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Enchantement aux Esteros del Ibera

Lorsque nous avons imaginé faire le long détour vers les chutes d’Iguazu, l’idée était aussi de découvrir le nord-est argentin, souvent dans l’ombre de la Patagonie ou de Salta. Pourtant la province de Corrientes abrite un parc national immense qui jouit d’une faune riche et abondante qui n’a rien à envier à la forêt amazonienne. Le parc national des Esteros del Ibera, au même titre que les missions jésuites, revient souvent parmi les incontournables du nord.

Esteros del Ibera

Après le Pantanal (Brésil…), il s’agit de la deuxième plus grande zone humide au monde, elle s’étend plus de 4 millions d’hectares. Si de nombreuses réserves privées existent, la création du parc national est relativement récente (2018) et le fruit de la collaboration avec la fondation Conservation Land Trust (de Douglas et Kristine Tompkins, encore eux !)

La région regorge de faune et flore et reste encore profondément secrète et ainsi préservée. Nous aurons sans doute croisé plus de variétés et de quantités d’animaux en quelques jours ici qu’en 2 séjours en Amazonie (Bolivie, Équateur). On se croirait en safari, à rechercher des animaux en voiture ou sur les sentiers. On s’accoutumerait presque de la proximité avec les caïmans et les capybaras !

Plusieurs portails permettent d’accéder au parc. La ville de Carlos Pelegrini est souvent la plus fréquentée, étant également la plus accessible (bus) quand les autres accès nécessitent un véhicule et peuvent se révéler particulièrement excentrées et difficiles d’accès.

Faune

Par où commencer ? Sans doute par les capybaras, présents par centaines… Du matin au soir, on croise ces adorables peluches, tantôt craintives (avec leur petit cri distinctif avant de déguerpir) tantôt parfaitement accommodées de la présence humaine. Ils se baladent en plein milieu des campings.

On craignait de ne pas croiser de crocodiles mais on a rapidement été rassuré. Ils pullulent sur la plupart des sentiers en bord de marécage. Les yacarés comme on les appelle dans la région sont inoffensifs pour l’Homme et la plupart des mammifères, il n’est d’ailleurs pas rare de les voir partager la sieste avec les capys. En réalité ces prédateurs sanguinaires consomment essentiellement des escargots et des mollusques. Un mythe s’effondre !

On aura la chance de croiser 4 magnifiques guacamayos (grand ara) rouges au portail Cambyreta qui viendront se poser plus d’une heure à quelques mètres de nous. Des loutres traversent discrètement la pelouse, une tortue bronze en bord de route, les cerfs majestueux nous saluent au matin… Et des oiseaux, par centaines, colibris, rongeurs, chouettes, rapaces, renards, tatous…

En saison chaude, on peut également observer de nombreux serpents (vipères, anacondas…). C’est plus rare en hiver et malheureusement nous n’aurons pas la chance d’en croiser.

Liste des animaux croisés :

  • Capybaras
  • Rapaces
  • Oiseaux : paroare huppé (petit oiseau à crête rouge), rapaces, monjita dominica (petit oiseau blanc), carpinteros (pics-verts) et une multitude d’autres non identifiés…
  • Loutres
  • Guacamayo (grand ara rouge)
  • Gros rongeur non identifiés
  • Colibris
  • Cerfs des marais
  • Yacarés (crocodiles)
  • Chouettes
  • Tortues
  • Renards
  • Tatous

Portail Cambyreta

En arrivant par le nord (Corrientes capitale), c’est le premier portail accessible, à moins de prendre la route vers le sud en direction de Carlos Pellegrini, dont la réserve est payante. La piste est excellente malgré la météo compliquée à cette période. Sur la dernière partie, on croisera juste quelques flaques aisément contournables.

On roule sur une bande de terre, longeant de vastes champs et déjà quelques marécages où on aperçoit rapidement des capybaras, les plus gros rongeurs au monde. On en avait déjà aperçu en Amazonie bolivienne, mais c’est la première fois qu’on les voit de si près et en si grand nombre. John est ravi, on dirait des grosses peluches.

