Après Cochabamba, direction le parc national Sajama près de la frontière chilienne. On rejoint des amis avec qui l’on a prévu l’ascension du nevado Sajama, point culminant de la Bolivie. Des collectivos permettent de s’y rendre depuis La Paz ou Oruro en passant par Patacamaya ou le village de Lagunas. Le prix de l’entrée est de 100bs et valide environ une semaine.
Village
Sajama, le village principal au pied du volcan éponyme, est plutôt charmant et accueillant. Malgré le tourisme, il a su conserver son authenticité (et rusticité). On y trouvera plusieurs logements assez sommaires (et particulièrement froids), des guides pour les ascensions et quelques mini-tiendas avec le nécessaire : pâtes, boissons, médicaments voire quelques rares légumes.
Côté restaurants, on est bien loin d’un El Chalten ou, côté Bolivie, d’un Samaipata. On pourrait sans doute les compter sur les quelques doigts d’une main amputée. Cela dit on recommande chaudement le petit comedor dans la rue principale (-18.136132, -68.975741) qui propose de chaleureux almuerzos/cenas à 15bs. Pas pléthore de choix, ce sera surtout de la milanesa (escalope panée) d’alpaga ! Accompagnez-le d’un Coca Quina, le soda local à 4bs, et vous vous sentirez comme chez vous.
Il y a du réseau (en tout cas pas de problème avec Entel) et même de l’eau « potable » à l’entrée. Pour en avoir bu sans la filtrer, nous n’avons pas rencontré de troubles digestifs.

Guides
Pour ceux qui aimeraient s’initier à l’alpinisme et gravir leur premier 6000, le parc Sajama est un lieu privilégié. Il offre sans doute les tarifs les plus attractifs d’Amérique du sud avec le Huayna Potosi à La Paz.
Si toutes les agences de La Paz proposent de s’y rendre, on conseillera grandement de passer directement par un guide du parc. Outre de faire tourner le commerce local, les tarifs sont bien plus abordables notamment pour une raison logistique. Quasiment chaque hôtel dans le village est en lien avec l’un des guides (qui en est généralement le propriétaire) et propose les ascensions. Tous ne disposent néanmoins pas de la même expérience ni d’une vraie formation, le terme de guide en Bolivie est bien souvent galvaudé. Certains guides ont mauvaise réputation, il suffit de parcourir un peu les groupes facebook pour s’en rendre compte. Pour notre part, et même si certains ont eu des expériences plus discutables, on a été très satisfait du service offert par Nelson de l’hôtel Oasis
Pour avoir fait le tour des hôtels, les prix sont assez harmonisés. L’hôtel Oasis (Nelson) semble être le plus sollicité, du moins à notre passage, mais les différents guides s’associent parfois pour réunir plusieurs clients. Tout dépend ensuite de l’ascension, si l’Acotango ne présente aucune technicité, on privilégiera sans doute un guide reconnu et certifié pour des ascensions plus risquées. Pour en avoir discuté avec des guides boliviens, quelques jours peuvent suffire pour obtenir la certification, nous sommes bien loin des standards français. Certains ne connaissaient même pas les nœuds basiques de l’alpi !

Le «sachiez-vous» ?
En 2001, en guise de protestation suite à la décision de la FIFA de prohiber les matchs internationaux à La Paz en raison de la trop haute altitude de la ville, des guides boliviens se sont retrouvés au sommet du nevado Sajama, point culminant du pays, pour disputer un match de foot à 6542m ! L’idée étant de prouver que l’altitude n’était pas un frein à la pratique sportive.
Thermes
Le parc est connu pour ses nombreuses sources thermales, officielles ou non.
Thermes de Dona Ines
Pour le premier jour, on décide de se rendre aux thermes de Dona Ines, un peu plus loin que les thermes officiels. On a prévu d’y rester jusqu’au lendemain matin.
L’entrée n’est pas indiquée, il vaut mieux prévenir la dame de votre arrivée. On a de la chance, elle est devant sa maison à discuter avec d’autres voisins. L’entrée est à 30bs/p la journée et on peut rester dormir sur le parking (tente ou véhicule). On lui demande l’état du chemin, elle nous répond « no tan bueno ». 2 jours à peine après avoir été tractés par un engin de chantier, un frisson nous parcourt. Après qu’elle nous ait ouvert l’entrée, on suit la clôture puis on se dirige vers le parking, à environ 500m. Le chemin est sans doute correct en temps normal mais avec les récentes pluies diluviennes, beaucoup de boue et on profite de l’effet de gravité pour passer. Pour demain, espérons que ça sèche un peu !
Le parking est parfait, plat et en gravier, situé à 50m du bassin. Le chemin est un peu marécageux, boueux et glissant, puis un petit pont permet d’accéder aux thermes, plutôt rustiques dans le bon sens du terme. On y reste tout l’après-midi !


