Nous faisons nos adieux au Chili, premier pays de notre périple, pour repasser brièvement par la Bolivie et ensuite rallier le Pérou. Notre plan est de traverser la réserve nationale Eduardo Avaroa, communément appelée Sud-Lipez, en direction d’Uyuni. Nous retrouvons ainsi les hauts-plateaux de la Puna au cœur de l’hiver andin. Après plus d’un mois à arpenter ces territoires désolés, dans des zones bien plus isolés, nous avançons avec une certaine confiance.
Anatomie d’un désastre
Inconscience, irresponsabilité, manque de préparation… Chacun se fera son avis pour la question. Après tout, bien des gens considéreraient irresponsable la simple idée de partir seul voyager à l’autre bout du monde. Alors en voiture, à 5000m d’altitude, dans le désert… Pensez-vous !
Mais en toute sincérité, nous l’avions bien préparée cette expédition. Nous avons passé de longues semaines à étudier les routes, les options, les possibles échappatoires, à récolter les témoignages d’autres voyageurs les ayant empruntés. Nous sommes partis avec le matériel de secours, assez de nourriture pour un mois, des stocks d’essence, d’eau… Et les prévisions météo pour la semaine à venir, toujours sur plusieurs applications.
Nous n’avons en réalité laissé que peu de miettes au hasard. Pourtant, cette fois, ce fut celle de trop. Tout le monde fut pris au dépourvu, les tours opérateurs compris. Il n’avait pas neigé dans certaines zones depuis plus de 10 ans. Quels étaient les chances que cela arrive ?
Le Sud Lipez en autonomie
Le Sud-Lipez a très mauvaise réputation. Pour beaucoup, ce sont les pires routes qu’ils aient expérimenté en Amérique du Sud, et encore, il n’y a parfois même pas de route à proprement parler. Du sable, des cailloux, et surtout de hauts sillons (huellas) dans le sable tracés par les 4×4 des tours. La météo est évidemment imprévisible et peut évoluer drastiquement en quelques heures.
Nous avons longuement hésité avant de tenter le coup avec notre véhicule qui n’est, encore une fois, pas le 4×4 qu’il prétend être. John a déjà traversé le parc en vélo et sait que certaines portions sont impraticables, notamment sur la partie nord, la fameuse route des lagunes. En revanche les pistes du parc restent correctes, il nous faut simplement trouver comment sortir et rejoindre Uyuni. Certains commentaires évoquent une piste décente entre le village de Polques et celui de Villa Mar. Cela semble être une option plus qu’envisageable, et on demandera des renseignements aux rangers et agences au fur et à mesure pour savoir quelles pistes peut-on suivre.
Après coup, et si on excepte les conditions météorologiques auxquelles nous avons fait face, les pistes que nous avons empruntées nous ont semblé relativement correctes. Parfois bonnes, parfois en piètre état, parfois sableuses, parfois rocailleuses, mais jamais trop. A aucun moment la double traction ou une haute garde au sol ne nous ont semblé nécessaires. L’état des pistes du Sud Lipez est loin d’être le pire expérimenté en Amérique du Sud, et c’est une zone avec énormément de passage, on trouvera toujours une voiture pour nous venir en aide. Finalement, on est bien loin de l’isolation et rudesse de la Puna argentine.
Récit
J-1 : San Pedro de Atacama => Route 27
Nous bouclons les derniers préparatifs à San Pedro de Atacama : nourriture, infos douane, eau… On fait ensuite du change à un curieux taux bien trop avantageux pour nous… Pour 46 000 CLP on récupère plus de 600 bolivianos !
A la COPEC (station-service), on achète un nouveau bidon essence (20l), le dernier ayant éclaté (à l’intérieur du van…) sous l’effet de l’altitude, et on fait le plein avant de prendre la route. Lorsque l’on récupère le ticket de paiement, on constate que l’agent s’est attribué discrètement plusieurs euros de tips ! John est furieux, ce n’est pas la première fois que ça arrive ici.
En fin de journée, on monte en direction de la frontière pour dormir à une altitude intermédiaire à environ 3800m. San Pedro n’est pas si haut, et monter directement dans le Sud-Lipez bolivien n’est pas la meilleure idée qui soit en termes d’acclimatation !