On croise aussi des sortes de pélicans roses, ils sont un peu trouillards et on ne parviendra pas à les prendre correctement en photos. A vrai dire, on s’arrête tous les 20m à chaque fois qu’on entrevoit un animal, alors qu’un panneau précisait bien de ne pas sortir du véhicule sur la route…

On arrive en fin de journée au campement. Les véhicules doivent rester sur le parking herbeux, en dehors du campement. Celui-ci est composé d’un bâtiment principal avec douches froides (on nous avait dit chaudes, mais nous n’avons pas eu cette chance), toilettes, prises électriques, poubelles, wifi (moyen), ainsi que de plusieurs quinchos, des abris avec table et barbecue disposés de part et d’autre d’une belle prairie. Quelques capybaras broutent autour. Un vrai paradis.

On est accueilli chaleureusement par les rangers qui nous présentent les quelques sentiers que l’on peut parcourir. On restera 4 jours, alternant de petites balades, des barbecues et juste de la détente au milieu de cette faune abondante.

Si le matin, les animaux se font plutôt discrets (le froid ?), ils sortent en cours de journée et le soir on a parfois une bonne quinzaine de capybaras dans le campement !

C’est fou, juste assis sous un quincho à préparer le dîner, on aperçoit tantôt des loutres traverser furtivement la pelouse ou des colibris virevolter tandis qu’un capy bronze au soleil à quelques mètres. Nos 2 copains à crête rouge, des paroares huppés, nous tiennent régulièrement compagnie, lorgnant sur les miettes du petit-déjeuner.

A plusieurs reprises, on fera le petit (1300m) sentier Curiyu Rape espérant croiser des crocos voire d’autres animaux insoupçonnés. Nous suivons un sentier herbeux bordé de quelques arbres et buissons, avec plusieurs pontons pour passer au-dessus des zones immergées. Un soir, on tombera sur une famille de capys jouant ensemble. D’ordinaire assez peureux, ils ne nous remarqueront à peine et on les observera de longues minutes.

Le ranger nous avait dit que des guacamayos (aras rouges) vivaient également dans le coin, passant parfois au-dessus du campement. Ce n’est qu’au 3ème jour, lorsque Camille entend un drôle de cri, qu’elle aperçoit 3 magnifiques aras posés sur une branche à côté de l’abri ! On est comme des gamins, c’est la première fois qu’on en observe dans leur milieu naturel, et ils prennent la pose, rien que pour nous !

Le dernier jour, on part faire le « long » sentier du portail. On peut rejoindre le départ en voiture ou simplement marcher depuis le campement, après tout on croise une profusion de faune déjà sur la piste qui mène au sentier. Discrets jusque-là, on découvre avec joie nos premiers yacarés ! C’est l’espèce de caïman locale, ils ne sont pas très gros, maximum 2m de long, assez fins, et parfaitement inoffensifs. On croisera même un capybara tapant une sieste à côté.

Le sentier est plat (comme toute la région), on marche tranquillement en cherchant les animaux cachés dans les marais.

Régulièrement on surprend un capybara posé sur le chemin qui réagit d’un cri aigu amusant avant de s’enfuir à toute vitesse (et mine de rien, ça court vite !).

On aperçoit au passage un magnifique cerf des marais ! Quelle élégance !

Nous qui craignions de ne pas croiser de croco, nous sommes servis, il y en a vraiment partout !

Portail Carambola

On passe par le village de San Miguel qui est le point d’entrée du secteur San Nicolas. On le sait déjà, la piste ressemble à un immense tas de sable et un 4×4 semble primordial mais à tout hasard, on demande à l’office de tourisme. Malheureusement, la dame nous confirme le mauvais état de la route, on ne se risquera pas. Dommage car on a entendu beaucoup de bien de ce secteur, peut-être le moins fréquenté du parc. En même temps, vu la qualité du chemin…

On se remet en route pour Conception, le village qui borde le secteur Carambola. Il reste une bonne soixantaine de kilomètres quand le ciel décide de s’abattre sur nous. On essuie des trombes d’eau et on commence à avoir de sérieux doutes quant à nos chances de rejoindre le camping du parc.