Retour au van pour dîner, on profite d’un coucher de soleil exceptionnel, seuls au monde (si on fait abstraction du millier d’alpagas qui broutent paisiblement).




Ce soir, alors que la température a radicalement chuté après le coucher de soleil, on retourne aux thermes pour profiter du ciel étoilé et faire le plein de chaleur avant de s’emmitoufler profondément dans nos couvertures.


Rarement la nuit aura été aussi calme en Bolivie. C’est souvent tout ou rien, le brouhaha urbain ou le silence de la pampa. On préfère quand même la seconde version. Lorsqu’on s’extirpe du van au matin, il fait encore frisquet, heureusement que les premiers rayons du soleil sont là pour nous réchauffer. On prend un rapide petit-déjeuner et on retourne aux thermes une dernière fois ! Un groupe de locaux arrive une heure plus tard, lorsqu’on ressort. Le timing est parfait, on aura pu en profiter seuls pendant près de 24h ! Ils tiennent en laisse un jeune lama qui n’a que quelques jours, il tient à peine sur ses pattes.



On reprend la voiture pour faire le chemin inverse, il n’a pas tant séché depuis la veille et on est à deux doigts de s’embourber mais on parvient tout de même à passer. Quand on arrive à la maison de Dona Inès, elle n’est pas là et la clôture est fermée. On arrive à enlever le cadenas en tripatouillant un peu et on peut récupérer la piste pour rejoindre le village.
Prix : 30bs/p
Thermes officiels
Quelques jours plus tard, après l’ascension du volcan Acotongo, on se rendra aux thermes officiels du parc, ceux indiqués sur les différentes cartes et panneaux. Ce sont les mieux aménagés sur le principe mais aussi les plus prisés.
On décide évidemment de s’y rendre en van, il faut dire qu’ils ne sont pas à côté du village. La plupart des gens optent pour un taxi afin de s’y rendre. On pourrait marcher jusque là-bas, mais le retour après avoir traînassé dans les sources thermales peut s’avérer relativement long… A vrai dire la route est un peu pourrie et à l’approche d’un gué, on préfère poser le véhicule plutôt que de prendre le risque de rester coincé. On marchera les quelques kilomètres restants.
Sur le chemin on croise un petit bassin thermal qui semble gratuit même si l’eau n’est pas si chaude que cela. Quand on arrive au complexe (qui semble en perpétuelle construction), on nous informe que le prix est de 30bs/p avec serviette comprise. Il y a des vestiaires, un potentiel restaurant et des douches froides (mais l’eau chaude des thermes, c’est déjà un peu comme une douche, non ?). Si on revient le jour suivant, l’entrée est à moitié prix (mais sans la serviette cette fois).

C’est un grand bassin thermal, bien plus grand que chez Dona Inès, où on peut longuement traînasser. Dommage, il manque quand même de quoi s’asseoir dans l’eau, à part des quelques marches pour accéder au bassin. Les vues, comme dans tout le parc, sont superbes, et on restera quelques heures à en profiter. D’ailleurs on y retournera le dernier jour avant de quitter le parc !
Prix : 30bs/p
Randonnées et ascensions
Mirador Monte Cielo
2km, 270D+
1h
Une bonne petite balade d’acclimatation après être arrivé au parc de Sajama. Directement depuis le village, une piste par tout droit en direction du volcan Sajama. Fin du plat après environ 1km avec un chemin pierreux qui s’élève brusquement entre les quinuas (arbres) jusqu’au mirador Monte Cielo qui offre de belles vues sur le parc. En face, les 2 jumeaux Parinacota et Pomerape surplombent le village riquiqui de Sajama. Derrière, le volcan éponyme, toit de la Bolivie, se dresse majestueusement.