On réfléchit à la suite de l’itinéraire, ne ferait-on pas le cerro Toco en cours de route ? On devinera aisément qui pose la question. A 5604m, c’est un sommet aisément accessible puisqu’une piste existe jusqu’à environ 5200m. En pratique l’accès à la piste est prohibé sans autorisation mais l’observatoire ne répond pas à nos mails et certains commentaires évoquent être monté sans problème. Le sommet ne représente pas un grand challenge à nos yeux mais offre sans doute des vues superbes sur le Licancabur et le salar d’Atacama, et c’est toujours un bon moyen d’acclim après être bien redescendu pendant près d’une semaine.
J1 : Route 27 => Refuge Laguna Blanca
Cette nuit, il a fait froid, et nous ne sommes qu’à 3800m, on craint un peu les jours suivants en Bolivie. Camille n’a finalement pas la tête à s’attaquer au cerro Toco, et on renonce à l’idée. Nous prenons directement la route pour le paso Hito Cajon avec la Bolivie. Arrivés au poste chilien, le douanier est particulièrement virulent envers nous. Il nous accuse de profiter de la loi, sans doute en achetant un véhicule au Chili pour voyager alors que nous n’y vivons pas et ne payons pas d’impôts. Bref, il semble particulièrement aigri en cette journée et après lecture de nos documents, il utilise la declaracion jurada (document où l’on s’engage à ramener le véhicule au Chili) pour nous refuser le passage. Celle-ci date de plus de 6 mois et doit être renouvelée.
Retour à San Pedro de Atacama, Camille râle tout le trajet envers l’aigreur du douanier. Heureusement, on trouve rapidement un notaire où réaliser le document. Évidemment, on a fait du change la veille et il nous reste à peine quelques pesos, mais la notaire accepte de nous le faire au rabais.
On fait une pause à la Franchuteria, qu’on avait évité jusque-là. C’est une boulangerie française hors de prix, mais on a bien besoin d’une viennoiserie pour nous donner un peu de baume au cœur. On repasse à la station-service, chaque litre d’essence compte, et on refait les 2000m jusqu’au col. Quel gaspillage de temps et de carburant…
Quand on arrive de nouveau au poste frontière, la tension est palpable. Le douanier consulte le nouveau document et cette fois nous laisse passer. Nous poussons un soupir de soulagement et déguerpissons rapidement avant qu’il ne change d’avis !
Côté Bolivie, c’est déjà moins compliqué. Premier contrôle migratoire dans un bâtiment à moitié abandonné puis contrôle douanier à l’entrée du parc. Nous payons les 150BOB/p pour l’entrée de la réserve. Sitôt l’argent en poche, nous n’existons plus pour le ranger. John pose des questions sur l’état des routes mais il ne semble pas écouter et se contente de hochements de tête en regardant son portable. Il ne faudra pas compter sur lui en cas de pépin.


Il est encore relativement tôt, on décide de marcher entre la laguna Verde et la laguna Blanca, pour profiter des vues sur le volcan Licancabur. John a prévu de le grimper demain et souhaiterait voir si la piste qui y mène est dans un état correct. En pratique il n’est pas permis de monter au Licancabur sans guide bolivien. D’ailleurs la piste est fermée quelques kilomètres avant le départ. Dans les faits chacun fera ce qu’il veut de cette info ! Néanmoins l’ascension du Licancabur représente 1200m de dénivelé, ce n’est pas à sous-estimer à cette altitude, d’autant en arrivant de San Pedro de Atacama.

Les lagunas Verde et Blanca sont magnifiques et le Lincancabur en toile de fond complète ce formidable tableau. Les flamants roses ont presque tous foutu le camp avec l’hiver, et un manteau de glace recouvrent parfois les lagunes. La piste qui passe au sud est dans un état très correct, mais nous ne parvenons pas à rejoindre le mirador au nord de la Verde, la faute à un long gué à moitié gelé.




D’ailleurs dehors il fait très froid. Le vent est infernal et nous fouette le visage. On retourne s’abriter près du refuge, c’est le seul emplacement autorisé pour dormir dans son véhicule. On se protège du vent en passant derrière le bâtiment et on mange assez tôt pour pouvoir se mettre au chaud. Demain lever à l’aube pour le Licancabur !
J2 : Refuge Laguna Blanca => Thermes de Polques
Réveil glacial ce matin, dans tous les sens du terme. Les vitres sont gelées, les bouteilles d’eau également, tout est couvert d’une fine pellicule de glace à l’intérieur du van !

Nous on a eu un peu froid mais avec nos nombreuses couches, on est quand même parvenu à dormir un peu. Il est tôt, John part grimper le volcan ce matin et on aimerait ensuite poursuivre la route jusqu’au village de Polques. On s’habille chaudement, on range le lit et c’est parti !
Ou pas. La voiture ne démarre pas ! Depuis quelques temps, nous avons pris l’habitude, entre le froid et l’altitude, que les démarrages soient un peu compliqués et prennent quelques secondes. Mais aujourd’hui, rien ne se passe. Pire encore, l’injecteur ne produit plus de bruit après quelques essais. Peut-être que le liquide de refroidissement a gelé. Avec d’autres chauffeurs, on pousse la voiture pour la mettre le capot au soleil.
Pendant ce temps, on fait un café, on attend. Lorsqu’on retente une heure plus tard, nous n’obtenons guère plus de réussite… On sollicite un couple d’iraniens, qui ont dormi à côté avec leur LandRover. Ils branchent leur batterie et parviennent à relancer la nôtre et nous faire démarrer ! La batterie était donc à plat.
Les chauffeurs boliviens nous confient qu’ils se lèvent plusieurs fois dans la nuit pour démarrer et faire tourner le moteur une trentaine de minutes. De plus ils changent la batterie nécessairement tous les ans ! Ils ajoutent également qu’ils roulent tous à l’essence, surtout pas au diesel qui peut geler dans ces conditions. C’est amusant, il y a toujours un débat essence/diesel en haute-altitude et chacun a un avis tranché sur la question. Bref, ils nous conseillent de rejoindre Uyuni au plus vite afin de changer la batterie et peut-être l’injecteur, sans quoi cela pourrait se reproduire. Cette nuit, la température serait descendue à -20°C !
John est déçu de devoir renoncer au Licancabur, cela faisait des années qu’il y pensait. Mais nous n’avons guère le choix, nous laissons la batterie se charger un peu et prenons la route en direction du nord.


