tour de la lagune pour rejoindre celui-ci. Il n’est fermé que par quelques bouts de ficelle, on en profite pour jeter un œil à l’intérieur. La partie dortoir et espace de vie, résumée à quelques matelas sur le sol, tables et chaises, est séparée d’une cuisine plutôt bien équipée : réchaud, évier, ustensiles… Le refuge appartient à Roque, un local qui habite non loin du de la Rinconada (3ème maison, en bord de route) qui nous accompagnera en tant que guide à l’Alpamayo. L’usage du refuge est de 30bs pour la nuit, sans doute négociable.

On poursuit en direction du paso Chakoti. Le sentier est bien plus doux de ce côté-ci du lac ; de plus la quasi-totalité des randonneurs montent directement de l’autre côté, cela garantit une certaine tranquillité. On aperçoit face à nous le beau glacier qui s’écoule du Condoriri. Camille peine, elle n’a pas de jambes aujourd’hui et la journée de la veille a laissé des traces. Elle en profite pour faire des pauses photos.

Avant la dernière grimpette jusqu’au col, on grignote pour reprendre quelques forces. Il reste environ 400m, 200 jusqu’au col et 200 ensuite jusqu’au sommet. Le terrain est rocailleux à souhait, on se croirait de retour dans Belledonne.

Lorsqu’on parvient au paso, les vues sont formidables sur les 2 vallées de chaque côté. On découvre la nouvelle vallée avec une lagune glaciaire dans laquelle s’écoule le grand glacier du Condoriri. Allez dernière ligne droite, on attaque les lacets qui mènent en haut du Pico Austria. A l’arrivée là-haut à 5350m, une vue à 360° s’offre à nous. Dommage, les nuages ont bien recouvert les cimes.

On profite de ces paysages formidables et on entame la redescente. On commence à croiser tous les groupes dans l’ultime ascension, beaucoup de français. Certains tirent un peu la tronche. On croise un français fraîchement débarqué à La Paz, parti sans même déjeuner. Il est affalé sur son rocher, pas bien bavard, étonnamment. On lui file un sac de coca et on poursuit la redescente. Beaucoup de cailloux, ce n’est pas le moment de se faire une cheville. Le vent se lève, quelques flocons de neige s’invitent, et on parvient au parking en cours d’après-midi.

Au passage, on se fait rattraper par la patrouille. Un local accourt jusqu’à nous et demande 50bs : 20bs/p pour l’entrée au parc et 10 pour le parking. Pas de ticket, qui sait où va encore cet argent ?

Allez, on va pouvoir sortir les chaises et se poser au soleil pour la fin de journée. A vrai dire non, ça caille et la fatigue n’arrange rien. On s’accorde sur une salade de pâte qu’on mangera au chaud dans le lit. On prépare vite fait un tupp et la fin de journée se passera au chaud sous la couette.

Huayna Potosi

Comment ne pas citer le fameux Huayna Potosi (6088m), sommet emblématique visible depuis La Paz ? De par sa proximité, son accessibilité et sa faible technicité, c’est le sommet privilégié des voyageurs pour découvrir l’alpinisme et s’offrir leur premier 6000m. Toutes les agences ou hôtels de La Paz le proposent pour une somme dérisoire ! Généralement l’ascension se réalise en 3 jours : première journée sympa type cascade de glace, à s’exercer aux crampons/piolets, seconde pour monter au refuge et ascension finale lors de la troisième nuit.

A vrai dire, le Huayna ne nous tentait guère. John l’avait déjà grimpé il y a quelques années et si les vues sont formidables depuis là-haut, avec notamment la ville de La Paz qui disparaît dans la nuit, comme engloutie par El Alto, c’est aussi un peu l’autoroute. On croise de nombreux groupes qui se suivent les uns les autres et on est rarement seul au sommet. Notre préférence va aux sommets du parc Sajama, tout aussi beaux mais moins bondés.

D’ailleurs la barre des 6000 a déjà été franchie pour chacun de nous deux, elle ne représente plus un objectif en soit. On décide de se lancer dans une ascension moins élevée mais bien plus technique, celle du Pequeno Alpamayo, un autre sommet de la Cordillère Royale.

Pequeno Alpamayo

Difficulté :

Petite grasse matinée aujourd’hui, on a rendez-vous avec le guide en début d’après-midi. Enfin, il fait déjà grand soleil dans le van à 7h, autant dire qu’à 9h on est debout à faire le café en regardant arriver les randonneurs de la journée. C’est fou le temps qu’ils mettent pour partir une fois sur place. Ça s’habille, fouille son sac, met de la crème, discute, se déshabille… 20min en moyenne, d’après une étude réalisée à La Rinconada un matin d’avril.

On croise le guide qui part pour le refuge, rendez-vous pour le déjeuner à 13h. Il nous conseille de laisser le van chez un local, il y aurait déjà eu des vols sur le parking. On s’affaire pour terminer les sacs, on bouge le véhicule et direction le refuge. Encore une fois, Camille est dans le dur. Un bouton de fièvre vient d’apparaître ce qui l’a fatigue pas mal, heureusement il n’y a que quelques kilomètres pour un dénivelé raisonnable. Cette journée de repos ne sera pas de trop.

