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Boucles de Salta

Après notre itinérance dans la Puna, on remonte en direction de la région de Salta, connue pour ses 2 itinéraires de road-trip au nord et sud. Nous commençons donc par la boucle sud, plus tranquille, faite de quelques douceurs et parfaite transition après la rudesse de la Puna, puis nous suivrons la boucle nord jusqu’au Paso Jama où nous quitterons définitivement l’Argentine pour rejoindre le Chili et San Pedro de Atacama.

Logistique

Forcément, avoir un van change complètement la donne par rapport à la majorité des voyageurs qui louent un véhicule. Déjà, on peut librement dormir le long de l’itinéraire sans se soucier de rejoindre une ville pour trouver un hébergement, et on peut prendre tout le temps que l’on souhaite, nul besoin de se hâter.

Côté véhicule, on lit souvent qu’un 4×4 est recommandé, voire nécessaire. Oui certaines pistes sont un peu pourries, comme en Patagonie, mais ne nécessitent aucunement un véhicule tout-terrain. Pas besoin de double traction, pas besoin de bas de caisse relevé, n’importe quelle citadine fera l’affaire, à condition d’y aller mollo. Au cas où on crèverait (bienvenue en Argentine), des gomerias (garages de réparation de pneu) existent dans n’importe quel hameau.

Que ce soit la piste qui mène à l’Hornocal depuis Humahuaca, celles qui s’aventurent en dehors de Tolar Grande (voir notre article sur la Puna), ou la portion entre Cafayate et Cachi, pas besoin de faire du zèle ! On roule tranquillement, on évite les trous et on profite du paysage !

Côté essence, on ne s’éloigne jamais trop de la civilisation, contrairement à la Puna profonde, mais on étudiera toujours combien de kilomètres jusqu’à la prochaine station. Il faut considérer qu’avec l’altitude et les bons dénivelés, on consommera bien plus qu’à l’accoutumée. On utilisera iOverLander pour les garages et stations.

Attention à la saison des pluies ! Entre novembre et mars, les eaux qui descendent des hauts-plateaux peuvent engloutir certaines portions. En mars, à notre premier passage, certaines routes (comme au sud de Cafayate) étaient inondées (20-30cm) quand d’autres devenaient impraticables, obligeant parfois à un détour de plusieurs centaines de kilomètres ! A cette période, un 4×4 peut parfois se justifier (mais ce n’est pas non plus un gage de sécurité)

Boucle sud

On commence par la boucle Sud de Salta, arrivant du Sud après notre escapade dans la Puna. Notre première destination est la ville de Cafayate, par laquelle on était rapidement passé il y a quelques mois, en pleine saison des pluies.

Sur la route, après plusieurs jours sans douche, on se rend aux thermes Los Nacimientos espérant profiter de l’eau chaude pour se laver. Malheureusement pour nous, des locaux ont décidé d’investir les lieux. On leur laisse la place, on se lavera à l’eau froide plus loin sur la route. Le lieu est vraiment magnifique, au bord de falaises ocres bordées par les cactus. Malheureusement les anciens thermes semblent avoir été détruits et remplacés par des petites maisons fermées, ne permettant pas d’apprécier les environs.

Cafayate

On repasse par ce joli village, qui revendique les vignes les plus hautes du monde. Cafayate est très (très) touristique, il n’y a qu’à voir les nombreux restaurants de la place centrale et les innombrables domaines vinicoles plutôt classieux. On aime bien se poser la question « est-ce que tu habiterais ici ? » (faut bien s’occuper en voyage…), bon surtout quand on traverser un village de misère perdu au bout du monde… Et pour le coup Camille aime beaucoup Cafayate ! C’est mignon, calme, avec des températures agréables et les environs sont superbes.

A notre précédent passage, nous avions rendu visite à Manu, un suisse expatrié depuis de longues années. Il propose, chez lui, de profiter d’une raclette au feu de bois. Le fromage vient de Buenos Aires, où une coopérative reproduit des fromages de France ou Suisse, en l’occurrence un vrai fromage à raclette. Quant à la charcuterie, exceptionnelle, c’est Manu lui-même qui la réalise : saucisson sec, coppa, et de la viande séchée qui n’a rien à envier à celle du canton des Grisons. Il accompagne tout cela de quelques pickles maison.