Nous passons le Désert de Dali, montagnes colorées et passage connu du Sud-Lipez, et nous dirigeons vers le petit village de Polques et ses eaux thermales.


Nous sommes dépités de ne même pas pouvoir nous y arrêter et après discussion, décidons de passer le reste de la journée ici et de dormir dans le village cette nuit. On se lèvera à tour de rôle pour démarrer à différentes heures de la nuit et au pire, il y aura moult véhicules au matin pour nous dépanner.


On continue un peu après Polques pour rejoindre d’autres eaux thermales, au bord de la laguna Chalviri. Jadis gratuites / abandonnées, une famille fait désormais payer l’accès. Nous négocions à 10BOB pour 2 et passeront l’après-midi dans l’eau chaude et ce décor formidable. Malheureusement, ici aussi les flamands ont déserté ! L’eau est agréable, bien qu’on n’aurait pas dit non à quelques degrés de plus. D’ailleurs en cherchant bien, on parvient à trouver des zones un peu plus chaudes, d’où semble jaillir l’eau. Par contre la sortie est glaciale, le vent froid est puissant et on court jusqu’au petit bâtiment qui sert de vestiaire se mettre à l’abri.

On croise 2 amis suisses qui voyagent ensemble à bord d’un LandCruiser. Ils dormiront également dans le village ce soir et nous donneront un coup de main pour repartir demain matin si notre batterie nous fait défaut. Nous voilà rassurés !
A Polques on demande la permission pour se protéger du vent derrière une auberge et on fait vite à manger avant que le soleil ne se couche.
J3 (J0) : Thermes de Polques => Col sans nom
Dernier réveil à 6h45, la voiture démarre, hourra. La nuit a été entrecoupée de plusieurs réveils, dur dur de retrouver le sommeil à chaque fois.
On décide de profiter du lever de soleil aux thermes du village, cette fois à 15BOB/p. Nous sommes seuls pour le lever, les différents tours ne nous rejoignent qu’à partir de 7h30 et ne resteront qu’une courte demi-heure, on sera de nouveau tranquille ensuite. Il y a des vestiaires à disposition mais les douches ne semblent pas fonctionner (hiver ?). Dehors l’air est glacial, l’entrée et la sortie de l’eau se font quasiment en courant jusqu’aux vestiaires. La piscine de gauche (en sortant des vestiaires) est plus chaude, elle n’est pas très profonde, on peut s’asseoir ou s’allonger dans l’eau.


Une personne fait soudainement un malaise. Entre l’altitude et le contraste de températures, il vaut mieux être prudent, heureusement que quelqu’un veillait. 2h plus tard, elle n’aura toujours pas retrouvé tous ses esprits…
On finit par sortir, aujourd’hui on aimerait rejoindre Villa Mar et quitter le parc. Sur le chemin on veut quand même tenter d’observer les geysers et de rejoindre la laguna Colorada, alors une bonne journée nous attend. Le vent s’est déjà levé, on préfère payer un thermos d’eau chaude à 5BOB auprès de l’hospedaje et on prend un café au chaud avec nos amis suisses.
Il est temps de partir, on prend la route des geysers et on se gare le long de la piste principale. Le chemin pour les geysers est un peu plus compliqué à négocier, on ne souhaite pas s’y risquer. Camille n’a pas la force de marcher jusque là-bas, John s’y rend seul. A cette heure, il n’y a personne, c’est agréable de déambuler au bord des geysers qui pour le coup sont bien différents de ceux d’El Tatio au Chili, finalement à seulement quelques dizaines de km d’ici. Ils sont sans doute moins impressionnants mais les alentours offrent toute une panoplie de couleurs.






On reprend la route. Le vent ne cesse pas, il est glacial, le temps lui se couvre et il commence à neiger légèrement. On croise un cycliste en route, pour lui aussi la journée sera longue. Comme prévu, on prend la direction de la laguna Colorada, bien que le temps n’invite guère à l’optimisme. Le chemin est pourri, entre tôle et caillasse, mais toujours transitable en véhicule classique. Du moins, en partie. On passe un petit gué de rivière gelée avec un peu de réussite.


On ne distingue toujours pas la lagune malgré qu’on se rapproche, il fait sombre et la neige, toujours légère, gêne la visibilité. La majorité des chemins sur notre carte n’existent pas, on cherche sans succès le croisement pour rejoindre ensuite le chemin vers Villa Mar. On décide de poursuivre quand même jusqu’à la lagune et le mirador Los Flamengos, peut-être discernera-t-on un peu la lagune de là-bas, ce serait dommage de quitter le parc sans avoir pu profiter de ses plus beaux trésors. Évidemment, toujours personne. On marche le long de la lagune et on profite des superbes teintes rougeâtres et des milliers de flamants roses. Contrairement aux autres lagunes, ils n’ont pas encore quitté celle-ci, heureusement pour nous. Après la laguna Grande côté argentine, on désespérait de trouver une lagune encore peuplée de ses colonies de flamands.