Quand on arrive à Conception, envahi par la boue, une immense fête est en cours. Les locaux sont tous en costume, un béret sur la tête. Des chevaux gambadent dans les rues. On se serait volontiers arrêté mais il pleut des cordes et la nuit approche à grand pas. On poursuit donc sur la piste jusqu’à l’entrée du parc et la cabane des rangers. Ils sont plutôt pessimistes quant à l’état de la route et à nos chances de rejoindre le campement. Le sable n’est pour eux pas problématique, avec l’humidité il sera tassé, par contre il y a une portion argileuse, de « tierra colorada », qui risque d’être compliquée à franchir. Ils ne s’opposent pas à ce que l’on tente le coup mais nous préviennent que leur 4×4 n’en est plus un et qu’ils ne pourront pas nous aider si on se plante, c’est rassurant. Attention aux huellas (tranchées) nous répète-t-il !

On décide de prendre le risque et on se remet en route. Ce sont 12km qui nous attendent jusqu’à la bifurcation puis 2km pour rejoindre le camping. La piste se détériore rapidement et on se retrouve à patauger dans un interminable tas de boue. On regrette déjà. A vrai dire on ne sait pas vraiment à quel moment la piste était censée se compliquer tant elle est catastrophique. Entre les passages glissants, les grandes huellas où on manque de rester coincé, les profondes flaques de boue, quel enfer…

Impossible de s’arrêter, on glisse à plusieurs reprises, les roues tournent parfois dans le vide, Camille monte sur la bordure du chemin pour avoir au moins une roue dans l’herbe, sur un sol à peu près ferme. On réussit enfin à s’arrêter sur un espace herbeux un peu plus large. On se regarde, sans solution. Impossible de faire demi-tour, c’est bien trop tard. On ne peut ni s’arrêter ni revenir en arrière au risque de ne jamais repartir. Après quelques minutes de pause, on y retourne. C’est encore long, on pense se planter plusieurs fois mais on parvient finalement à l’intersection. Allez plus que que… 2km ! Quelques portions sont un peu meilleures puis de nouveau des puits de sable, non on ne peut pas échouer maintenant !

Ouf, on s’extirpe de justesse au niveau du parking qui est constitué d’un sol herbeux, très humide mais relativement solide. Le centre du parking est une grande flaque d’eau mais on se réfugie sur le bord, au sec ou presque. On est sauvé !

Il pleut toujours sans discontinuer, on se met en quête d’un quincho, un abri couvert d’un toit avec des tables et barbecues. Il faut traverser un bois, un panneau indique le camping un peu plus loin. Lorsqu’on arrive, il y a un bâtiment avec des toilettes où virevolte une colonie de chauve-souris, pas d’électricité et aucun quincho en vue. On en rigole, qu’est-ce qu’on est bien venu faire ici… On était si bien dans notre campement, au milieu des aras, capys et crocos. Finalement, au bout d’un nouveau sentier à la recherche du précieux abri, bingo !

Il pleuvra sans discontinuer toute la nuit. Il ferait presque frisquet d’ailleurs. Dire que la température peut monter à plus de 40°C à certaines périodes de l’année… Au matin, enfin, la pluie s’est arrêté. On en profite pour explorer les environs, notamment le bosquet dans lequel on s’est perdu la veille. Il regorge de variétés mycologiques.

Mais aussi de papillons et quelques fleurs.

On croise alors les rangers qui sont de passage. Nous nous enregistrons. Ils nous demandent combien de temps nous allons rester… Le temps qu’il faudra pour que la route redevienne praticable, hors de question de se risquer une nouvelle fois !