La balade est courte et vaut le coup d’œil, même si l’altitude et l’air sec se feront rapidement ressentir. Sans doute à privilégier tôt le matin quand le soleil est encore indulgent.

Geysers et rando des lagunes
Entre-temps nos amis en sac à dos sont arrivés au parc et ont prévu la randonnée des lagunes pour la journée. On souhaitait profiter des thermes au matin plutôt que de partir à l’aube les rejoindre, tant pis on renonce à la boucle complète. Plutôt, on gare le véhicule au village et on marche à pied en direction des geysers. La piste est discutable, pas sûr que le van serait passé de partout. On peut aussi louer les services d’un taxi pour s’économiser ces longs kilomètres de pampa sans grand intérêt. Mine de rien, ce sont quand même 8km jusqu’aux geysers, qu’on fera en aller-retour.

La zone géothermale est plutôt sympa, ce ne sont pas d’immenses geysers comme ceux que l’on verra du côté de San Pedro de Atacama quelques mois plus tard, mais il y en a pour tous les goûts. On se balade au milieu observant les diverses formes, couleurs et bouillonnements. On peut faire trempette dans le ruisseau qui circule au milieu mais l’eau est à une température tiède et il n’y guère d’espace pour se baigner.










Au retour, on croise les copains en sacs à dos. Ils nous disent beaucoup de bien de la randonnée, la partie avec les lacs au pied des montagnes serait vraiment formidable. Par contre les 2 accès depuis Sajama ou par les thermes sont longuets et bénéficieraient d’être écourtés par un taxi.

Volcan Acotongo
~7km, 700D+
~4h
Plus d’un mois après le douloureux échec du San Francisco, Camille souhaite retenter l’aventure, cette fois en compagnie d’un guide et avec les copains. Le rythme lent des cordées et la compagnie d’autres personnes au niveau équivalent peut être un réel plus par rapport à l’expérience précédente. Qui plus est, les 700m de dénivelé paraissent risibles face aux 1200m du San Francisco. Mais il ne faut pas non plus le prendre à la légère et re-commettre les mêmes erreurs. L’ascension se fait de nuit et les températures peuvent chuter drastiquement !
On est en contact avec Nelson de l’hôtel Oasis. C’est l’un des guides les plus prisés du parc, en tout cas le plus demandé à cette période de l’année. Les tarifs sont sensiblement les mêmes que les autres guides sur place et bien plus intéressants que ceux des agences de La Paz.
Nous avons rendez-vous aux alentours de 17h pour le briefing. Pour le coup un peu de retard, il donne la même heure à tout le monde et chaque groupe lui prend aisément 30 minutes. Il nous fait part du tarif individuel, 600bs (50€) qu’il baisse de lui-même à 570bs en raison du nombre de personnes. Ensuite il fait le tour de chaque équipement technique et vestimentaire : chaussures, veste, pantalon, gants… et fournit tout ce qui manque à chacun. Nous avons déjà tout ce qu’il faut mais on en profite pour obtenir quelques trucs un peu plus épais. On prend les crampons au cas où mais le groupe du jour ne s’en est pas servi. Pas non plus de piolet, ça se fera en bâtons. Une journée d’alpinisme en haute montagne avec transport, guide, matériel pour seulement 50€, il n’y a que la Bolivie pour offrir cela !
Rendez-vous demain, 1h ! La nuit sera courte, on retourne à notre terrain de foot bivouac et on fait le plein de forces pour le lendemain. Comme tous les soirs, ça caille et on doit orienter le van face au vent pour pouvoir cuisiner à l’abri derrière, toute une logistique.
Le réveil sonne, on ingurgite un petit sandwich préparé la veille et on rejoint l’hôtel. Petit maté de coca également préparé à l’avance et on finalise les sacs. C’est parti pour une bonne heure de route jusqu’au point de départ à environ 5300m. La piste est en partie maintenue par les miniers mais la dernière partie est infranchissable sans véhicule tout-terrain. Même notre 4×4 doit s’y prendre à plusieurs reprises sur certains passages : haute altitude, pente raide, tas de sable, neige, nuit… Encore une fois, on était trop ambitieux, la titine ne serait jamais passée.
On parvient au point de départ, on s’équipe avec les baudriers et on déclenche les frontales, c’est parti. La première partie est plutôt tranquille, assez plane. On ne s’encorde que bien plus tard quand la pente se raidit. D’ailleurs c’est un moment long, bien long quand on est déjà marqué par le froid. Il faudra de longues minutes pour sécuriser tout le monde. On sautille, on agite les orteils, on souffle sur les mains mais rien n’y fait, on est frigorifié. Camille peine à sentir le bout de ses pieds, elle ne parvient pas à les réchauffer. C’est aussi le cas d’une autre française dont les mains sont complètement gelées.
On se remet en route et on attaque une série de lacets dont on ne voit pas le bout. Lorsqu’on parvient sur la crête, les vues deviennent superbes. Elle est assez large, il n’y a aucun risque. La neige quant à elle est épaisse et on s’enfonce régulièrement.