Chez Manu (El Modzon) on se sent comme à la maison. A peine arrivés, le voilà qui nous sert l’apéro. Bière, vin rouge, vin blanc, il a de tout. Et on est parti pour 4, 5, 6… longues heures de discussion.

On a ensuite dormi devant chez lui. Au matin, rebelote, il nous offre le petit déjeuner avec une belle petite planche de fromage, charcuterie et quelques fruits. Et on est reparti pour quelques heures à converser ! On recommande chaudement pour les nostalgiques de raclette et pour pérorer en français le temps d’une soirée. Manu propose également l’hébergement chez l’habitant.

Cette fois, il nous faut donc trouver un spot de bivouac pour les quelques jours que nous pensons passer dans le coin. Bingo, au nord-ouest de la ville, à proximité de la bodega Piatelli, nous trouvons un magnifique spot au milieu des cactus, avec des vues merveilleuses sur les montagnes. Le chemin est un peu rugueux, il ne faudra pas faire le tour des bodegas avant !
Au matin on se réveillera au son (reconnaissable entre mille) des colonies de perroquets qui traversent à quelques mètres au dessus de nous, se posant parfois sur les cactus.

Visites

Cabras de Cafayate

Le premier jour, on commence par nous rendre aux Cabras de Cafayate (« Chèvres » de Cafayate). Dans un joli écrin de nature, on peut déguster leurs fromages de chèvre (nature, herbacé, fumé, mi-chèvre mi-vache…) accompagnés (toujours) d’un verre de vin rouge et de quelques gressins. Les fromages sont bons, le lieu très agréable. Il n’est que 10h, la journée commence bien.

On peut, comme nous, choisir uniquement la dégustation ou faire le tour complet pour 8000 ARS avec visite et explications sur les méthodes de fabrication. Quant aux fromages, ils restent un peu chers, autour de 6000 ARS.

Prix : 5000 ARS/p

Vasija Secreta

On enchaîne sur la visite de la bodega Vasija Secreta à l’entrée de la ville. On attend qu’il y ait suffisamment de monde pour constituer un groupe et c’est parti. La guide nous explique l’histoire du domaine et les vins produits, mais c’est un peu expéditif et on perd vite le fil. On passe alors à la dégustation mais on est vraiment déçu par la qualité. Il y a du torrontès, vin rouge sec, et vin rouge sucré. Cela dit, la visite est gratuite, ce qui explique aussi le nombre de touristes.

El Porvenir

On aimerait bien faire une bodega plus tranquille, et goûter de meilleurs vins. Dans le centre-ville, on a croisé la magnifique bodega El Porvenir, qui ressemblerait à s’y méprendre à une ancienne forteresse moyenâgeuse. Le site annonce complet mais on y passe à tout hasard pour demander. Pas de souci, on peut revenir pour une visite à 15h. Nous sommes un groupe de 6 et le guide nous explique calmement l’histoire de la maison, les processus de vinification, les barils utilisés… Rien à voir avec la précédente visite, cette fois le guide prend le temps de bien nous expliquer et d’être sûr que l’on comprenne, il est clair et tranquille. C’est très intéressant et pour une fois, on écoute jusqu’au bout !

Encore une fois, la visite est gratuite. En revanche la dégustation est cette fois en supplément. A la fin de la visite, on peut choisir les vins que l’on souhaite goûter et le prix est fixé en fonction de la quantité. Les prix débutent à 1200 ARS et peuvent monter à plus de 10000 ARS pour les vins les plus onéreux ! Mais on aime bien le principe et la visite nous a donné l’eau à la bouche. On tente plusieurs vins, plus ou moins vieillis et ce, dans différents types de barils. Bref, on recommande chaudement le lieu.