Ils nous demandent également si l’on prendra une douche, sans doute pour chauffer l’eau. On acquiesce volontiers, après avoir sué de tout notre corps sur la route la veille. A 17h, on les verra allumer manuellement le réchaud à bois, allongés devant dans le froid… Plutôt rustique ! D’ailleurs l’eau ne sera pas réellement chaude et on déclinera les jours suivants, pour leur éviter cette contrainte. La journée, le bâtiment central est également pourvu en électricité et avec un bon réseau wifi, mais ils coupent l’électricité le soir.

On part faire un tour des quinchos, reliés par des petits sentiers détrempés au travers des champs ou de petits bosquets. Il doit y en avoir 4 ou 5, assez éloignés, auprès desquels il y a toujours une petite plateforme de bois (non abritée) pour y placer la tente. Les quinchos sont similaires à ceux du précédent campement, avec barbecue et tables mais sans électricité. C’est plutôt chouette pour les personnes en tente, cela permet vraiment d’être isolé dans un coin et facilite le passage des animaux. En revanche c’est un peu plus contraignant en van puisqu’on doit systématiquement retourner au parking.

Plutôt en fin de journée, ce qui s’explique par la fraîcheur du climat actuel, quelques capybaras se promène sur les sentiers, passant discrètement devant notre quincho. On croisera aussi des loutres, toujours furtives, ou des tatous sur le parking. Bien sûr il y a toujours quelques renards qui rôdent dans les environs à la recherche de nourriture.

Le jour suivant, le temps semble un peu meilleur, on part en exploration vers la rivière. On tente de suivre un ponton, mais celui-ci n’est encore qu’en construction, il nous faudra passer par la route. C’est encore bien gadoue, on se dit qu’on ne pourra jamais repartir d’ici. A pied, on essaie d’esquiver en contournant les larges flaques. On se rend à une petite tour d’observation, apercevant quelques capys dans les environs, puis on poursuit jusqu’à la rivière. Là-bas, le temps s’est comme arrêté. Les crocos font la sieste en compagnie des capys, quelques oiseaux se baladent. C’est très joli, très reposant. On profite de la quiétude des lieux pour savourer un maté en observant la faune sauvage. Dommage que ce soit un peu éloigné du parking et que la route soit dans un tel état, on serait bien venu ici pour bivouaquer et profiter de la vie animale au lever ou coucher du soleil.

Depuis ce petit port, il est possible de partir plusieurs jours explorer la rivière en bateau, en bivouaquant sur des spots définis. Cela doit être exceptionnel. Bien sûr, un guide est obligatoire et Argentine oblige, sans doute onéreux. Qui sait, peut-être pour une prochaine fois.

Enfin, on prendra un dernier sentier, partant de la route au port. On aimerait bien croiser des serpents, bien que ce ne soit guère la période, ou d’autres animaux comme un pecari, mais ce ne sera pas non plus pour cette fois. Le sentier est inondé par endroits et on ne croise que peu d’animaux, on finira par faire demi-tour.

Le soir, on profite de l’abri offert par le quincho pour se faire plaisir : barbecues, burgers, tiramisu… Décidément, c’est la belle vie !

La route serait en meilleur état d’après les rangers, malgré les pluies quotidiennes. On hésite longuement, on ne veut pas risquer de rester bloqué. Qui plus est, on aimerait se rendre au parc national Mburucuya, semblable aux Esteros, situé seulement à une trentaine de kilomètres, mais on redoute la piste argileuse de celui-ci, dont on a ouï dire la mauvaise réputation. Même si, par miracle, on parvenait à sortir d’ici, on ne veut pas non plus se planter sur la portion qui mène à cet autre parc, et on préfère rester quelques jours de plus ici plutôt que de ne pas être capable de poursuivre jusqu’à Mburucuya et ainsi dire adieu à cette magnifique région. Que d’hésitations…

Finalement on décide de tenter le coup, les prévisions météo des 2 prochains jours sont désastreuses, c’est un peu maintenant ou jamais. Évidemment, on fait ça en fin de journée, comme s’il n’y avait pas suffisamment de stress comme ça ! La piste pour sortir du parc est encore humide mais dans un tout autre état qu’il y a quelques jours et on s’en sort plutôt aisément. Ouf !