Le soleil commence à se montrer, illuminant les flancs de la montagne. Au loin se dévoilent les sommets du parc Sajama et côté chilien, le Guallatiri et ses fumerolles permanentes.

Le temps est parfait, les lueurs fantastiques. On profite de ce regain de chaleur pour poursuivre jusqu’au sommet qu’on discerne enfin. Le 3ème groupe marque une longue pause, la française ne parvient pas à se réchauffer les mains. Finalement après de longues minutes à penser qu’ils allaient redescendre, les voilà qui reprennent la marche en avant. A 7h30, on parvient tous au sommet. Les vues sont formidables, la météo toujours parfaite, on peut profiter pleinement. Chacun se fend de ses 50 photos.

Pour Camille, c’est un soulagement, un sentiment de fierté immense après le cruel échec du San Francisco quelques semaines plus tôt. Malgré le froid et l’appréhension, elle aura su surmonter ses angoisses et relever brillamment le défi.



Maintenant il faut rentrer. La redescente est bien plus rapide, on coupe à travers un couloir où certains s’essaient à la luge improvisée. La pente est sacrément raide, ils dévalent plusieurs centaines de mètres en quelques secondes.


Une fois en bas de la pente, on se retourne pour observer les 2 voies, celle par laquelle on est monté de nuit et qui dévoile d’innombrables zigzags, et le couloir que l’on a pris pour redescendre, où les luges humaines recouvreraient presque les pas.


Camille ne récupère toujours pas ses orteils malgré la chaleur du jour. Un passage aux thermes dans l’après-midi n’y changera rien, le froid a détruit les nerfs et elle ne recouvrera pas de sensations avant plusieurs mois. Comme si ça ne suffisait pas, le trajet retour en 4×4 est… sportif et fait vite redescendre l’euphorie. Quelques minutes avant d’arriver au village, c’est le repas du soir qui ressort sur un coin de route ! Elle enchaînera par une bonne sieste à l’arrivée pour se remettre du voyage. Heureusement que ça ne s’est pas produit à l’aller !
Bilan ascension
L’Acotongo ne dispose pas de glacier, il est même entièrement nu avant que ne revienne la saison des pluies. Sans neige récente, les traces sont bien visibles, dans les faits l’ascension pourrait aisément se faire en solitaire à condition de pouvoir rallier le point de départ. La route est clairement dégueu et la dernière portion impassable en véhicule classique. A pied cela représente une sacrée trotte depuis le village de Lagunas mais on pourrait aisément envisager l’approche en vélo.
Techniquement le sommet ne présente aucune difficulté et se monte souvent sans équipement. Physiquement les 700m ne sont jamais à négliger à cette altitude mais représentent un dénivelé très raisonnable pour une première ascension. Tous ces éléments font de l’Acotango l’un des 6000 les plus accessibles au monde.
Pour ces raisons notamment l’ascension offre un taux de réussite assez élevé, bien plus que le Huayna Potosi. Outre le côté météo, les personnes qui s’attaquent à l’Acotango ont généralement davantage d’acclimatation que pour le Huayna (le parc Sajama étant situé à plus de 4000m), que certains entreprennent peu après sinon dès leur arrivée à La Paz.
Volcan Parinacota
J1 : 20km, 915D+, 6h
J2 – Ascension : 4km, 1142D+, 5h30
J2 – Retour : 24km, 2000D-, 2h (descente depuis le sommet) + 4h (retour depuis le refuge)
Normalement, nous ne devions arriver que bien plus tard au parc Sajama. John avait déjà prévu une petite liste de sommets graduels le long de la frontière Bolivie – Chili pour restaurer la confiance de Camille avant d’aborder les volcans du parc. Mais le destin est passé par là, ou plutôt une proposition de nos amis Sac à Deux : grimper le Sajama.
Patatras, à peine arrivés au parc le ranger nous informe que les ascensions sont interdites en cette saison. Pourtant 2 voire 3 guides (du parc et de La Paz) nous ont fait venir en prétendant le contraire ! Forcément, quand on a déjà commencé à se projeter sur cette aventure, la déception est à la hauteur de ce géant des Andes et toit de la Bolivie, au moins 6542m.
D’ailleurs il est face à nous, il nous nargue, avec son cône blanc fabuleux et ses séracs immenses. Pour John, qui n’avait pourtant jamais envisagé son ascension auparavant, c’est une motivation suffisante. Citant modestement Georges Mallory : « parce qu’il est là ». Et il est beau, grand, blanc, effroyablement parfait.
Tant pis, ce sera pour une prochaine. On a un plan de secours et il s’appelle le Parinacota, maigre compensation du haut de ses 6348m. D’ailleurs John le connaît bien pour y être déjà monté il y a quelques années avec 2 compères en autonomie. Mais c’était un autre temps, le sommet était peu pourvu en neige à cette époque (décembre), permettant une ascension en pleine journée sans équipement, et ils avaient réalisé l’approche en VTT.
Cette fois le dôme est entièrement blanc. Pas de risque avalanche mais il faudra cramponner. Direction l’hostel Oasis une nouvelle fois pour la location de chaussures, crampons et piolet (230bs pour 2 jours). Pierre sera de la partie, tout fraîchement baptisé de l’Acotango la veille, et qui recherche un défi plus prononcé. Le plan est simple : on marche, on grimpe, on rentre.

