Après avoir fait le long détour par le Paraguay pour atteindre les formidables chutes d’Iguazu, nous prenons la direction de Salta, notre prochaine grande destination au nord-ouest de l’Argentine. Nous traversons donc la province de Missiones, enclavée entre le Paraguay, le Brésil et l’Uruguay, riche d’une histoire dont elle a conservé le nom.
Mina Wanda

A la sortie d’Iguazu, nous prenons directement la route pour le sud. Il n’y a guère de bivouac aux alentours et plutôt que de redormir à côté du poste de police, nous préférons poursuivre jusqu’au village de Wanda, notre prochaine destination. Nous arrivons de nuit à Wanda et nous dirigeons vers les mines d’améthyste qui font la renommée du lieu. On se pose sur le parking, sous de grands arbres, et John part à la recherche des gardes pour s’assurer qu’on puisse passer la nuit ici. Pas de souci !
Dans la nuit, nous serons réveillés par un choc brutal sur le toit. Le vent, puissant, a fait tomber des branches sur le véhicule. Sur le moment, un peu la flemme de se relever pour bouger la voiture, heureusement pas de dommage ni d’autres chutes dans la nuit.
Quand on sort les pattes du van, vers 7h30, on se retrouve face à 2 larges bus garés à quelques mètres de nous. On savait que les mines étaient populaires, mais pas que les tours étaient si matinaux. On se croirait de retour à Iguazu. Qu’importe, on déjeune tranquillement au milieu du parking avant de se diriger vers l’entrée des mines. L’entrée est à 8000p/p et l’on se voit associer un guide pour nous deux. En plus il parle un français impeccable !
La visite durera environ une heure. Le guide nous présente l’historique de la mine, le type de pierres extraites ici et dans le reste du pays, le processus d’extraction puis de transformation… Il prend bien le temps de répondre à toutes nos questions.


La province de Missiones repose sur un socle basaltique de plus de 150 millions d’années. D’ailleurs, c’est non loin, dans la région du Rio Grande do Sul au Brésil que l’on trouve les plus importants gisements au monde. Quant à Wanda, c’est le plus grand gisement d’améthystes en Argentine, découvert en 1976. La mine reste relativement petite, employant une dizaine de mineurs, et travaille en collaboration avec plusieurs ateliers de polissage, joaillerie…
Pour la faire simple, des bulles d’air (ou plutôt, de gaz) emprisonnées dans la lave basaltique se sont peu à peu transformées en quartz, le matériau principal des pierres. Selon les conditions de refroidissement (temps, pression…), on obtient différentes variétés, du cristal de roche à l’améthyste, en passant par le jaspe ou la topaze. L’améthyste est une pierre fine, ou semi-précieuse, aux délicieuses teintes violacées dues notamment à la présence de fer. Plus elle est foncée, meilleure est sa qualité et donc son prix.
Nous parcourons quelques galeries de présentation pour observer les filons d’améthyste ou autres pierres à même la paroi.



Nous croisons différentes qualités et tailles, le guide s’amuse à nous faire deviner le type de pierre, sans doute pour voir si l’on suit. Raté, on ne suivait pas. Il y a du quartz simple, de l’agate, voire de l’onyx… Certains cailloux ont de curieuses formes !



Les mineurs sondent la roche pour détecter la présence de géode et ainsi extraire les blocs entiers de cristaux. Dans ces galeries d’exposition, les roches ont été ouvertes en 2 et laissées incrustées dans la roche. Il y en a vraiment de partout, ça brille de mille feux.

Fin de la visite, on se dirige vers la boutique où sont vendus divers objets et bijoux fabriqués localement à partir des cristaux extraits. On trouve de tout, de qualité variable et pour tous les budgets. Camille décide de se faire plaisir et s’offre une bague sertie de petites améthystes de bonne qualité (foncées), ainsi qu’un pendentif plus bon marché (clair).