Parc national Mburucuya

Après nous être extirpés du portail Carambola, le plus dur semble encore à venir. Après une portion bitumée, on prend la piste en direction du village Mburucuya, porte d’entrée du parc éponyme. La piste est un peu rugueuse et surtout humide par endroits, on craint le pire. Quant on parvient à la bifurcation, on décide de tenter le coup et on fera demi-tour si l’on voit que la piste se complique. 1km, 2km, 5km, 10km… Non, la piste est en parfait état. Pas de boue, pas de traces, on atteint finalement le campement sans aucune difficulté ! Le sol semble argileux cela dit, il doit sans doute se dégrader après de fortes pluies.

En chemin on croise… une tortue ! Géante ! Elle repose sur le bord de la route, comme si de rien n’était. Super, un animal de plus coché sur notre liste, et nous ne venons qu’à peine de pénétrer dans le parc ! Diego est ravi de rencontrer un congénère, ça faisait un bail depuis l’Île de Pâques.

Arrivé au campement, on est chaleureusement accueilli par les rangers qui nous indiquent les différentes commodités. On peut se garer plus loin, au bord d’un quincho, avec électricité (lumière et prises électriques) cette fois ! Plus loin, il y a des barbecues, toilettes et douches (tiède au mieux). En leur demandant, on peut également obtenir le mot de passe du wifi (faible) près de l’accueil. A disposition de l’eau potable, de l’eau chaude (Argentine oblige) et des poubelles.

On ne sera guère épargné ces prochains jours par les conditions météo, comme prévu. Qu’importe, nous sommes dans un lieu agréable, en communion avec la nature, avec un abri à disposition. On en profitera pour manger (beaucoup), lire, écrire, et flâner dans les environs entre 2 averses.

L’hacienda (grande ferme agricole, d’origine coloniale) appartenait à d’anciens propriétaires terriens. Après la seconde guerre mondiale, un danois, Dr. Troels Pedersen se rendit en Argentine pour reprendre les exploitations achetées par son père. Dans une région marquée par l’agriculture intensive et la déforestation, il montra un grand intérêt pour la faune et flore originelles et s’engagea à les protéger et participer à leur restauration. Vers la fin de sa vie, il fit don de ses terres au gouvernement argentin pour la création d’un parc national, afin de poursuivre la protection de ce milieu qu’il avait entreprise et garder ce lieu comme mémoire.

Pour l’anecdote, mburucuya est le nom donné à la fleur de la passion (passiflora caerulea).

Désormais, les anciens bâtiments de l’hacienda sont utilisés par les gardes du parc comme accueil, musée… Des écriteaux fournissent diverses explications sur l’usage qui était fait de chacun d’eux : ancienne cuisine, boucherie, dispensaire… On reconnaît le style d’architecture de l’époque et les couleurs assez marquées.

Passionné de flore, il planta de nombreux arbres au sein de la propriété, communs à la région ou non. C’est ainsi qu’on croise d’innombrables orangers, palmiers, palo borracho… Au milieu errent sereinement capybaras, oiseaux, renards, biches…

Le ranger fait un tour avec nous, il nous présente quelques arbres et nous fait goûter des fruits inconnus. Il y a bon nombre d’agrumes, on s’est déjà fait avoir plusieurs fois par des oranges extrêmement acidulées. Il nous explique que ce sont en réalité des citrons pourtant très orangés et parfaitement ronds., il y a aussi des oranges amères et il nous montre le seul véritable oranger comestible ! Cette fois les oranges sont parfaites, très sucrées. On récupère un peu les vitamines perdues avec la météo des derniers jours !

Il y a beaucoup de ficus coupés. Un panneau explique qu’ils représentent un risque pour l’écosystème du parc et que tous les spécimens doivent être éradiqués.

