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Boucle de Quilotoa

Après quelques jours de détente (ou presque) du côté de Banos, il est temps de remonter dans la Cordillère pour le trek le plus connu d’Équateur, celui de Quilotoa. On connaît bien pour avoir fait le tour du cratère ensemble il y a quelques années. Quant à John, il a déjà réalisé la boucle 3 fois, dont 2 à vélo.

j
D+
Dénivelé positif
km
m
Altitude max
m
Altitude moyenne
mm/j
Flotte

Itinéraire

Il y a 2 écoles. Celle qui préfère partir du cratère afin de bénéficier d’un dénivelé bien plus clément, notamment sur la première journée, et celle qui préfère garder la cerise pour la fin. Nous sommes dans ce deuxième cas. Après tout, le dénivelé reste raisonnable et la découverte du cratère au dernier jour fait toujours son petit effet. Si les paysages restent très plaisants sur l’ensemble du parcours, ils sont bien loin de la majestuosité de la caldeira.

Il y a bien des années, ce fut le tout premier trek de John. Une signalisation quasi-inexistante, pas de carte numérique, pas de topo, à l’époque il se souvient de la surprise à la découverte de cette immense caldeira. L’idée de le faire en sens inverse est impensable.

Le trek classique consiste à partir de Sigchos mais il est également possible de rallier directement Isinlivi, voire Chugchilan. La portion entre Sigchos et Isinlivi est plaisante mais peut être supprimée au besoin. Néanmoins le jour suivant entre Isinlivi et Chugchilan offre de beaux paysages au travers du canyon Toachi, ce serait dommage de s’en priver.

Logistique

Tous les villages offrent leur lot d’hébergements, qui plus est en demi-pension, à des tarifs très raisonnables (autour de 20$ avec les repas). On peut arriver la veille et dormir à Sigchos pour commencer tôt le premier jour (ce qui n’est pas forcément nécessaire, sachant que c’est la journée la plus courte).

Isinlivi possède 2 superbes auberges puis Chugchilan et Quilotoa présentent une offre large d’hébergements.

Le camping est possible dans la plupart des auberges (à part peut-être au village de Quilotoa), mais le bivouac est également envisageable. Le seul spot officiel est celui dans le cratère, au bord de la lagune, appartenant à la réserve Los Illinizas. Cependant d’autres spots existent :

  • Isinlivi : au bord du village. Il y a un point iOverlander.
  • Chugchilan : de nombreux spots sont possibles dans le canyon lorsque l’on longe la rivière. Sinon il est envisageable de dormir au niveau du mirador du canyon Toachi. Il y a un abri pour faire à manger voire mettre la tente. A confirmer auprès des locaux qui habitent autour.
  • Entre Chugchilan et Quilotoa, il y a quelques spots herbeux le long du chemin sans maison autour.
  • Quilotoa : à confirmer auprès de la dame qui tient la tiendita à l’arrivée au cratère, mais il est sans doute possible de poser la tente autour. Par contre, c’est très exposé au vent !
    Sinon en bas du cratère, au bord de la lagune (descente depuis le village), c’est légal et gratuit. Il y a pléthore de spots possibles.

Le trek est généralement réalisé en 3 jours : J1 – Sigchos à Isinlivi, J2 – Isinlivi à Chugchilan puis J3 – Chugchilan à Quilotoa. Parfois les personnes décident de dormir le dernier jour au village de Quilotoa.

Pour notre part, on choisit de le faire sur 2 jours en autonomie complète. On prévoit de doubler les 2 premières journées et de dormir au mirador du canyon Toachi puis d’arriver le second jour à Quilotoa pour dormir près de la lagune. En cas de mauvais temps ou pépin, on sait qu’on peut réduire la première journée pour dormir près d’Isinlivi et, au pire, se réfugier dans l’une des nombreuses auberges. Il n’est jamais nécessaire de réserver à l’avance.

Côté approvisionnement, tous les villages (ou auberges) disposent de denrées basiques (pâtes, pain, boissons…). Quelques rivières existent pour recharger en eau, surtout les 2 premiers jours, sinon il est toujours possible de demander auprès des villages.