Au bout du mirador, John demande au gérant du café confirmation pour le chemin qui mène à Villa Mar. Il faut remonter un peu en arrière, avant le gué gelé et prendre la piste qui part à l’est.


La neige s’est arrêtée, on trouve la bifurcation et la piste, pleine de tôle, reste praticable. On est dans le timing pour rejoindre Villa Mar avant la nuit. Le chemin s’élève et devient un peu plus compliqué mais rien de trop grave. Cependant sur la fin, la neige reprend son cours et le vent rend la progression compliquée. C’est un viento blanco comme on l’appelle ici, qui soulève la neige fraîche et rend la visibilité quasiment nulle. Lorsqu’on rejoint la piste principale pour Villa Mar, elle est entièrement blanchie. La couche est fine, mais le vent continue et on ne voit pas à 5m. La couche s’épaissit au fil des minutes, on ne peut désormais plus s’arrêter ni faire demi-tour. On poursuit en espérant que personne n’arrive en face de nous. On discerne à peine les bordures de la route.


Soudain, lorsqu’on parvient au col, à près de 5000m, on glisse une première fois, une seconde puis la voiture est brusquement stoppée par une épaisse couche de neige. On essaie de reculer, de repartir, mais les roues patinent dans le vide. Nous ne voyons toujours rien autour. Le vent est puissant, des rafales à 150km/h, et glacial. Nous sommes pris au piège.
Nous patientons, assis, sans solution. Il n’est même pas 16h, nous attendons sans savoir. On appuie régulièrement sur le klaxon pour prévenir de potentiels véhicules qui arriveraient en sens inverse. On ne voit pas à plus de 5m, ils ne nous remarqueraient qu’au dernier moment.
Un véhicule passe soudainement sur une piste intermédiaire, on klaxonne mais c’est déjà trop tard. On s’en veut de ne pas avoir été attentifs… et on reste à l’affût d’un autre véhicule qui passerait pour demander assistance. Mais personne ne passe, et le vent ne faiblit pas. L’épaisseur de la neige s’accroît peu à peu et la nuit arrive. Il faut s’y résoudre, on devra passer la nuit ici. Camille est paniquée. Elle est fatiguée, frigorifiée, et apeurée. La neige est tellement fine qu’elle parvient même à s’engouffrer à l’intérieur du van et s’accumule sur les bords de fenêtre.
Avant que le soleil ne se couche, on se résout à sortir pour faire le lit et se mettre à l’arrière du véhicule. Avec la tempête qui sévit dehors, il va falloir faire vite, très vite. On convient préalablement des étapes et du rôle de chacun. Un qui tient la porte, un qui fait le lit. En moins d’une minute, nous sommes derrière, couchés, « à l’abri ». Nous mettons toutes nos couches sur nous, sortons les duvets. Nous essayons de bloquer les entrées d’air et plaçons des cartons contre les vitres.
Le vent ne faiblira pas de la nuit, au contraire. Il fera trembler le van régulièrement. Son bruit sourd et strident résonnera sans discontinuer. La neige continuera de s’engouffrer peu à peu. Camille regardera régulièrement par la fenêtre si nous ne sommes pas ensevelis sous la neige. Quel cauchemar !
J1 après la tempête
Au lever du soleil, nous sommes toujours là. La nuit a été longue, glaciale, nous n’avons pas dormi. Finalement toutes nos couches ont été suffisantes pour résister au froid. Dans le lit, des monticules de neige sont présents, les draps sont mouillés, complètement gelés. Dehors une épaisse couche recouvre la route. La voiture est couverte de glace, il faut forcer pour ouvrir la portière.


John a réfléchi toute la nuit quant aux différentes possibilités. Il propose de remplir les sacs de nos affaires les plus précieuses et d’abandonner le véhicule. Il n’y a que 20km jusqu’au poste des rangers, nous pouvons l’atteindre en partant tôt. Nous ne savons pas si des tours passeront sur la route et ne pouvons pas attendre d’hypothétiques véhicules. Nous ne pouvons pas non plus rester ici, personne ne viendra nous chercher et avec l’intérieur du van humide, une autre nuit serait bien trop compliquée. On ne sait même pas si les rangers seront présents, mais il le faut…