Craquage post-Puna, on pense nous rendre dans la prestigieuse bodega Piatelli, le temps d’un repas en 5 temps avec accords mets et vins (105000 ARS/p !), avant de se ressaisir et d’abandonner l’idée…

Restaurants

Après des mois à se rationner en Argentine, au vu de l’inflation galopante, on profitera de notre passage à Cafayate, après 2 rudes semaines dans les hauts déserts, pour se faire un peu plaisir. Déjà, on le repoussait depuis le départ, nous voulons profiter d’un vrai asado (barbecue) ! On trouve une adresse Parilla Black Tote avec de bonnes recommandations, on s’y rendra le premier soir. Au menu, de la viande (côtelettes, …), encore de la viande (chorizo, boudin noir), pas mal de tripes (au grand bonheur de Camille) et quelques frites pour accompagner. Bien sûr, nous sommes sur des prix argentins (36000 ARS pour 2, 6000 ARS le pichet de vin), mais cela reste relativement raisonnable pour la qualité (et quantité !) des produits.

Camille rêve de pâtes et on a croisé un attrayant petit restaurant près de la place, Mamacoya, où l’on peut choisir le type de pâtes puis la sauce (pesto, ragu…), à un prix raisonnable (12000 ARS le plat). On opte tous les deux pour des sorrentinis jambon-noix-ricotta, le tout dans un pesto aux noix bien huileux. On reprend enfin quelques calories, et c’est délicieux !

Et on se fait un peu plaisir avec, peut-être, les derniers alfajores du voyage, ou plutôt, les calachaquitos, version locale du célèbre biscuit argentin. On en prend plusieurs pour la route : dulce-noix, couverture de chocolat noir amer… Plein de variations du biscuit classique, avec toujours autant de réussite.

On profite de nos dernières glaces à Grido, chaîne de glaciers où l’on se sera fait nombre de petits plaisirs depuis Catamarca. Adieu glaces eu dulce de leche et chocolat mani…

Autre ?

A Cafayate, ce ne sont pas les idées qui manquent. Outre les nombreuses bodegas que l’on peut visiter (dans la ville ou en dehors), on trouvera aussi une petite distillerie (destileria Etchart) au sud de la ville dont on a entendu beaucoup de bien. Ils font notamment leur propre gin…

Il existe une petite randonnée de 7 cascades à l’ouest de la ville mais des personnes bloqueraient parfois le passage, clamant à tort qu’un guide est nécessaire. On a préféré ne pas se risquer.

Quebrada de las Conchas

A l’est de la ville, sur la route qui mène à Salta, on trouve la réserve de la Quebrada de las Conchas. On l’avait traversée en vitesse la dernière fois, sachant qu’on reviendrait, mais on avait déjà envie de nous arrêter à chaque point de vue. Cette zone est connue pour ses couleurs ocres et ses nombreuses formations géologiques, et l’accès est entièrement gratuit !

Tout juste à la sortie de Cafayate, on trouve quelques dunes de sable (Los Medanos), mais on a déjà eu notre dose en région de Catamarca, on passe notre tour.

On s’arrête au sentier Los Colorados pour une petite balade (au moins une bonne heure !) au milieu de belles formations ocres et de petits canyons.

Pour cette nuit, on souhaite trouver un joli spot dans le canyon et ainsi poursuivre les balades le lendemain. Mais le vent ici est puissant, en témoignent les formations rocheuses. Impossible de trouver un lieu abrité. Quelle tristesse, il y a tant de spots magnifiques en bord du rio, mais c’est une véritable tempête de sable là-bas !

On tente un par un les spots marqués sur iOverLander, mais aucun ne convient… Finalement on en trouve un quelques peu abrité dans un U formé par les collines. Pas de vue extraordinaire mais c’est caché de la route, tranquille, et un petit peu protégé. On passe bien 10min à essayer de positionner le véhicule et on attend un peu de voir si cela se calme. Bien au contraire, le vent change plusieurs fois de direction et on doit aussi repositionner le van. On comprend vite qu’on ne pourra pas cuisiner ce soir et on improvise un sandwich tristesse pour le dîner, sur nos sièges avant.