Difficulté

Difficulté

Avec un dénivelé très raisonnable, de petites distances, et un excellent terrain, le trek de Quilotoa ne représente guère de difficulté. Seul le 3ème jour affiche des stats un peu plus élevées mais on dispose de toute la journée pour parvenir au village.

Si on considère la logistique, avec des hébergements et tiendas à chaque étape, cela en fait sans doute l’une des meilleures options d’Amérique du Sud pour découvrir la randonnée en itinérance !

Boucle du cratère

Pour ceux qui ne disposent pas du temps (ou de la motivation) pour se lancer dans 3 jours de trek, mais qui souhaitent tout de même profiter du lieu autrement que depuis le mirador, il est possible de réaliser le tour du cratère.

Cela se fait bien en une journée mais ce n’est pas non plus à sous-estimer. Si le terrain est bon, cela représente une bonne distance et un certain dénivelé. On préférera partir tôt, notamment en saison des pluies, pour profiter des belles couleurs du lac avant que le ciel ne se couvre.

Budget

  • Bus : 5,3 (aller à Sigchos) + 5 (retour à Latacunga) = 10,3$
  • Camping : 10 (Isinlivi) + 10 (Chugchilan) = 20$
  • Alimentaire : 27$

Total : 57,2$ => 26,6$/p

Récit

Depuis Banos, on se rend la veille à Latacunga pour passer la nuit et surtout laisser nos affaires le temps du trek. On prend (comme d’hab) le moins cher, l’hostel Rosita (~17$ la nuit pour une chambre avec salle de bain privée). Il n’est pas si loin du terminal (15-20min), la dame garde volontiers les affaires et nous ouvre même sa cuisine pour faire à manger.

J1 : Sigchos => Isinlivi

10,5km, 530D+, 445D-
2h30

Ce matin, on se rend tôt au terminal pour prendre le bus de 8h (le précédent étant à 6h) à destination de Sigchos (2,65$/p). On mettra un peu plus de 2h, la faute à une route qui tourne dans tous les sens. Le ciel est assez couvert mais on aperçoit l’Illiniza Sur au milieu des nuages.

Au grand village de Sigchos, on trouvera tout ce qu’il faut pour se ravitailler, notamment du pain pour le premier jour. On achète aussi un petit pot de miel local qui nous donnerait presque l’impression de manger une branche d’eucalyptus (arbre omniprésent dans les Andes).

Cette première journée est vraiment pépère sur les premiers kilomètres. On descend au rio Toachi (on le suivra également le lendemain) qu’on remonte tranquillement sur des petits chemins, parfois sur la route (peu voire pas de trafic). Quelques kilomètres avant d’arriver à Isinlivi, on traverse un pont puis s’ensuit un bon coup de Q pour récupérer la piste qui mène au village. D’ailleurs on croise déjà quelques randonneurs avachis sur le bord du chemin ; pour eux il va être long ce trek.

Soudain, quand on parvient à la piste, le ciel nous tombe sur la tête. Nous n’avons pas le temps d’enfiler les vêtements de pluie, ni de trouver un abri, en quelques minutes nous sommes trempés ! On finit par trouver un abri de bus de fortune mais c’est déjà trop tard. A Isinlivi on se pose sous le grand préau au milieu du village pour réfléchir. Camille est complètement trempée, elle grelote. La météo ne semble pas s’améliorer et les averses continuent de s’abattre autour de nous.

Évidemment, John est borné et veut continuer comme prévu, mais Camille aura le dernier mot. On décide d’aller à l’auberge Taita Cristobal pour poser la tente. Pour 5$/p, on peut utiliser la douche chaude, le wifi, se servir de l’eau chaude à disposition et surtout passer l’après-midi à l’intérieur, près du réchaud. Nous sommes les premiers arrivés, on éparpille nos affaires mouillées un peu partout à l’intérieur. Quant à la tente, on la mettra plus tard, quand la pluie se sera calmée. Ojala comme on dit ici.