Nous faisons rapidement les sacs. Chaque objet laissé est un déchirement pour Camille, aussi insignifiant soit-il. Nous ne savons pas si nous reverrons un jour le véhicule. L’important est ailleurs, il nous faut rejoindre la cabane des rangers impérativement avant la nuit. Nous fermons à clé, un dernier regard en arrière vers notre van, notre maison, et partons, 2 sacs chacun. Pour Camille, c’est dur. Entre la fatigue, l’altitude, la neige épaisse et les sacs lestés, elle peine à avancer. Elle ne voit pas comment elle pourra faire les 20km qui nous séparent des rangers.
On se retourne régulièrement, au cas où un véhicule arriverait. Toujours rien, tandis que la silhouette de notre van disparaît lentement à l’horizon. Soudain on aperçoit un 4×4 qui arrive du nord, au loin. Puis un deuxième, et un troisième. Mais ils ne réapparaissent pas, on craint qu’ils n’aient pris une route secondaire. Nous les perdons de vue de longues minutes. C’est un soulagement quand nous les apercevons en bas d’une combe, bloqués par une abondante couche de neige. L’un des véhicules tente de passer mais se plante après quelques mètres. La neige est épaisse et la légère pente rend toute progression impossible.
Un nouveau véhicule arrive derrière nous et tente de traverser en se servant de la gravité, mais il se plante à quelques mètres de l’arrivée. Les voilà qui sortent pelles et chaînes pour s’en dépêtrer. Un guide nous annonce qu’il peut nous emmener. Nous attendons qu’il donne un coup de main aux véhicules bloqués et nous montons à l’arrière de son 4×4, une vraie machine de guerre. Pourtant, il doit redoubler d’efforts et tracer sa propre piste pour se sortir de ce guêpier. En chemin il indique une zone où ils se sont plantés à l’aller. Forcément, nous pensons à notre van, nous ne pourrons jamais le sortir de là…


Il nous dépose à l’entrée du parc, au poste des rangers. On les informe de ce qui s’est passé, et on leur montre les photos du véhicule et l’emplacement de celui-ci. Le ranger nous dit d’attendre, il va contacter les autres postes de contrôle et nous allons tenter de secourir le véhicule dans la journée. Entre-temps, une ribambelle de tours débarque en file indienne, ils sont visiblement parvenus à trouver un passage au travers de la combe. Il semblerait que la météo ait pris tout le monde par surprise. D’autres groupes sont encore bloqués au bout du parc, à la laguna Blanca et au village de Polques. Certaines voitures sont même portées disparues, elles ne sont jamais parvenues à leur hébergement la veille. On sent l’inquiétude et la désorganisation des rangers. D’ailleurs le temps passe et ils ne parviennent pas à contacter d’autres postes. Ils ne disposent pas de suffisamment d’essence, le carburant est toujours un épineux problème ici en Bolivie.
Un dernier 4×4 revient, ils ne sont pas parvenus à traverser la combe enneigée en direction du sud. Le ranger lâche l’affaire et nous propose de nous rendre à Villa Mar pour attendre le lendemain, que l’on puisse essayer de secourir la voiture.
Le tour nous prend avec ses clients pour nous y déposer, nous sommes compressés les uns contre les autres à 8 dedans. La route est pourrie et le chauffeur est un pilote, Camille n’est pas bien et laisse échapper le dernier repas de ces 24h sur un bord de route.
Après 2h, on parvient à Villa Mar et le chauffeur nous conduit à un hébergement, et nous réclame alors son dû. 50BOB/p ! Évidemment il ne l’a pas fait par bonté de cœur… Mais nous n’avons quasiment pas d’argent, on négocie à 50 pour 2. En y repensant, on aurait dû refuser… Nous aurait-il vraiment laissés là-bas si nous ne pouvions pas payer ?
Idem pour l’hébergement, nous ne pouvons nous permettre les 150BOB demandés au risque de manquer d’argent pour rentrer à Uyuni, on négocie à 120 avec dîner compris. La douche est tiède, avec un faible débit. On se refroidit plus vite qu’elle ne nous réchauffe. Camille n’a pas la force. L’option internet est payante (10BOB) mais on la prend, nous en avons besoin pour communiquer avec les rangers. Le dîner, avec une bonne soupe chaude, un gros plat de riz-poulet et une tisane, est le meilleur moment de la journée. Ce soir, on se couche triste, inquiet, mais définitivement à l’abri. Une difficile consolation.
J2 après la tempête
La nuit n’a pas été si réparatrice, nous sommes plongés dans nos doutes et nos questionnements. On se lève à 7h30 et on envoie un message aux rangers, s’ils ne répondent pas ou disent qu’il est encore trop tôt, on prendra l’unique bus de 9h pour Uyuni. Nous avons besoin d’argent et nous préférons attendre là-bas. Le prochain bus est dans 2 jours, nous ne pouvons pas rater celui-ci, nous serons bientôt à court d’argent.