Il est temps de faire le lit, on sort en vitesse et on essaie de monter le lit rapidement avant que le sable ne pénètre dans l’habitacle. L’un de nous tient les portes pendant que l’autre déplace les éléments, un vrai travail d’équipe. Ça y est, on est à l’abri, pense-t-on. Mais le vent soufflera toute la nuit, faisant vibrer voire tanguer le véhicule. Quand on pense au magnifique décor qui nous entoure… Un enfer de rêve.

Le lendemain matin, le réveil est un peu compliqué. Dire qu’on a mal dormi serait euphémique. Au moins le vent s’est calmé, mais il fait particulièrement froid. On prend un petit-déjeuner rapide et on se rend au sentier Los Estratos encore pour une bonne heure de balade. De magnifiques strates sédimentaires roses, vertes, blanches… composent les roches. Il y a un chemin bien défini puis de petits sentiers pour prendre un peu de hauteur et observer les formations. Au matin, les couleurs de la roche sont douces et agréables, en revanche l’autre côté (est) est en contre-jour. Idéalement, on pourrait le faire à 2 reprises, en fin de journée et au matin.

Nous marquons de nombreux arrêts sur la route pour observer les formations. Toutes ont un nom et sont signalées par un panneau : « le bateau », « les châteaux », « 3 pics »…

On termine par les 2 lieux les plus visités du parcours (sans doute parce qu’il n’y a pas besoin de marcher…). Cette fois nous ne serons pas seuls, des bus sont déjà garés sur le parking et des vendeurs de souvenirs sont disposés à l’entrée.

D’abord, on accède à El Amphiteatro. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une cavité naturelle qui forme un amphithéâtre où la lumière pénètre. C’est très joli.

Ensuite, direction la Garganta del Diablo, un nom utilisé à toutes les sauces en Amérique Latine (comme à Iguazu par exemple), dernier arrêt de la réserve. Encore une fois, c’est une grande cavité naturelle à laquelle on accède depuis le parking, à peine une centaine de mètres plus loin. On est moins fan de celle-ci, d’autant qu’il y a du monde sur place.

Prix : Gratuit

Quebrada de las Flechas

Après une dernière nuit à Cafayate, on prend la route en direction du nord, afin de suivre la boucle sud classique de Salta. La route traverse une multitude de réserves et points d’intérêt, offrant une belle diversité de paysages (désertiques).

On commence par la Quebrada de las Flechas que l’on traverse. Elle offre de belles formations rocheuses parmi lesquelles on observe le monument national Angastaco.

On passe ensuite par le charmant petit village de Molinos où l’on s’arrête pour déguster quelques empanadas au Rincon de las Empanadas puis déjeuner sur la place ombragée.

Route à Cachi

A Molinos, on quitte la route 40 pour un petit détour à la laguna del Brealito. Ce n’est pas tant la laguna qui nous intéresse, mais toute la boucle. La piste est un peu sableuse au départ (et très ténue) mais rien de bien méchant. En revanche, les vues sont superbes. On traverse un magnifique petit canyon jusqu’au village de Refugio.

Là-bas, on fait finalement la croix sur les termas de Cabreria, des thermes naturels gratuits accessibles à pied. On poursuit donc jusqu’à la lagune. Contrairement à ce qu’on a pu lire, personne ne nous demande de l’argent pour passer, bien qu’on ait croisé plusieurs locaux, peut-être seulement pour passer la nuit… D’ailleurs le décor est superbe et cela ferait un bien joli bivouac. La lagune est plus quelconque mais l’ensemble vaut le coup d’œil.

On redescend vers Seclantas puis Cachi, village bien touristique où on ne s’attarde pas. On fait tout de même une petite balade dans le centre, très joli.

Direction Payogasta où l’on passe la nuit près de la rivière. Ce n’est pas le spot le plus sauvage mais les vues sont plaisantes et on ne sera pas dérangé, sinon par quelques jeunes qui mettent leur musique à fond la nuit, tradition chili-argentine.

Au matin, on repart en direction de Salta. La route s’élève à près de 3457m au travers du parc national Los Cardones, Le parc, gratuit, abrite une grande concentration de cardones, d’impressionnants (et beaux) cactus duveteux qui évoluent dans ce milieu hostile.