On avait lu de tout sur la mine, au point d’hésiter à nous arrêter bien que ce soit sur la route : des visites bâclées, des guides pressants, qui insistent sur le tips (pourboire) parfois avant même de commencer, et des personnes qui haranguent les véhicules sur la route pour vendre de fausses pierres. Pour le dernier point, ce n’est forcément pas en arrivant de nuit qu’on aurait pu les croiser, mais pour le reste nous avons été agréablement surpris, et on le doit beaucoup à notre guide.


Prix : 8000/p (+ tips suggéré)
Route à San Ignacio
La région est connue pour la production de maté, cette herbe si chère au cœur des argentins. On aimerait profiter de notre passage dans la région pour réaliser une visite, elles sont souvent gratuites. On s’arrête dans la ville de Santo Pipo au musée Piporé, l’une des célèbres marques de yerba maté. Malheureusement, les visites ne se font désormais plus que les matins (et en semaine). Tant pis pour nous.
On arrive à San Ignacio pour la pause culture avec la découverte des missions jésuites. Mais avant ça, il faut déjà trouver un bivouac pour la nuit. On prend la direction du parc provincial Teyu Cuaré. Le chemin a l’air d’avoir été retourné par une tempête, des troncs et branchages traînent de partout. A l’arrivée le ranger nous explique que l’ouragan de la veille a pas mal saccagé la zone et que la plupart des sentiers sont fermés, de plus il n’y a pas d’eau et il n’est pas possible pour nous de passer la nuit sur le parking. Tant pis, on fait un petit tour aux 2 miradors qui sont aisément accessible et offrent de belles vues sur le rio Parana, et on retourne à San Ignacio.


Deuxième tentative, on se dirige vers les rives du fleuve sans trop savoir à quoi s’attendre. On découvre une superbe prairie bordée par les marécages. Il semble que la zone soit plutôt privée, on dénombre beaucoup de maisons de vacances. Les locaux ignorent si on a le droit de rester pour la nuit et c’est finalement le club de kayaks qui nous propose de nous garer sur le terrain à côté d’eux. Au coucher de soleil, les moustiques surgissent de toute part et on se couvre de répulsif. Ah la vie était tellement plus simple dans nos montagnes…


Missions jésuites
Au matin direction le centre du village et le site de San Ignacio Mini, la mission la plus restaurée et visitée du pays. Pour 15000p on peut visiter les 4 missions classées à l’UNESCO de la région (sous 15 jours). Nous n’avons prévu d’en faire que 3, la mission Santa Maria étant assez éloignée.
Instant culture
Au XVIème siècle, l’ordre des jésuites, nommé Compagnie de Jésus à l’époque, débarque au Brésil avec l’autorisation royale de créer un état autonome aux confins des actuels Brésil, Paraguay, Argentine et Uruguay. L’idée principale est d’évangéliser et d’instruire les populations locales tout en les préservant de l’esclavage dont ils sont victimes côté espagnol comme portugais. Disons que c’était un « mieux que rien » pour les indiens guaranis et cela leur permettait de rester avec leur famille.
Ils établirent plusieurs missions dans la région, appelées réductions, dont on peut aujourd’hui retrouver de maigres ruines. Tous les sites étaient constitués de la même manière : une grande place centrale, un temple, des talleres (ateliers), des habitations pour les jésuites et d’autres pour les indigènes, une école… De véritables villages !
Jugées bien trop prospères, le roi d’Espagne signa l’expulsion des jésuites par décret royal au XVIIIème siècle, avant que leur ordre ne soit dissout par le pape. Peu à peu, les missions furent abandonnées par les indiens, puis souvent détruites.
Les vestiges ont été redécouverts au XVIIIème siècle et la région porte aujourd’hui le nom de Missiones. Certains sites ont été restaurées et les missions déclarées au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1984.
San Ignacio Mini
On se rend au site le plus connu et restauré, au sein du village de San Ignacio. L’entrée coûte 15000p/p et le ticket inclut 4 sites majeurs : San Ignacio Mini, Santa Ana, Santa Maria et Loreto.
La visite commence par un petit musée qui expose quelques œuvres réalisées par les indiens guaranis dans le cadre des missions ainsi que des pièces retrouvées lors des fouilles. Cela permet de fournir quelques bases historiques avant de commencer la visite. On observe notamment beaucoup d’artisanat réalisé à l’époque par les indiens au sein des missions.
Nous ne disposons pas de guide, heureusement quelques panneaux sont disponibles pour fournir les explications. Un QR code sur chacun permet sans doute d’obtenir davantage d’informations mais pas de chance, nous n’avons pas internet et il n’y a le wifi qu’à l’accueil. Sans précision, difficile de comprendre l’histoire des lieux, d’autant que les ruines n’ont que rarement aussi bien porté leur nom, encore englouties de végétation.



