Les Galapagos approchent à grands pas. Nous décidons de descendre à Mindo les quelques jours restants pour commencer les vacances un peu plus tôt que prévu, après une bonne semaine de vadrouille entre les différents parcs nationaux.
Mindo
Mindo est un petit village paisible du choco andino, une réserve de biosphère d’une rare et large biodiversité (faune, flore, Cloud Forest), due aux influences du Pacifique. La région, outre d’être un réservoir crucial d’eau, abrite de nombreuses espèces endémiques. C’est réputé comme l’un des (sinon le) meilleurs lieux au monde pour l’observation des oiseaux.
Pour nous, c’est aussi là où l’on s’est rencontré, il y a 4 ans, presque jour pour jour. Il y a de la nostalgie dans l’air !
On compare souvent Mindo avec Baños de Agua Santa. Si l’environnement est ressemblant (jungle d’altitude), les 2 villes ont quand même chacune leur spécialité : les activités outdoor pour Baños (et la fête…), la nature pour Mindo. Chacun aura sa préférence mais les 2 destinations valent le coup d’œil, ce n’est pas nécessairement l’un ou l’autre.
Hôtels / restaurants
Lors de notre précédent passage, nous avions séjourné à Cinnamon House. L’auberge est magnifique, au bord de la jungle, avec un grand espace ouvert, mais c’est un peu au-dessus de notre budget (+30$ la nuit). On trouve un tarif bien plus abordable à La Tranquilidad, autour de 15$/n. Il y a une cuisine, une petite terrasse avec hamac, c’est rustique mais très correct, proche du centre tout en étant à l’écart (et donc calme).
Activités
Sanctuaire des cascades
C’est une randonnée qu’on a déjà réalisée par le passé, mais c’est toujours sympathique. On décide de s’y rendre à pied, ce qui implique une petite trotte (5km aller, 270D+). Il faut d’abord prendre la route au mariposario (ferme aux papillons) puis bifurquer à droite sur le pont.
On profite d’une nature abondante, où se côtoient fleurs tropicales et oiseaux colorés. John a déjà observé des toucans sur cette route.
On est décidément chanceux, un local s’arrête de lui-même pour nous prendre et nous rapproche à moins d’1km de l’entrée.

L’accès coûte 5$/p et inclut l’aller-retour en tarabita (500m), une nacelle suspendue pour rejoindre l’autre côté de la vallée, d’où partent les sentiers aux cascades. Il y a un chemin qui descend à la première cascade depuis l’entrée mais il n’est pas permis de le prendre sans payer l’accès (ou il faut arriver avant l’ouverture).


Plusieurs sentiers permettent d’accéder aux différentes cascades :
- Ruta 1 (20min) : cascade Nambillo
C’est la cascade la plus populaire. Déjà parce que c’est le sentier le plus court, bien qu’il induit une bonne descente jusqu’au rio, et parce qu’il y a beaucoup d’espace pour s’y baigner. Mieux vaut y aller tôt les week-ends pour ne pas avoir tous les touristes locaux dans l’eau.
Si on en a terminé avec les différents sentiers, on peut choisir de remonter par le chemin de l’autre côté du rio, mais bon on a payé la tarabita, on préfère en profiter !


- Ruta 2 (50min) : cascade Reina
Inversement, le deuxième est le plus long et donc le moins parcouru. Ça grimpe un peu mais rien de bien compliqué. Si la faune est assez rare, sinon quelques colibris, papillons et insectes, on croise en revanche beaucoup de plantes.
On découvre enfin une très jolie cascade où l’on peut se baigner.





- Ruta 3 (35min) : 5 cascades
La première portion est commune avec le sentier 1. On enchaîne plusieurs petites cascades, la balade est mignonne.








Prix : 5$/p (+ transport)
Dégustation de chocolat
Un immanquable ! Mindo est connu pour son cacao, peut-être le meilleur au monde. Si les fèves ne sont pas produites là-bas (mais en plus basse altitude), plusieurs producteurs (7) se sont installés autour de Mindo et proposent vente, visite et dégustation.
Il y a plusieurs années, nous avions réalisé le tour avec Yumbos, primé plusieurs fois, dont nous étions ressortis comblés ! Cette fois, autant en découvrir un nouveau, et notre choix se porte sur Maya Chocolate.
L’enseigne est un peu plus récente et a ouvert sa boutique à l’entrée du village il y a seulement 2-3 ans. Les tarifs et prestations sont similaires, pour ne pas dire identiques chez chaque chocolatier, soit 10$/p le tour incluant visite, dégustation et chocolat chaud avec brownie. Les visites, en espagnol ou en anglais, se réalisent toute la journée sans rendez-vous et en privé.
On passe dans le joli petit jardin à l’arrière de la boutique où le guide nous présente les 2 variétés de cacao cultivées dans le pays : CCN-51 et cacao national. Le premier, une petite cabosse rouge au nom à coucher dehors, est un clone modifié permettant un meilleur rendement et résistance aux maladies. En revanche sa durée de vie est plus courte et la qualité du cacao est bien moins bonne, voire médiocre. C’est le cacao le plus utilisé en Équateur.