Le ranger nous répond rapidement, un véhicule va venir dans la journée et il peut nous récupérer au passage ! C’est un petit soulagement. On décide donc de rester et on attend impatiemment des nouvelles. Pourtant, elles ne viennent pas. Après quelques heures, toujours rien. En début d’après-midi, on relance les rangers mais nous n’y croyons plus pour ce jour, il commence à se faire tard.
Ils ne nous répondent qu’en fin d’après-midi, le véhicule est retardé et ne passera que le lendemain. Il nous transmet des photos de notre van, sans doute prises par un opérateur qui s’échappait. Il manque les bidons d’eau et d’essence sur le toit. Déjà ! Le ranger marque une longue pause à l’écrit. Il nous appelle, il est inquiet, il nous demande d’accourir rapidement, immédiatement. Mais comment ? A cette heure tardive ? Non nous préférons attendre leur véhicule qui doit passer demain à 11h.
En cours de soirée, un local vient nous voir. Avec la neige, il ne peut plus accéder à la mine où il travaille. Nous ne savons pas comment la nouvelle lui est parvenu, mais il nous propose de secourir l’auto pour 2000BOB. On ne sait trop comment ils envisagent ce sauvetage mais il semble déterminé. Après tout, 150€ pour sauver sa maison, c’est une somme risible, mais dont nous ne disposons pas sur le moment. Et nous plaçons beaucoup d’espoir dans ce providentiel véhicule qui arrive le lendemain.
J3 après la tempête
On se réveille à 8h, pour le coup nous avons bien dormi avec la fatigue. Le véhicule doit passer à 11h, John part charger de potentiels messages (le wifi ne fonctionnant que depuis la salle commune). 13 appels manqués ! Le ranger nous a envoyé un message à 7h quand le véhicule passait. Il est reparti… On doit se débrouiller par nous-même pour y aller.
Nous sommes abattus. Et furieux, ils avaient dit 11h ! Nous partons arpenter tout le village à la recherche de quelqu’un qui pourrait nous emmener. Mais les véhicules sont rares et l’essence précieuse. Nous ne trouvons personne. Les tours ne passent plus dans ce sens, le parc a été officiellement fermé jusqu’à nouvel ordre. C’est le désespoir qui nous accable. Dans notre infortune, un touriste s’arrête, nous tend un billet de 50$ pour nous aider et disparaît sans autre mot. Nous restons pantois, et curieusement réconfortés par ce geste désintéressé.
Mais nous craignons que ce fameux véhicule des rangers ne rentre ou parte à l’autre bout du parc pour secourir d’autres personnes. Nous craignons que la voiture ne soit cassée, désossée et complètement vidée. Nous craignons qu’il ne reneige, annihilant toute possibilité de sauvetage. Nous sommes désespérés, paniqués, nous courons comme des poulets sans tête dans le village désert de Villa Mar.
Soudain, un camion d’une autre époque débarque à l’entrée du village. C’est un ancien véhicule de l’armée suisse conduit par 2 français qui se rendent au Sud-Lipez. Nous les informons de la situation et leur confions également que le parc est fermé et qu’ils ne pourront sans doute pas poursuivre dans le parc, mais ils souhaitent avant tout nous aider. Nous prenons nos sacs et embarquons dans cette antiquité… L’espoir renaît, encore !
A l’intérieur, tout semble brinquebalant. Des placards s’ouvrent, des objets tombent, une porte claque… dans un vacarme métallique assourdissant. A vrai dire, ça ne semble pas les préoccuper pour autant. Casques anti-bruit plaqué sur les oreilles, ils semblent être accoutumés. Le camion est superbement aménagé, un vrai petit cocon : cuisine, douche, même un réchaud à bois ! Il dispose d’un mode 4×4, c’est un véhicule destiné aux vieilles pistes des montagnes suisses. Si lui ne peut pas nous sortir, rien ne le pourra.
Après quelques heures, nous parvenons enfin au poste des rangers. Ils sont soulagés que l’on ait trouvé une solution pour venir, leur chef veut qu’on secoure le véhicule rapidement. Il nous demande comment pensons-nous le sortir de là. Comment ? Il nous faut bien quelques secondes pour percuter. En réalité, ils sont aussi perdus que nous. Ils nous demandent d’accourir depuis 2 jours sans avoir aucune idée en tête. Ils sont simplement paniqués depuis qu’ils savent que les bidons ont disparu et craignent pour le reste du véhicule. Ils sont volontaires mais tristement dénués de moyens et d’idées. Quant au véhicule promis, oh ce n’est pas une déneigeuse, ce n’est pas un engin de chantier… C’est un petit 4×4 bien incapable de passer la combe et encore moins de nous traîner.
Encore un coup au moral, mais nous partons néanmoins avec de rares espoirs portés par nos sauveteurs du jour. Le 4×4 nous précède pour montrer la voie, avec 4 rangers à l’intérieur. Nous parcourons aisément les 10 premiers kilomètres. Il reste peu de neige sur la route, ça semble avoir un peu fondu ces derniers jours, cela nous soulage un temps. Leur véhicule est plus rapide et se faufile, parfois sur la route parfois en dehors. Nous le perdons de vue et éprouvons quelques difficultés pour grimper une pente, nous patinons dans une épaisse couche de neige et devons sortir pour déblayer la route.