C’est ici qu’on trouve la Recta del Tintin, une grande ligne droite au beau milieu des cactus centenaires. On fait un aller-retour sur la route qui mène à Seclantas. La piste est magnifique, colorée et ornée de cactus, alors qu’au loin on aperçoit l’imposant nevado Cachi.

On passe la Piedra del Molino (une pierre granitique de moulin fut abandonnée un jour au col), et on prend la Cuesta del Obispo pour redescendre en direction de Salta. En chemin on fait un détour pour observer El Valle Encantado, où l’on peut faire une balade de 4km (aller).

On profite une dernière fois de ces belles couleurs au cours de la redescente.

A Salta, on retourne au camping municipal, point de chute de la plupart des iOverlander. A vrai dire, c’est plus un balneario, avec l’une des plus grandes piscines qu’on n’ait jamais vues, et des tables et barbecues disposés tout autour. C’est un lieu familial où en été, toute la ville semble se réfugier avant de disparaître en fin de journée à la fermeture. Il est alors permis pour les vans et camping-cars (pas de tente !) de passer la nuit (12000ARS par véhicule + 1200ARS/p). Pour le coup, l’été est terminé depuis déjà plusieurs mois, la piscine vidée, et il n’y a donc que quelques campings cars qui se partagent le camping. Dommage, on aurait bien aimé voir l’effervescence d’un après-midi estival.

On en profite pour se reposer un peu, faire chauffer le barbecue, et se balader dans le centre de Salta non loin.

Boucle nord

Après une petite pause de 2 nuit à Salta, il est temps de s’élancer sur la boucle nord, avant de quitter définitivement l’Argentine pour le Chili.

Pour s’extirper de Salta, nous prenons la route 9 en direction de San Salvador de Jujuy. Elle s’élève entre bosquets et collines verdoyantes, nous sommes à la frontière avec les Yungas, des forêts d’altitude en bordure de l’altiplano. Les paysages sont très jolis, verdoyants, mais la route est particulièrement étroite et serpente entre les collines. Elle est d’ailleurs interdite aux véhicules trop larges, un contrôle est réalisé à l’entrée.

On coupe ensuite vers l’est en direction de Libertador General San Martin, la porte d’accès au parc national Calilegua et à la réserve des Yungas du nord argentin, classée à l’UNESCO. Comme beaucoup de parcs nationaux au nord, l’entrée est gratuite et le parc est équipé d’un camping. On s’enregistre et on se pose pour la nuit. On est de suite assailli de petites mouches suceuse de sang, c’est un enfer. Il fait chaud et humide, on laissera les fenêtres du van ouvertes pour la nuit et on se fera dévorer toute la nuit.

Sinon l’environnement est joli, avec un peu de chance on peut observer une espèce de toucan locale. Côté infrastructures le camping reste sommaire, les sanitaires sont particulièrement vétustes et il n’y a plus qu’une douche fonctionnelle côté femmes. Avec un peu de chance, on obtient une eau tiède par chauffage solaire. L’eau n’est quant à elle pas potable.

On en profite pour faire un barbecue, sans doute le dernier… De beaux oiseaux curieux nous épient, à l’affût de quelques miettes.

Le lendemain, après s’être enregistrés à l’accueil, nous partons suivre quelques courts sentiers, à la découverte de la faune et flore locales. Malheureusement, nous ne croiserons pas le fameux toucan endémique de la région, mais le parc regorge d’une multitude d’autres oiseaux et plantes.

Mais qu’est-ce qu’on fait là en réalité, alors que des salars et montagnes arc-en-ciel nous attendent ? La raison est un « petit détour », une piste repérée par John qui traverse la forêt des Yungas et grimpe jusqu’aux hauts plateaux de la Puna à plus de 4000m d’altitude. Nous ne disposons pas de pléthore d’infos sur la faisabilité, d’autant que nous sommes en pleine période des pluies, et que notre véhicule n’est clairement pas un 4×4, mais nous voulons tenter le coup. Allez, il est temps de prendre la route, au programme plus de 200km de piste jusqu’à Humahuaca pour plus de 10 000m de dénivelé !