A l’époque nous avions pu bénéficier du refuge au campo base. D’après les guides celui-ci est fermé et les propriétaires ne sont guère… sympathiques. John tente de demander aux rangers. Après avoir téléphoné à la moitié de la Bolivie, il trouve le détenteur de la clé qui est à… La Paz. Il faudra attendre le lendemain qu’il revienne et payer la nuit au refuge : 50bs/p. C’est plus cher qu’un hôtel dans le village pour un refuge sans eau, sans électricité et sans service. Tant pis, on fera sans.
En théorie les sommets du parc sont libres d’accès, il n’y a pas de red tape autre que payer l’entrée du parc. Il est simplement requis de s’enregistrer auprès des rangers. Dans les faits, le garde n’est que peu disposé à nous laisser partir seuls et John doit redoubler d’efforts (et une dose de pipeau) pour qu’il nous donne son aval. Rien ne nous aurait empêché de nous y rendre dans tous les cas, mais si on peut éviter de se mettre en porte à faux…
Lorsqu’on reviendra le lendemain, ils ne seront pas à la cabane et nous ne les informerons que le surlendemain de notre retour. Est-ce que cela aurait changé quoi que ce soit de ne pas les prévenir ? Nous en doutons, tant que quelqu’un d’autre est au courant.
Mais revenons-en à cette épopée. Départ à pied depuis le stade, on fait nos adieux aux filles. Il est 11h, on suit un chemin indiqué par le ranger mais on ne trouve jamais le pont qu’il nous promettait. Traversée à gué de la rivière puis des grands pâturages marécageux pour rejoindre le chemin à l’opposé. La progression est délicate, il y a de la gadoue un peu partout et on doit sauter entre les touffes pour éviter les flaques. Après avoir rejoint le chemin, on atteint la bifurcation pour le Pomerape, c’est celle que nous prendrons. Il reste bien 7km et encore un sacré dénivelé. Le chemin est pourri, plein de sable, ce qui ralentit la progression. Nos sacs sont chargés au possible, on aurait bien aimé se délester de la tente et des matelas en accédant au refuge.