John aperçoit d’ailleurs un réceptionniste qui en revient les bras chargés d’avocats. On fait un petit tour dans les bois et on revient nous aussi avec le sac lesté, ce sera completos ce soir !
Les ruines restent très belles, de couleur ocre, et la visite est finalement assez rapide. On se pose quand même sur un banc pour prendre le temps et siroter un maté en s’imaginant le village grouillant il y a quelques siècles. D’ailleurs, comme à Iguazu, il y a un distributeur d’eau chaude, plutôt pratique pour recharger le thermos ! Sacrés argentins.





On poursuit jusqu’au site de Santa Ana, à quelques kilomètres. Toujours pas de guide, ni d’explication, et le site est dans un entretien discutable. On se balade quand même, les ruines sont moins photogéniques qu’à San Ignacio et bien moins conservées. Ici, la nature a repris ses droits et il faut rechercher les vestiges au milieu des bois.







A vrai dire, on n’a pas trouvé la visite si passionnante. C’est toujours intéressant de voir d’autres ruines, mais on ne conseillera pas forcément lé détour sans guide. La visite a été rapide, on repart en direction des ruines de Notre Dame de Loreto.
Manque de chance, pas non plus de guide aujourd’hui, décidément ! Cela dit le gérant est très sympa, il nous propose de suite de rester dormir sur le parking cette nuit, et de nous laisser les toilettes à disposition. Il y a même un faible signal wifi et des prises électriques.
On part faire la visite des ruines, ce sont sans doute les moins conservées des 3 sites du jour. On erre dans les bois à la recherche de quelques ruines éparses dont il ne reste plus grand-chose. La balade est sympathique et, comme nous l’a dit le gérant, propice à l’imagination ! Alors on se prend au jeu, tentant de déduire que pouvait être tel bâtiment, à quoi pouvait bien ressembler ce petit village il y a quelques siècles…



On rentre au parking où l’on passera la nuit, préparant des completos avec nos avocats récoltés à San Ignacio. La grille est fermée pendant la nuit, nous serons seuls sur le site. D’ailleurs la guide sera là au matin et le gérant nous propose de refaire la visite (bien qu’en théorie le ticket ne soit valide qu’une seule fois par site) avec elle. On hésite, on ne voulait pas traîner au matin, mais ce serait dommage de ne pas saisir l’opportunité d’en apprendre davantage.
Au matin, on est donc reparti pour une visite du site, cette fois en compagnie de la guide. Elle nous explique le fonctionnement et l’origine des missions, puis leur chute, et elle s’étend davantage sur le site présent avec les différents bâtiments : ateliers, temple, habitations des pères jésuites ou des indigènes… C’est très intéressant et ça complète parfaitement notre visite de la région.
La mission de Loreto était la plus grande de la région, abritant près de 7000 guaranis à son apogée.

Prix : 15000p/p pour 4 sites
Bilan
La visite de la région de Missiones, au même titre que le passage par Iguazu, n’était nullement au programme initialement. Pourtant c’est une région emplie d’histoire qui contraste grandement avec l’Argentine que l’on connaît, tant celle de Salta, que de Patagonie ou ailleurs. Si on ne recommandera pas un détour spécifiquement pour cela, c’est un arrêt intéressant pour ceux qui passeront dans le coin. En revanche, les missions paraguayennes sont réputées pour être mieux conservées, et l’accès moins onéreux. D’autres missions peuvent également être visitées en Bolivie, au Brésil ou en Uruguay.