On grimpe progressivement au travers de la jungle, on entrevoit les montagnes encore dans la brume. La piste est dans un état relativement correct et les paysages sont déjà superbes. On passe quelques villages perdus, des petites cascades et des reliefs toujours plus colorés. On ne s’arrête pas pour les thermes du Rio Jordan dont les photos sont belles mais l’accès ne semble pas autorisé sans guide, alors on poursuit et le paysage commence à changer radicalement tandis qu’on s’élève en altitude. La jungle laisse place aux montagnes, la piste argileuse à un chemin de cailloux qui se dégrade par endroits.

Les villages que l’on croise sont désormais d’un autre temps. Bicoques de pierre, chemin défoncé, teint mât, habits traditionnels. Nous découvrons la culture andine, celle des incas, colorée et authentique. On pourrait se croire dans n’importe quel village de Bolivie ou du Pérou.

Le temps lui se gâte et plonge les reliefs dans une brume épaisse, mystique. La route se dégrade par moments, mais reste toujours praticable. Alors qu’on longe une falaise impressionnante, un panneau semble défendre l’accès. En réalité, quelques mètres plus loin, un rocher est écroulé sur la route, mais notre véhicule est suffisamment petit pour pouvoir passer. C’est un peu notre angoisse sur ce genre d’itinéraire. Il suffit d’un seul passage difficile, de seulement quelques mètres infranchissables, pour nous contraindre à un demi-tour forcé. Plus nous avançons et plus la distance que l’on devrait alors parcourir pour faire demi-tour s’accroît, au point que nous ne puissions plus par manque de carburant.

Le temps continue de se dégrader, la pluie ne cesse plus et la visibilité est difficile. La piste est particulièrement rocailleuse jusqu’au village Santa Ana et la suite, jusqu’au col, est parfois glissante. On progresse avec précaution, alors que la nuit se rapproche. On craint que la route ne devienne impraticable, le terrain est glissant par endroits et avec le vide qui borde la piste, l’erreur n’est pas permise ! Finalement on décide de s’arrêter peu après un col, près d’un préfabriqué en déliquescence, qui a au moins le mérite de nous fournir un abri pour manger.

La nuit sera longue, froide, difficile. Forcément, grimper à près de 4700m en une seule journée n’aide pas au sommeil. La voiture est partiellement blanche, heureusement il n’y a qu’une fine couche de neige sur la route, rien de bien méchant.

Guère le temps (et l’envie) de profiter d’un petit-déjeuner, on reprend de suite la route pour Humahuaca. Alors qu’on redescend, une portion de la route s’avère particulièrement boueuse sur une dizaine de mètres, avec de sacrés sillons. Camille tente de passer en force mais se plante au beau milieu. D’ailleurs on entend le bas de caisse frotter contre quelques cailloux.

Vu le nombre de personnes croisées sur la route depuis 24h, ce n’est clairement pas l’endroit où rester coincé. John sort pour analyser un peu la situation. Il aplanit les rails de boue et dispose quelques larges pierres en guise de rampe. Camille recule comme elle peut puis presse de nouveau l’accélérateur… et voilà la Titine qui s’échappe ! Ouf, c’est un sacré soulagement.

On peut repartir et poursuivre la redescente jusqu’au village de Cianzo. En fond, on entrevoit de magnifiques reliefs colorés, comme un prélude à l’Hornocal, non loin. On doit encore traverser quelques rivières d’après la carte. Avec les pluies de la veille, on craint que le niveau d’eau ne soit trop haut. Arrivé à un gué, peut-être le dernier à passer, on ne discerne pas le fond de celui-ci. On hésite longuement. Nous ne sommes qu’à 25km de Humahuaca, on ne peut pas rebrousser chemin maintenant ! Et nous n’avons de toute manière plus assez de carburant pour cela. Allez, on tente le coup. La voiture rebondit contre quelques rochers mais ça passe, encore une fois. Malgré un peu de boue sur la route, qui nous voit glisser à quelques reprises, la suite est de la piste est bien meilleure et on peut rejoindre le célèbre Hornocal.