On arrive au refuge sous la pluie et on pose les pieds sous la table. Au menu une assiette riz – viande de bœuf façon bolivienne, soit beaucoup trop cuite. Un peu de coca-cola pour accompagner et voilà les premières forces prises. Nous rejoint Loris, un stéphanois croisé hier au sommet du Pico Austria et qui grimpera l’Alpamayo avec nous. On passe l’après-midi à discuter tout en sirotant toutes les boissons à disposition : café, tisane, chocolat chaud, maté…

A 17h, c’est le dîner déjà. Sopa de légumes puis poulet – pâtes, pas à se plaindre. On fait le briefing pour le lendemain, liste le matos et on précise le programme (itinéraire, horaires…). Allez, il est 18h, c’est déjà l’heure d’aller se coucher.
Le sommeil viendra tardivement pour les uns, jamais pour d’autres. A minuit, le réveil vient mettre un terme à ce bien court repos. Dehors les étoiles sont de sortie, l’air est raisonnablement froid, le temps semble parfait.

Une petite demi-heure pour se préparer, une autre pour déjeuner tranquillement, et nous sommes sur le départ. Le second guide, Roque, fait son apparition. Il fera une cordée avec Loris. De notre côté nous serons tous deux avec Ismael. L’avantage d’avoir 2 guides, c’est qu’en cas de défaillance de l’un de nous, les 2 autres ne seront pas forcés de redescendre. De plus c’est ce qu’on avait convenu avec l’agence, pour ce prix on préfère ne dépendre de personne d’autre.

C’est parti avec une bonne marche vallonnée dans les cailloux. Les chaussures rigides ne sont guère pratiques, les roches glissantes, on titube comme des bambins. Camille, après sa mésaventure de l’Acotango, a demandé des chaussures doubles, bien plus épaisses. Elle hérite donc de chaussures de ski, du moins elles y ressemblent beaucoup.

Parvenu au bas du glacier, on enfile les crampons et on s’encorde, le guide toujours en premier, Camille au milieu et John ferme la marche. Les premiers mètres se font à même le glacier, dépourvu de neige, il faut bien planter les crampons. On monte ensuite progressivement au travers du glacier enneigé, la pente est rarement au-dessus de 30°. On slalome entre les crevasses qu’on discerne à peine dans la nuit. Quelle différence avec le Parinacota il y a quelques semaines où l’on progressait à la pleine lune, sans même besoin d’allumer les frontales.

Quand on arrive au niveau de la crête, la pente s’accentue pour accéder au sommet du Pico Tarija. Camille esquisse ses premières grimaces lorsqu’on commence à discerner le fameux Alpamayo, pas si pequeno que ça sur l’instant. Depuis le Tarija, il faut redescendre sur 60m pour remonter ensuite. La neige laisse place à des rochers glissants sur la redescente. On décramponne et on range les piolets avant de s’engouffrer dans le couloir. En bas, on re-cramponne bien que quelques passages rocheux existent encore, mais c’est en majorité du glacier.

On attaque l’ascension finale, cette fabuleuse pyramide de l’Alpamayo. On voulait un peu de technique, quelques frissons, nous en avons pour notre argent. Certains passages sont très raides et particulièrement exposés. La neige n’est pas parfaitement compacte et les crampons glissent parfois. Les premières lueurs du jour font leur apparition et nous donnent des forces pour ces derniers mètres.

Le ciel est parfaitement dégagé, quelle chance lorsque nous parvenons enfin au sommet, à 5370m d’altitude. Nous pouvons entrevoir une bonne partie de la Cordillère Royale : Huayna Potosi, dressé devant nous, Illimani à sa gauche, Condoriri que l’on toucherait presque, Chacacomani, Illampu… On profite de ces quelques instants hors du temps.

Les éléments nous ramènent à la réalité, il fait froid et le vent s’est levé, nous allons redescendre un peu avant de se poser pour une petite collation. La redescente est délicate, le tapis de neige se dérobe et certains passages laissent entrevoir un vide d’une centaine de mètres. Le guide reste systématiquement derrière pour sécuriser la corde. Tout se passera sans problème. On peut profiter d’une pause bien méritée, en observant le soleil surmonter notre victime du jour, le Pequeno Alpamayo, copie miniature de l’Alpamayo péruvien, un autre géant des Andes du haut de ses 5947m. Peut-être pour une prochaine fois !

C’est reparti pour un tour : on décramponne pour grimper au Tarija et on remet tout une fois là-haut.

S’ensuit alors la longue descente au travers du glacier. On se rend compte de toutes les crevasses qui entourent le chemin. Quelles effroyables beautés. Les vues en contrebas sur la vallée et les lacs valent à elles seules le détour : le glacier blanc immaculé, les vallées verdoyantes et les indomptables crêtes rocheuses.

Lorsqu’on arrive enfin au refuge, Camille s’écroule sur son matelas. On ne la reverra pas jusqu’au départ. On profite d’une petite soupe de nouilles pour se remettre en forme, il reste encore quelques kilomètres pour rentrer au parking. On fait les sacs et on se met en route. Pas d’excès de vitesse sur le retour !

Ce soir, on souhaite également redescendre un peu plus bas en altitude. Une fois au parking, on prend la piste pour se rapprocher de l’autoroute. On se posera en bordure de la piste, loin de toute habitation. Petite douche glaciale mais nécessaire et au lit.

Prix : 1700bs/p
Agence : High Camp Lodge

Bilan

Avec la Cordillère Royale, nous avons retrouvé les glaciers et montagnes blanches de Patagonie, ou de nos Alpes, qu’on avait perdus sur l’altiplano. A deux pas de La Paz, c’est un immense terrain de jeu qui offre de nombreuses options de randonnées ou d’ascensions. Après plusieurs 6000, l’altitude n’était plus le défi, nous recherchions quelque chose de plus technique, à l’écart des foules. Le Pequeno Alpamayo s’est révélé être le sommet parfait pour cela. Au vu des tarifs boliviens, on aurait tort de ne pas en profiter !

Avatar de Camille