On passera le reste de la journée à boire de la tisane et prier pour un meilleur temps le lendemain. Il pleuvra sans discontinuer jusqu’à la nuit, ce qui est malheureusement assez fréquent en cette saison… On pose finalement la tente à la tombée de la nuit. On commence à sérieusement douter de l’étanchéité de cette tente avec le temps, mais par chance la pluie ne reprendra pas.

J2 : Isinlivi => Chugchilan

12,5km, 745D+, 513D-
5h

Réveil tranquille, la météo annoncée est sensiblement la même que la veille et Camille s’est déjà faite à l’idée de rejoindre une auberge à Chugchilan. John quant à lui n’en démord pas, il veut son bivouac !

Petit déjeuner simple avec lait en poudre, granola et quelques graines. On avait prévu que 2 jours de bouffe alors on restocke des pâtes, de la sauce tomate douteuse et du pain à la tienda de l’auberge.

C’est parti, sous un beau soleil qui ne durera peut-être pas. Petite descente, légère remontée pour contourner les collines et suivre le canyon d’en haut. En réalité, il existe moult possibilités aujourd’hui, mais on se contente de suivre les panneaux. On descend peu à peu jusqu’au canyon, certains passages sont raides et un peu boueux (étonnant).

La suite est plus simple ; arrivé en bas du canyon, on remonte le rio jusqu’au village de Itualo. On croise pas mal de petits spots pour bivouaquer sur cette portion.

Une fois au village, il faut remonter à la route. Comme la veille, une bonne grimpette bien pentue mais relativement courte permet de récupérer la route plus haut. Après quelques dizaines de minutes, on parvient au mirador du canyon où l’on déjeuner avec de superbes vues. C’est ici qu’on avait prévu de dormir la veille, il y a de l’herbe pour poser la tente et un abri en cas d’intempéries. On doute que ça dérange qui que ce soit.

La suite du chemin a été modifiée après des effondrements il y a quelques années. Un panneau explique qu’un local permet de traverser son terrain depuis. La suite se fait le long de la route jusqu’à Chugchilan. Ce n’est pas la portion la plus glamour, d’autant que la pluie commence à tomber méchamment. On se hâte donc pour rejoindre au plus vite Chugchilan. Il est (d’après la carte) possible de remonter plus loin du canyon et ainsi réduire la partie sur la route, mais ce serait dommage de rater le superbe mirador sur le canyon.

A Chugchilan, il y a déjà plus d’hébergements. On s’arrête à Cloud Forest qui nous propose le même tarif que la veille, soit 5$/p. Encore une fois, on peut utiliser la douche chaude et les parties communes avec notamment une salle de jeux (baby-foot branlant, table de ping-pong non réglementaire, billard…). Pour mettre la tente, c’est un petit espace herbeux à côté du sauna, clairement moins attrayant que la veille mais ce n’est que pour dormir.

Dehors il pleut comme vache qui pisse tout l’aprem. On commence à douter sérieusement du bivouac à la lagune pour le dernier jour. Bref, on passera l’après-midi à s’enfiler des tisanes et profiter de la salle de jeux.

J3 : Chugchilan => Quilotoa

14km, 1000D+, 685D-
5h

Dernier jour, cette fois réveil de bonne heure. On compte dormir au cratère, on hésite donc entre partir tôt pour éviter la flotte ou prendre notre temps pour ne pas arriver au bivouac à midi…

Finalement on opte pour éviter la pluie, réveil à 6h30. On déjeune rapidement au chaud et on prend la route. L’itinéraire est assez simple, on descend en bas du canyon et ensuite on remonte tout en haut jusqu’au cratère. Plusieurs chemins existent mais on se contente encore une fois de suivre les panneaux. L’ancien chemin par Guayama San Pedro a mauvaise presse et serait devenu dangereux.

Ensuite, ça monte gentiment mais sûrement. On suit la piste, traverse de petits hameaux, puis on longe un nouveau canyon avec de jolies vues.

S’ensuivent de nombreux lacets sur la piste et on parvient enfin au cratère. Malheureusement le temps s’est couvert et le lac n’offre pas ses couleurs habituelles. On patiente quelques minutes mais la pluie commence et le vent est particulièrement froid et puissant.