El Hornocal, Humahuaca

La Serrania de Hornocal est une chaîne de montagnes calcaire présentant une succession de strates plissées et colorées avec diverses nuances comme le rouge, vert, beige… plus ou moins marquées selon l’ensoleillement. Un mirador est accessible à 17km de Humahuaca.

L’entrée vaut 1000ARS/p. C’est très raisonnable en comparaison d’autres points d’intérêt de la région. Les montagnes sont déjà visibles depuis le parking mais le véritable mirador nécessite de descendre plus bas. Nous sommes quand même à 4000m d’altitude, cette petite balade en épuisera certains, des panneaux rappellent d’ailleurs les précautions à prendre pour lutter contre la soroche.

L’Hornocal est magnifique, avec de superbes strates colorées. L’après-midi, le soleil illumine les flancs, offrant de beaux contrastes. Par contre, le vent est terrible, et glacial, nous sommes bien de retour dans la Puna. On ne s’attarde guère et on reprend la route pour chercher un spot plus bas pour y passer la nuit. Au niveau d’un cimetière, on bifurque sur une petite piste et on pose le van à quelques centaines de mètres. Personne autour et cela souffle bien moins que là-haut.

Autres

Contrairement à la boucle sud, celle du nord comporte bien plus d’attractions payantes, obligeant à faire des choix pour les budgets serrés. C’est le cas de la cascade Garganta del Diablo (4000ARS/p) ou du Pucara (12000ARS/p !), un site historique, tous deux près de Tilcara, joli petit village au demeurant.

Idem avec la Quebrada de las Senoritas à Uquia, Pour celle-ci, l’entrée est payante (1500ARS/p) et on ajoute le prix du guide (obligatoire) entre 4000 et 8000ARS/p. Dommage !

On renonce également au village d’Iruya, un village perché qui jouit d’une belle réputation, mais qu’on juge trop touristique et qui nécessite un détour conséquent. Qui plus est, il n’est pas permis de dormir en van aux alentours, ce qui nous contraindrait à un aller-retour le jour-même.

Encore plus au nord, en poursuivant sur la route 9 jusqu’à la frontière bolivienne, on trouvera l’Inca Cueva (3000ARS/p + guide 5000ARS), une grotte avec des peintures rupestres.

Enfin, dans le coin nord-ouest argentin, entre la route 9 pour la Bolivie et la route 52 pour le Chili, plusieurs points d’intérêt comme la laguna de los Pozuelos et ses milliers de flamants roses, et de nombreuses formations géologiques. Malheureusement les routes ont mauvaise réputation et à notre époque (hiver) les flamants sont déjà partis bien loin…

Montagnes des 7 couleurs, Purmamarca

Ce jour, direction le village de Purmamarca. Pour cela, il faut redescendre en direction de Salta puis bifurquer sur la route qui mène au paso Jama, le plus septentrional entre le Chili et l’Argentine.

On passe par Humahuaca, un véritable village andin, vivant, coloré. Ici on trouve des spécialités comme les tortillas, des galettes de blé cuites au barbecue, fourrées ou non de fromage, jambon…

Quand on arrive à Purmamarca, ce n’est pas vraiment la même ambiance. Le village est bien plus petit, et très (TRÈS) touristique. Le stationnement est payant, les restaurants et boutiques de souvenirs abondent, et les locaux se cachent au milieu des hordes de touristes. Il n’empêche que la place centrale est plutôt mignonne, on en profite pour gratter un peu de wifi et siroter un maté.

Mais ce qui nous intéresse réellement, comme tout ce beau monde réuni en ce lieu, ce sont les fameuses montagnes des 7 couleurs. Plusieurs points de vue semblent exister. Nous choisissons Los Colorados (1500ARS/p) qui permet de faire une petite boucle d’environ 45 minutes pour observer les belles formations colorées.

Après une petite balade au travers du village, on reprend la route. Celle-ci s’élève à près de 4188m via une interminable série de lacets, la cuesta de Lipan, avant de redescendre sur un plateau d’altitude.