Le cacao nacional, fierté du pays, est considéré comme le plus fin au monde. C’est une cabosse jaune, de plus grande taille, qui est néanmoins bien plus compliqué à cultiver et protéger. C’est celui-ci qui est utilisé à Mindo.
Concrètement les tablettes fabriquées et vendues ici sont des tablettes de cacao, pas du chocolat tel que nous le connaissons. Les arbres à cacao poussent en plus faible altitude, mais plusieurs plants peuvent être observés dans le jardin, il y a même de minuscules cabosses !
Nous goûtons ensuite les fèves fraîches des 2 types de cacao. On connaît déjà, mais c’est toujours avec une certaine surprise qu’on découvre des fruits frais, comme de petits litchis avec un peu de chair autour d’un bon noyau. C’est fruité, pulpeux, rafraîchissant, et rien à voir avec du chocolat !


Les fruits sont alors disposés sur une table grillagée pour sécher. Ici, il y a bien trop d’humidité, le séchage est plus long et les fruits peuvent pourrir mais sur la côte le climat est bien plus approprié. Ils sont ensuite déplacés sur différents espaces de la grille selon l’état de séchage. On remarque que leur teint se fonce peu à peu. Les insectes jouent leur rôle en grignotant la pulpe qui recouvre les grains.
Ensuite on passe à la partie ludique, celle où l’on va réaliser le cacao artisanalement. On commence par torréfier les fèves, notamment pour ôter l’écorce qui l’entoure, puis on les moud finement pour obtenir un sable. On commence par goûter une eau chaude mélangée à ce cacao, tel que c’était consommé à l’époque par les Mayas avant l’arrivée des colons. Ceux-ci le jugeant trop amer (avis partagé), ils ajoutèrent du sucre pour casser cette amertume. Le guide mélange ensuite de la panela (sucre issu du jus de canne, non raffiné) et on obtient un résultat déjà bien plus appréciable. On goûte la même version avec du café en poudre, d’une rare subtilité.



On observe brièvement les machines qui ont désormais remplacé les méthodes traditionnelles et permettent de réaliser ces étapes de manière plus industrielles.
Une fois la pâte de cacao fondue, il faut couler les moules à environ 30°C, la température parfaite pour obtenir un résultat lisse et brillant, sur le même principe que le tempérage en pâtisserie. Le guide travaille le chocolat sur une table de marbre en vérifiant régulièrement la température puis remplit le moule au moment lorsqu’on a atteint le bon seuil.
On ne l’avait pas faite à notre précédente visite mais ça semble désormais réalisé pour toutes les chocolateries : la chocolat-thérapie ! Comme des enfants, on se barbouille de cacao sur toute la figure. Non seulement c’est rigolo, mais cela aurait de bonnes vertus pour la peau.
Il est l’heure du moment tant attendu, la dégustation ! On commence par goûter un miel de gingembre (particulièrement relevé), une sauce barbecue au chocolat et des éclats de cacao blanc, une fève produite en Amazonie.



On goûte ensuite les différentes tablettes produites et vendues dans la boutique : chocolat à 90%, 80%, 70%, chocolat-café, chocolat aux fruits tropicaux, chocolat-gingembre, chocolat-piment, chocolat-hierba luisa… Le tout accompagné d’un « thé glacé de cacao », exquis, pour se rincer la bouche entre chaque morceau, réalisé avec l’écorce, du citron et de la panela.
Et enfin, dernière séquence de ce tour, tout aussi attendue, un petit cacao chaud avec une assiette de brownie, fruits et miel de cacao ! Un brownie délicieusement fondant, malheureusement bien trop petit pour nos insatiables papilles…
Dans la boutique, on retrouve tous les produits goûtés lors de dégustation mais aussi quelques curiosités comme de la bière ou du vin de cacao (délicieusement sucré). Les tablettes coûtent quand même 5$ chacune (et même 7-8$ auprès des autres fabriques), et elles ne sont guère bien épaisses. Ce sont des produits qui ne s’adressent clairement pas à toutes les classes sociales…


Prix de la visite : 10$/p
On y retournera même le lendemain pour une nouvelle part (déjà plus conséquente) de brownie (3,5$) et un thé de cacao (3$).
Casa Amarilla
La Casa Amarilla, au bord de la ville, est une ancienne estancia (et un hôtel) qui possède plus de 200 hectares de forêt vierge où sont aménagés plusieurs sentiers.
La propriété abrite de nombreuses espèces de oiseaux dont le rarissime et magnifique coq de roche. Pour 6$, on peut parcourir les différents sentiers à la recherche d’oiseaux (voire même de singes).
On s’y rend au lever du soleil pour maximiser nos chances, les oiseaux étant toujours plus actifs à cette période. Dès le départ on observe des agoutis qui courent dans le jardin, quelques colibris ou de grands papillons, et de très jolies fleurs.