Les derniers kilomètres sont interminables et on est soulagés de voir apparaître le refuge après une énième grimpette. 17h, il fait encore jour, on a respecté nos délais. A l’arrivée évidemment on vérifie si la porte est fermée. Dommage. On fait le tour du bâtiment et là… Miracle, une fenêtre brisée ! (promis, ce n’est pas nous)
L’espace n’est pas bien large et il faut se faufiler habilement mais la récompense en vaut la peine : une nuit à l’abri ! Pas de tente à monter dans le vent et on va pouvoir cuisiner tranquillement. Le refuge est sensiblement dans le même état qu’à l’époque. Toujours pas d’eau ni d’électricité. Les lits et matelas sont encore présents mais plus de couverture. Dire qu’on aurait pu s’économiser quelques kilos dans le sac !
Allez, on lance les nouilles et un petit maté de coca pour le lendemain matin, un peu de yaourt à boire pour la touche sucrée. On prépare toutes les affaires pour le lendemain et au lit ! Pour le pipi, il faut repasser par la fenêtre… Hum ok, ça attendra le lendemain.
Réveil à 1h, la nuit a été courte et pas forcément réparatrice, mais on est resté au chaud. Petit déjeuner à base de yaourt, flocons d’avoine, banane et fruit de la passion, avec un maté de coca pour accompagner, le grand luxe. On se faufile à travers notre fenêtre et c’est parti.
Il faut d’abord remonter en direction du col entre les 2 volcans jumeaux, des traces fraîches sont présentes. Avant de parvenir au col, les nombreuses traces se dispersent et on choisit de monter droit dans la pente. On cramponne assez vite, celle-ci est très inclinée et la progression devient compliquée en chaussures. Guère de questions à se poser quant à l’itinéraire, c’est tout droit ! Il fait agréablement doux et la pleine lune illumine la montagne, nous n’avons même pas à allumer les frontales.
On fait 2 petites pauses pour s’hydrater mais on grimpe assez vite et avec notre trajectoire directe, on devrait arriver de bonne heure au sommet si rien ne vient troubler l’allure. Derrière, le Pomerape nous sert de repère visuel quant à l’altitude, nous savons qu’il est 100m inférieur au Parinacota.
Pourtant, à 4h environ, le vent commence à se lever. Il est glacial, puissant. Les mains et pieds se refroidissent en priorité. A l’approche de la fin de la nuit, le froid se fait toujours plus puissant et désormais les rafales soulèvent la neige fraîche et nous fouette le visage, un viento blanco comme ils disent ici. Alors que nous avançons dans les lacets tracés par les groupes précédents, nous marquons une pause à chaque virage à gauche, en sachant qu’au virage suivant nous serons exposés au vent de face. La barbe, les cheveux gèlent.
Nous nous soutenons du regard, entre grimace et sourire fatigué. Au sol le vent draine la poussière neigeuse telle un ruisseau qui scintille. Le lever du soleil est interminable, cela fait plus d’une heure que nous avons entrevu les premières lueurs et toujours rien. Il se fait attendre, au moment le plus difficile. Il surgit enfin quand nous atteignons le cratère, comme une récompense. Le différentiel de température est énorme, nous gagnons près d’une dizaine de degrés en seulement quelques minutes.


Le cratère est immense, tout de blanc vêtu, mais il reste encore quelques mètres jusqu’au sommet. L’envie n’y est pas vraiment mais nous poursuivons le long de cette ultime crête jusque là-haut à 6348m.





Un certain soulagement, une fierté d’être parvenus jusque-là malgré les éléments, mais il est encore trop tôt pour se relâcher. La redescente est longue et directe, on descend encore une fois droit dans la pente via l’itinéraire classique de descente (en tout cas en été). On se laisse glisser sur les fesses jusqu’en bas, le piolet fait d’ailleurs un bon frein ! En période sèche la neige laisse place à du sable qui permet de descendre très rapidement presque en courant.