Prix : 1500 ARS/p

Salinas Grandes

Arrêt suivant, les Salinas Grandes, à la frontière entre les régions de Salta et Jujuy, qui proposent toutes deux une entrée. Il s’agit d’un beau salar blanc, semblable à celui d’Uyuni, où l’on récolte le sel depuis des générations.

Nous choisissons la deuxième entrée sur la route, celle de Salta, moins chère et qui permet de marcher sur le salar. A priori ce sont 14000ARS pour passer avec son véhicule personnel, contre 4000ARS/p pour entrer à pied. Dans tous les cas, un guide nous accompagne. Il nous explique le processus d’extraction de sel, les polémiques à propos de compagnies qui souhaiteraient exploiter les ressources de lithium… Et prend les photos classique de nous deux faisant les marioles autour des bassins.
Des salars, nous en avons vu un paquet. De toutes les couleurs, tailles, formes… Mais l’une des particularités des Salinas Grandes, ce sont les cavités creusées en forme de rectangle, dans lesquelles l’eau cristalline offre un magnifique contraste avec la blancheur du salar. C’est particulièrement photogénique.

Le guide est obligatoire sur le principe, mais après quelques explications, il retourne à l’accueil et nous laisse déambuler autour des bassins et rester autant que l’on souhaite.

On voit beaucoup de panneaux de protestation contre l’exploitation du lithium au sein du salar. Évidemment, qui dit mine dit également pollution des nappes phréatiques, comme c’est le cas dans bien d’autres régions d’Amérique du Sud. D’après le guide, le salar n’est pas encore exploité et les communautés locales s’opposent farouchement aux différents projets, mais pour combien de temps ?

Prix : 4000 ARS/p

Paso Jama

Fin de la partie Nord Salta pour notre part, mais il est possible de redescendre à San Antonio de Los Cobres via la route 40 pour réaliser une boucle et ainsi rentrer à Salta.

Nous prenons la direction du paso Jama pour nous rendre à San Pedro de Atacama au Chili. La route est parsemée de salars et villages poussiéreux, et on peine à trouver un spot abrité (et de l’essence !) pour passer la nuit. On s’arrête à Susques mais il n’y a pas âme qui vive à la station et John essuie quelques rafales de sable.

On trouve finalement une station à la sortie du village et on fera le plein au village de Jama, avant la frontière. Quant au spot de bivouac, ce sera plutôt de la survie ce soir. On s’arrête près de ruines en bordure de la route, en évitant les tas de sable (ce n’est pas vraiment l’endroit pour se planter), elles nous fourniront un abri précaire mais primordial.

A la douane, comme d’habitude, tout ne se passe pas comme prévu. Il semblerait qu’avec un véhicule chilien, nous ne soyons pas autorisés à sortir plus de 3 ou 6 mois consécutifs du Chili. A vrai dire, la loi aurait changé, ou serait différemment interprétée selon les régions et postes frontières. On n’est pas tant surpris, …

Sur le tip (formulaire rempli par la douane lors de la sortie de territoire), aucune date n’était indiquée, alors on joue la carte de l’innocence. Le douanier est sympa, il nous raconte ses vacances à Paris, et précise les incohérences dans son rapport. Nous verrons bien si on reçoit une amende…

Bilan

Les boucles de Salta n’ont certainement pas volé leur réputation, offrant une superbe diversité de paysages, formes et couleurs. Elles associent à perfection paysages grandiloquents de la Puna, vallées calchaquies et petits plaisirs (surtout la partie sud). Avec San Pedro de Atacama au Chili, elles constituent souvent les 2 grands road-trips d’Amérique du Sud, pour lesquels les voyageurs partagent généralement un véhicule. L’itinéraire est magnifique, tout en étant bien moins isolé que la Puna profonde et avec suffisamment d’hébergements et activités.

Les boucles sont souvent réalisées rapidement en 4-5 jours (location oblige) mais on aurait tort de se hâter et de ne pas prendre le temps de profiter de ces paysages formidables. Rien qu’à Cafayate, on pourrait aisément passer quelques jours rien qu’à faire le tour des domaines.

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