Pour le coup, on avait été assez épargné par les moustiques dans les précédents portails du parc des Esteros, bien qu’en saison humide ils soient très nombreux. C’est moins le cas au sein du parc Mburucuya où les moustiques sont plus nombreux, notamment en début et fin de journée. Le premier soir, alors que l’orage s’annonce, des milliers de coléoptères viennent ricocher contre les lampes et tombent de toute part alors que John essaie désespérément de cuisiner en dessous. Ah la communion avec la nature…

Un tatou longe le bâtiment tandis qu’un renard fait le tour du camping. Il suffit qu’on tourne la tête quelques secondes pour le retrouver sur la table ce filou, le nez au-dessus d’une assiette ou du barbecue. D’après le ranger, il chaparderait également les chaussures !

Le parc dispose de 3 sentiers très bien maintenus permettant d’apprécier les différents environnements et les animaux qui peuplent chacun d’eux. Pour le coup, on observera moins de faune qu’à Ibera, notamment en raison de la densité de végétation. Le sentier botanique offre une petite balade autour de l’étang de l’estancia. Quelques panneaux présentent les anciens propriétaires et le don des terres à l’état. Ce n’est pas bien long, on peut voir quelques capys au bord de l’eau.

Les 2 autres sentiers sont un peu plus conséquents. Le sentier Che Roga est une boucle de 4,4km qui permet d’observer les différents biotopes du parc (palmiers, monte, lagunes).

Quand au sentier Yatai, c’est un aller-retour de 6,6km vers la grande lagune Santa Rosa. On peut y croiser capys, crocos et une multitude d’oiseaux.

Parmi les animaux les plus rares, on peut parfois observer toucans, singes hurleurs (on les entend parfois le soir !) ou encore loups à crinière.

Parc national El Chaco

On remonte vers le nord de la province de Formosa et on fait une halte dans le parc national El Chaco, aisément accessible par temps sec après quelques kilomètres de piste depuis le village de Capitán Solari.

On avait eu de bons échos du parc mais pour être honnête, ce fut une petite déception. Le parc est gratuit et il est possible de camper à l’entrée, un vaste espace est aménagé avec des sanitaires propres (et avec douche chaude !), électricité, barbecues, eau potable…

A notre arrivée le ranger nous annonce que tous les sentiers sont fermés pour cause de boue, à une exception près, la petite boucle du Rio Negro que l’on s’empresse de parcourir avant la nuit. A l’exception d’une passerelle qui franchit la rivière, le sentier ne présente pas un grand intérêt. D’ailleurs on est assailli de moustiques GÉANTS. En dehors de ça, pas grand-chose à se mettre sous la dent.

On profite d’un barbecue-raclette interminable et de la première douche chaude depuis des semaines. On demande la clé du wifi au ranger mais seuls les chefs la connaissant, tant pis pour nous.

Au matin le ranger nous annonce que la route est toujours fermée, il y aurait bien trop de boue sur la première portion, à priori même en 4×4 ils patinaient à certains passages. On peut néanmoins la rejoindre en coupant au travers du sentier Rio Negro de la veille mais ce sont 5km à parcourir pour rejoindre les lagunes. Nous n’avions pas prévu autant de distance, normalement on peut rallier le départ des sentiers en véhicule, mais tant pis on veut quand même profiter du parc.

On rejoint la route et on prend un premier sentier assez court mais la boue a raison de nous et on fait demi-tour avant le mirador. Retour à la route, assez monotone. A la moindre pause les moustiques en profitent alors on ne traîne pas trop. On aperçoit une biche au loin et puis plus rien.

Quand on arrive enfin à la boucle des lagunes, c’est avec déception qu’on constate qu’elles sont recouvertes de roseaux, impossible d’y déceler un quelconque animal ! Idem pour la seconde lagune, pas de crocos ni de capybaras à l’horizon malgré ce que leur nom laissait penser…

Et il faut encore rentrer ! Au retour on décide de suivre la route pour constater à quel point elle était en mauvais état. En réalité elle est quasiment sèche à part 1 ou 2 mètres de boue légère, on serait passé sans difficulté et ça nous aurait économisé bien du temps.