A partir de là, les personnes prennent généralement la droite (ouest) du cratère pour rejoindre le village mais il est également possible de partir de l’autre côté, bien plus long et avec un bon dénivelé. On a déjà fait le tour il y a quelques années, et avec le ciel qui se couvre, la question ne se pose même pas. 

On prend la direction du village de Quilotoa en longeant le cratère. Quelques éclaircies nous permettent d’apprécier les fabuleuses nuances de vert-bleu de la lagune, sous différents angles de vue.

Au village de Quilotoa, on profite également du mirador touristique en réfléchissant à la suite du programme. La météo est changeante mais semble pour le moment nous épargner. On décide comme prévu de descendre dans le cratère pour passer la nuit. On se met en quête d’eau dans le village mais on ne trouve pas forcément de robinet. Une dame nous dit qu’il n’y a pas de circuit d’eau dans le village. A vrai dire, notre confiance est un peu limitée dans ce village ultra-touristique, alors on tente notre chance dans un autre restaurant où ils acceptent volontiers de nous remplir les bouteilles.

La descente au cratère est un peu raidasse, Camille pense déjà à la remontée le lendemain. On croise beaucoup (vraiment) de touristes qui remontent à dos de mule (10$). Pauvres bêtes, elles feront au moins 3-4 aller-retour rien que pendant notre passage. Et redescente au trot !

Quand on arrive en bas, un panneau derrière le stand de kayak indique la zone de bivouac. Elle est large, avec de nombreux spots plus ou moins plats, herbeux ou abrités. C’est parfait, on sera seul au monde !

On part se balader un peu et on observe de curieux bouillonnements au bord de la lagune. Après tout c’est un volcan actif ! On profite aussi de magnifiques colibris à longue queue qui virevoussent entre les eucalyptus.

Cette nuit sera la plus calme que nous passerons en Équateur. Pas de chien qui aboie, pas de coq à 4h du mat, pas de klaxon… Et pas de pluie non plus, enfin un vrai beau bivouac !

J4 : Quilotoa => Latacunga

2,5km, 360D+, 20D-
45min

Réveil matinal, le soleil réchauffe rapidement la tente. D’ailleurs il n’a pas fait bien froid cette nuit, ça faisait bien longtemps qu’on n’avait pas eu de température positive en bivouac.

On profite de cette rare quiétude et des tons verts fabuleux que revêt la lagune au matin, puis il est temps de remonter. C’est raide mais assez court, il nous faudra à peine 45min pour arriver là-haut. En chemin on profite de chaque angle de vue pour apprécier le cratère et les nuances qui varient au gré des nuages.

Un guide nous propose de prendre un taxi avec ses clients, il nous explique que le premier bus n’est qu’à midi. Les taxis ont le même refrain, il n’y a pas de bus avant plusieurs heures, ou celui-ci vient juste de partir. On a pourtant ouï dire qu’un bus passait à 10h, alors on se rend quand même sur la route principale.

A l’entrée du village, une barrière et un guichet bloquent la route. Il semblerait que pour toute personne accédant au village, et donc au cratère, il faille payer 3$ à la communauté. Entre les taxis, le coup de l’eau la veille, le prix d’entrée (alors que le volcan appartient à une réserve nationale)… C’est un peu la mafia du coin. Heureusement, ils ne nous arrêtent pas en sens inverse et à 10h, le bus passe comme prévu pour nous ramener à Latacunga (environ 2h, 2,5$/p).

Bilan

On ne se lassera jamais vraiment de ces paysages verdoyants, ces plateaux sculptées par le temps, et bien sûr, de cette caldeira incroyable dont les tons varient du vert au bleu au cours de la journée. Même au 6ème passage pour John, l’émerveillement est toujours de mise.

A juste titre, c’est le trek le plus connu et parcouru du pays, souvent le seul. Cela s’explique par sa beauté naturelle, l’offre d’hébergement et le dénivelé très raisonnable. Définitivement un immanquable !

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