En bas c’est un bon tas de cailloux qui nous accueille, il faut rester concentrer pour ne pas se faire une cheville, heureusement que les chaussures d’alpi protègent bien la cheville. On retrouve le chemin qui nous a mené la veille au refuge, il faut remonter un peu maintenant. Chaque bosse est un calvaire, les jambes n’ont plus de jus. On se pose de longues minutes sur un rocher avant d’entreprendre la dernière difficulté du jour, l’incursion par la fenêtre. L’idée de profiter d’une sieste est contrebalancée par la volonté de rentrer rapidement. Ce sera le second choix, on range les affaires (pas trop vite non plus) et on prend la route.
Et c’est qu’elle est longue cette route, interminable même. La chaleur est étouffante, le sol se dérobe, on atteint de nouveau les marécages en cherchant comme on peut le bon chemin. On finira par le trouver, il est complètement sous l’eau, on pourrait le prendre pour un ruisseau. Il nous servira au moins de direction. On arrive enfin en début d’après-midi, les filles nous repèrent au loin et lancent quelques pâtes à la milanesa. On est quand même mieux chez soi…
Bilan ascension
Pour avoir réalisé 2 fois l’ascension (saison sèche et humide), clairement il s’agit de 2 expériences bien différentes. L’absence de glacier rend le sommet très peu technique : pas de crevasse, pas de sérac… Cela dit il faut toujours se renseigner sur l’état de la neige et le risque avalanche.
L’itinéraire est suffisamment simple pour être abordé de nuit à condition d’être bien équipé, il peut faire très très froid au Sajama et à cette altitude le temps peut varier drastiquement en quelques minutes.
Si la descente est un peu plus longue dans la neige que dans le sable (qui amortit les pas), la montée en période sèche dans le sable surmonté d’une croûte de neige est un vrai calvaire. On doit maîtriser chaque pas pour ne pas reculer de 3. C’est éreintant ! Sur neige compacte, les crampons facilitent grandement la progression.
Le refuge est fermé en l’état et quasiment jamais utilisé (la quasi-totalité des groupes montent en un jour). On doute que la fameuse fenêtre soit réparée dans le futur, un commentaire mentionne déjà cette fenêtre cassée il y a plus d’un an. Maintenant, il vaut toujours mieux prendre la tente pour pallier toute éventualité.
Il n’y a pas d’eau sur toute la dernière partie. A moins d’avoir de la neige à proximité du refuge (ce qui n’était ni le cas en janvier, ni en avril), il faudra acheminer toute l’eau nécessaire ! A l’époque nous avions filtré de l’eau directement depuis les marécages à environ 8km du refuge. Ensuite, plus rien. Du sable, de la roche, seulement des larmes !
Si un véhicule normal peut parvenir à la bifurcation, c’est 4×4 obligatoire pour la suite. En vélo, il n’était guère possible de poursuivre plus loin, à moins d’avoir des pneus larges (3″).






Autres possibilités
- Sajama : c’est le toit de la Bolivie du haut de ses 6542m ! Au-delà de ça, ce n’est pas un sommet très technique mais son ascension sur glacier nécessite une vraie expérience et l’équipement idoine. Sur le principe il est interdit de novembre à mai. Le glacier change en permanence pendant la saison humide, rendant l’ascension particulièrement dangereuse.
- Pomerape : le soi-disant jumeau du Parinacota. Dans les faits, il ne lui ressemble pas vraiment : glacier, crevasses… Le sommet est bien plus technique. Les personnes qui ont grimpé le Parinacota la veille nous ont signalé des avalanches au niveau du Pomerape. Attention aux conditions !
Le volcan est bien moins grimpé que ses confrères, il est probable que vous n’y croisiez personne d’autre. - Bosquet de queñuas : le queñua est un arbre endémique d’Amérique du sud, parfois appelé arbol de papel pour son écorce brune qui se détache comme du papier. C’est un arbre qu’on retrouvera en Cordillère Blanche (Pérou) ou encore au Chimborazo (Equateur) en altitude lorsqu’il n’y a plus de végétation.
- Laguna Huayna Khota : pas fait le détour par la lagune, qui est à une bonne trotte du village, mais on a vu passer de jolies photos avec le Sajama en fond.
Bilan
Quelle merveille ! Alpacas à foison, eaux thermales et géants enneigés, le parc national Sajama est un lieu formidable où l’on pourra vagabonder paisiblement comme entreprendre l’ascension de ces immenses volcans dans un paysage époustouflant. Nous y serons restés près d’une semaine, entre randonnées et détente avec les copains. Le parc est assez peu touristique, à vrai dire on y rencontre essentiellement des français (amour des montagnes ou de l’aventure ?) et offre suffisamment d’activités pour convenir à chacun. Le village a su garder son charme et les locaux sont très accueillants.