Et bien sûr, comble de l’histoire, au retour au campement des singes hurleurs se promènent dans les arbres. Finalement, on aurait mieux fait de rester sur place assis sur une chaise. On quitte le parc avec cette dernière note positive. Cela dit après les Esteros del Ibera nous sommes vraiment restés sur notre faim.

Parc national El Impenetrable

On a longuement hésité à passer par le parc national El Impenetrable, zone immense riche en faune et flore et qui abrite encore des communautés indigènes. Comme son nom l’indique, c’est un territoire isolé au sein d’une forêt luxuriante. La piste de plus de 60km qui y mène est souvent impraticable après de fortes pluies et il faut un sacré détour pour s’y rendre. Le parc est encore récent (2016) et méconnu, difficile de trouver des informations à son propos, notamment sur les sentiers existants.

Banado la Estrella

De longues heures de conduite nous attendent pour rejoindre le haut de la province avant de poursuivre en direction de Salta. On se pose au camping municipal du village El Colorado. L’accès est gratuit toute l’année, le camping est spacieux, vert, propre et bien aménagé au bord du fleuve, il y a même des douches chaudes !

La piste, ou plutôt la longue étendue de terre broyée, qui mène au village boueux de Fortin la Soledad est longue et tortueuse. On dirait qu’ils sont en train de refaire la route, elle est tantôt compactée tantôt dans un état très douteux, il y a même quelques centaines de mètres de sable. Ce doit être impraticable en cas de pluies récentes !

On arrive au village de Fortin, au bord de la réserve Banado la Estrella. C’est une immense zone humide connue pour ses hauts palmiers qui sortent de l’eau et une faune abondante, notamment en termes d’oiseaux. Il y a plusieurs guides dans le village qui proposent des tours en lancha (pirogue sans moteur). Nous partons avec Ismael Ruiz (+54 9371548-0678) pour un tour de 2h sur les eaux de la réserve. Nous avions hésité à réaliser une balade au parc d’Ibera mais les sentiers terrestres permettaient déjà d’observer de nombreux animaux.

La sortie est agréable, calme. On glisse sur les eaux à la recherche des animaux. Quelques poissons gigotent à la surface, des yacarés (caïmans) se repaissent au soleil, et des oiseaux virevoltent de toute part. Ismael nous signale une vipère qui fuit dans l’eau à notre passage, mais nous la manquons de peu.

Ces hauts palmiers sont magnifiques et se reflètent dans les eaux calmes des marécages. Ils nous rappellent la partie est du Chaco au Paraguay avant de parvenir à Asunción et qui était caractérisée par le même type de biotope.

Il n’y a qu’un mètre de profondeur environ et la zone est complètement asséchée en hiver, laissant place à un tout autre paysage. A priori nous sommes plutôt au début de la saison, les mois précédents particulièrement pluvieux ont inondé les environs.

Nous avons apprécié la balade, la zone est très belle et bien différente de ce que l’on avait vu aux Esteros. Côté faune il y a forcément un facteur chance quant à l’observation des animaux mais on observe bon nombre d’oiseaux colorés et les caïmans sont nombreux.

On regrette peut-être de ne pas avoir profité du coucher de soleil, quand les lueurs du crépuscule se reflètent dans les eaux et que le ombres des palmiers se profilent à l’infini…

On n’aurait pas non plus dit non à une heure supplémentaire pour s’éloigner encore davantage et peut-être croiser plus d’animaux.

Prix : 25 000/p

Bilan

Si Iguazu était clairement la raison de cette longue boucle entre la Bolivie et le nord Argentine, ce n’était décidément pas la seule merveille sur la route. La région des Esteros del Ibera mériterait le détour rien que pour ça. Nous y serons restés 2 semaines en communion avec la nature (et les éléments…), entourés d’une myriade d’animaux à seulement quelques mètres de nous. Et tout ça, dans des campements entièrement gratuits. Un de nos immanquables en Argentine !

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