Alors que nous avons pu nous échapper et que nous approchons de la combe redoutée, le vent se lève. Le viento blanco, encore lui. Devant, le véhicule des rangers est arrêté. Nous patientons de longues minutes mais le vent redouble d’intensité. La neige pénètre à l’intérieur de l’habitacle, les vitres gèlent, la température a drastiquement chuté en quelques minutes.


On décide de faire demi-tour, nous avons tout à perdre à rester dans ces conditions extrêmes. Nous revivons la même scène d’horreur qu’il y a plusieurs jours, nous ne pouvons prendre le risque que d’autres véhicules restent bloqués. Ce sauvetage est un échec, nous rentrons au poste abattus, une fois de plus. Chaque jour apporte plus d’espoirs, et chaque redescente est ainsi plus brutale.
Nous profitons tout de même d’une soirée agréable dans le camion en compagnie de nos nouveaux compagnons @fbw_project_vanlife. Cela nous fait du bien de discuter, de s’évader quelques heures, comme dans n’importe quel salon de chez nous. Chez nous, c’est là-bas qu’on souhaiterait être… On ne les dérangera pas pour la nuit, les rangers nous offrent également l’hospitalité dans une chambre. A l’intérieur, les températures sont négatives, ils dorment à plusieurs dans le même lit, en uniforme, pour se maintenir au chaud.
J4 après la tempête
La nuit a été glaciale, nous nous sommes blottis dans nos duvets sous une bonne couche de couvertures. On a tout de même pu se reposer et on est prêt à retenter le coup. Le 4×4 providentiel des rangers est reparti, il ne reste plus que les 2 rangers, nous, et les autres français. Nous embarquons tous à bord du camion. A peine 2km plus loin, on doit s’arrêter, le liquide de refroidissement du camion a gelé. Nous sortons dehors pendant qu’ils vidangent pour le dégeler au soleil. Les minutes passent et l’espoir s’éloigne à nouveau. Pour nous c’est un énième coup dur.
Les rangers repartent à pied chercher leur véhicule et nous prennent avec eux pour qu’on essaie de se rapprocher du van. Nous laissons nos nouveaux compagnons derrière, en espérant qu’ils parviennent rapidement à redémarrer le camion.
On réussit à atteindre la combe, toujours aussi enneigée, mais on parvient à la contourner puis à rejoindre le véhicule. Il est entièrement gelé, toujours entouré d’une épaisse couche de neige. Idem à l’intérieur, dessus, dessous, sous le capot…
John s’affaire avec les rangers pour essayer de dégager la voiture et creuser un tremplin sur le bord de la route. A l’aide d’un bâton de rando, on essaie de briser la glace qui recouvre le moteur. A cet instant, nous n’y croyons plus vraiment. Le camion n’arrive toujours pas, et nous ne voyons pas comment on pourrait sortir la voiture de là. Camille commence à remplir des sacs d’affaires au cas où l’on devrait, une nouvelle fois, la laisser là.


La batterie est à plat, on met celle des rangers à la place. On réussit enfin à démarrer après de nombreux essais. Tout est prêt, mais ils n’ont pas de corde pour tirer la voiture. C’est un gag sans fin. Pas de plan, pas d’essence, pas de corde… Comment secourir une voiture avec rien ? Un bon mètre de hauteur reste à franchir pour sortir de la chaussée enneigée. A cette altitude, sans élan, jamais le van n’aura assez de puissance pour sortir…
Au loin on aperçoit le camion qui arrive, l’espoir revient, encore une fois. John court leur indiquer le chemin, laissant Camille essayer de sortir le véhicule. Un nouveau 4×4 passe par là, tractant une autre voiture bloquée depuis plusieurs jours. Le chauffeur propose de prendre sa place. Il tente des grands coups d’accélérateur mais la voiture patine, il recule légèrement et soudain, le voilà qui s’extirpe de la route par le tremplin !
Allez, pas de temps à perdre, tout le monde en selle et on prend la direction du refuge ! Dire qu’on ne pensait pas un jour nous rasseoir sur ces sièges… D’ailleurs elle n’a rien perdu pendant sa semaine au froid, la voilà qui trace hors-piste, traverse la route, contourne la combe et file vers la liberté ! Quand nous parvenons au poste, c’est un immense soulagement. De la joie, de la reconnaissance pour ceux qui nous ont aidé… Nous sommes épuisés mais infiniment soulagés.


Nous profitons d’un apéro auprès de nos compatriotes, dans leur chaleureux camion. Ce soir, nous festoierons tous ensemble ! Nous préparons un petit repas réconfortant que nous partageons en compagnie des rangers. C’est un beau moment de convivialité. Leur chef, originaire de Quetena Chico, rêve de faire de son village un San Pedro de Atacama bolivien. C’est un doux rêve. Nous sortons nos derniers alfajores d’Argentine, gardés pour une grande occasion, nous n’en aurons pas de meilleure.
Pour la première fois depuis 4 jours, on dormira dans notre van, glacial, mais trop heureux de retrouver notre lit que l’on n’espérait plus.

J5 après la tempête
Aujourd’hui, on se lève avec un grand projet, rentrer à Uyuni. La batterie démarre, incroyable. Par contre le moteur chauffe considérablement. Le liquide de refroidissement est complètement à sec, on l’avait pourtant vérifié la veille. Nous n’en avons plus en rab, alors on remplit d’eau pour compenser, pensant à une fuite. On redémarre mais le moteur continue de chauffer. On inspecte, cherche une explication. En fait, il manque une courroie ! Nous l’avons sans doute perdue lors du sauvetage. Tout était gelé, elle a certainement rompu sur la route. On tente de fabriquer une courroie de fortune avec une sangle cousue qu’on retend plusieurs fois. Ça semble tourner… On ne perd pas de temps et on prend la direction de Villa Mar.
Après quelques kilomètres, le moteur ne refroidit plus. En effet, la courroie ne tourne plus. On recoud la sangle plus courte et on repart. On fera cela toute la journée. Parfois, on parvient à rouler quelques centaines de mètres, parfois tout juste une dizaine. Et c’est la batterie qui nous fait désormais défaut, elle est à plat, n’étant plus alimentée par l’activité de la courroie.
On tentera tout : recharger la batterie avec celle du camion, resserrer la sangle, échanger les batteries, resserrer la sangle, brancher la batterie sur le panneau solaire, resserrer cette satanée sangle… Rien n’y fait.


A vrai dire, c’est Dan qui se démène pour trouver des solutions et retendre inlassablement la sangle. De notre côté, nous touchons aux fragiles limites de notre inexpérience. On se sent démuni, dépourvu d’idée, inutiles et pessimistes.
Mine de rien, le temps passe. Il se fait tard et nous sommes encore bien loin de Villa Mar, impalpable éden. Nous abdiquons, nous ne parviendrons jamais là-bas par nous-mêmes. Ils doivent nous tirer.

On enlève le pare choc et on attache la chaîne à l’armature. On la place au mauvais endroit, au premier à-coup un violent bruit métallique résonne, nous avons tordu la carrosserie. Pas le temps de se morfondre, on enlève la chaîne et on la replace sur une partie plus solide. C’est reparti.
Les 20 derniers kilomètres sont interminables, il faut freiner peu à peu dans les descentes, essayer de garder une distance idéale, tout en évitant que la chaîne se prenne sous un pneu. Les à-coups sont terribles, on pense que la voiture va se disloquer à chaque fois. On se sent impuissant, on veut juste que ça se termine. A la nuit tombée, on parvient enfin au village, encore une fois épuisés et abattus. On retourne à notre auberge, essayant de nous ressaisir et de réfléchir aux options à venir.
J6 après la tempête

Guère d’espoir ce matin. On se motive quand même pour chercher un providentiel mécano dans le village, mais on se prépare déjà à faire l’aller-retour à Uyuni pour récupérer une courroie. On ne sait même pas où chercher, les locaux nous redirigent plusieurs fois jusqu’à ce qu’une dame appelle quelqu’un à l’intérieur d’une maison. Un petit jeunot sort, sans doute son fils. Il empile quelques outils dans sa brouette et nous suit jusqu’au véhicule.
On lui explique brièvement le problème, à vrai dire on termine la plupart de nos phrases en parlant de l’aller-retour qu’on prévoit déjà à Uyuni. On veut seulement savoir s’il peut nous trouver la référence de la courroie et s’il sera capable de la replacer quand on la ramènera. Mais il est volontaire, il observe longuement les rouages et propose de tester quelques courroies usagées qui traîne chez lui. Évidemment, aucune n’est à la bonne taille. Il décide de ne pas relier l’un des engrenages, facultatif selon lui, et parvient à placer une des courroies. On fait un petit tour dans le village pour vérifier, ça semble tenir !
On remercie chaleureusement notre héros du jour. La courroie devrait tenir jusqu’à Uyuni, et on pourra la remplacer là-bas par la bonne référence. 130BOB nous répond-il, après qu’on lui ait demandé combien lui devait-on. Seulement 15€ pour 2h de travail, qui plus est sur les courroies. D’ailleurs on le paie en dollars, n’ayant quasiment plus un boliviano en poche, pas de souci pour lui.
On reprend enfin la route, plein d’espoirs, encore… Rien n’est fait, il nous reste 195km à parcourir dont 48km sur une piste douteuse et surtout il nous faudra vite trouver du carburant. La piste est bien pourrie, on se demande où passent les 10 BOB demandés pour la maintenance, mais on arrive sans problème à Alota. On fait le tour des tiendas, hospedajes… à la recherche du précieux fluide mais les stocks sont à sec. On finit par trouver un comedor qui accepte de nous en vendre, qui plus est à un prix décent. John doit négocier pour payer en dollars, avec de beaux billets bien propres, et finit par obtenir les quelques litres nécessaires pour atteindre Uyuni.
On est reparti, cette fois pour de bon. Ce soir, nous arrivons enfin à Uyuni !
Bilan
Le Sud-Lipez reste une de ces régions mythiques, incontournables de l’Amérique du sud. Elle offre un beau condensé de ce que la Puna peut offrir : lagunes colorées, peuplées de flamingos, paysages lunaires, volcans majestueux… Pas aussi isolée que l’altiplano argentin (et heureusement pour nous), elle peut se réaliser en autonomie avec n’importe quel véhicule, moyennant une logistique sans faille et une étude minutieuse de l’itinéraire. Et, accessoirement, d’une bonne météo !
Dans un voyage, on dit souvent que s’il ne se passe rien, il n’y aura rien à raconter. On est sans doute bon pour quelques temps… Au cœur de ce chaos de sable et de glace, nous retiendrons l’entraide et le soutien qui nous ont permis d’y croire et de sauver le véhicule. Les rangers, les voyageurs, les touristes, les locaux, et toutes les personnes qui, de près ou de loin, nous ont soutenu à leur manière…
Cette expérience, d’une rare intensité émotionnelle, nous aura profondément marqués. On aimerait penser qu’elle nous a renforcés, que nous en sommes sortis changés, grandis et prêts pour un nouveau voyage. C’est sans compter le cruel épilogue. Quelques jours plus tard, un terrible accident viendra définitivement mettre un terme à notre aventure à 4 roues. Se relever pour mieux retomber, amère morale.