L’ensemble des sentiers (5) nous prendra environ 3h30. Forcément, trouver des oiseaux dans une forêt aussi dense n’est pas chose aisée. On progresse en silence, observant autour de nous au moindre bruit. On apercevra plusieurs toucans et quelques autres oiseaux, mais pas de coq de roche !


Bien sûr, on ne repérera pas autant d’oiseaux qu’avec un guide ou en les attirant avec de la nourriture, mais c’est une alternative à moindre coût pour ceux qui aiment marcher, profiter de la quiétude d’une belle forêt vierge et qui préfèrent rechercher les animaux par eux-mêmes. Des jumelles aideront certainement, il est à priori possible d’en louer auprès de l’hôtel.

Prix : 6$/p
Ferme aux papillons
C’est une activité que nous avions réalisée ensemble à notre précédent passage, il y a plusieurs années. Il faut marcher un peu depuis le centre, comme pour rejoindre les cascades, mais sans bifurquer au pont. Une tarabita permet aussi de connecter les 2 routes, pour enchaîner les cascades et la ferme sur une journée.



On accède à une grande serre où virevoltent une myriade de papillons géants (mariposas) et aux couleurs bleus irisées. Des spécimens sont disposés aux différents stades d’évolution (chenille, chrysalide…). C’est intéressant, d’autant pour des jeunes, bien qu’on préférerait les observer en pleine nature. Forcément on constate également de nombreux spécimens morts.



On complète ça avec un petit jardin botanique. Attention aux horaires, cela ferme à 14h certains jours.
Prix : 8,5$/p
San Tadeo Bird Watching
Le dernier jour, on prend le bus pour rentrer à Quito et on descend peu après avoir récupéré la route principale, à San Tadeo (1$/p le trajet). A quelques mètres de la route, une propriété permet pour 5$/p d’observer les oiseaux.
Des boissons chaudes (café, thé) et des bananes sont à disposition, ainsi que des toilettes.
La propriété offre 2 miradors, l’un consacré aux colibris et l’autre pour les autres espèces d’oiseaux. Pour être honnête, on passera la majeure partie de notre temps à celui des colibris, mais d’autres voyageurs ont pu observer des toucans et une multitude d’oiseaux. C’est sans doute préférable d’y aller tôt le matin pour optimiser les chances.

A la plateforme suivante, on découvre… des centaines de colibri qui virevoltent de partout, c’est hallucinant. Nous n’en avions jamais vu autant. Plusieurs mangeoires sont installées avec de l’eau sucrée dont ils raffolent. Difficile de dire combien de variétés on croisera, facilement une dizaine, peut-être que cela varie au fil de l’année.
On met un peu d’eau sucrée dans un bouchon qu’on place dans la paume de la main et quelques secondes plus tard, on se retrouve avec 3, 4… parfois jusqu’à 5 colibris posés sur la main !
On a beau en croiser depuis un an, on est toujours fasciné par leurs couleurs irisées et leur vivacité. Ils sont capables de faire du sur-place et même de reculer, c’est le seul oiseau doté de cette faculté. Ainsi pour compenser les efforts qu’il fait, il doit se nourrir en permanence.

Ils semblent particulièrement territoriaux, ce n’est pas rare que 2 colibris se chassent, d’abord en s’opposant en sur-place ou en se poursuivant à toute allure. Ils pourraient atteindre des pointes de vitesse à près de 90km/h !

Vient le moment tant redouté de… la séance photo. A vrai dire, seules les personnes qui ont déjà expérimenté la chose peuvent sans doute comprendre ce que ça implique : obtenir une photo nette d’un véritable électron libre qui bat plus de 50 (voire davantage) fois des ailes par seconde !
On ne dispose que d’un simple appareil Reflex et de compétences basiques mais on ne se démonte pas pour autant. On commence par régler l’appareil sur le mode sport, à savoir une grosse vitesse d’obturation et une bonne sensibilité en iso.
Heureusement que les mangeoires sont là pour les attirer, et qu’on a du temps devant nous, dans la nature ce serait impossible ! On observe le mouvement de ces petits salopiauds qui répètent souvent le même schéma, avec des aller-retours vers un point, où sur une branche. D’ailleurs on obtient assez rapidement des résultats sur les sujets à l’arrêt.






On tente longuement de les prendre au vol, déjà aux abords des mangeoires, mais l’autofocus de l’appareil n’est pas assez réactif et on obtient surtout des photos floues. On passe donc sur un focus manuel, ce qui nous contraint à déterminer une « zone de shoot ».


Le plus simple reste d’utiliser le bouchon comme cible. Trop simple nous souffle-t-on dans l’oreillette ?




On décide donc de gérer le focus manuellement, on le règle sur un espace régulièrement occupé par un colibri, aux abords de la mangeoire ou du bouchon, et on attend bêtement que l’un d’eux passe dans le viseur pour le fusiller en rafale !




On constate certains schémas de déplacement, par exemple ils ont l’habitude de reculer de quelques centimètres entre les gorgées. On fixe donc une première fois la zone et on attend qu’il réapparaisse pour fusiller. Pas le temps d’hésiter sans quoi il sera déjà reparti 10m plus loin.


Les espèces varient peut-être au cours de la saison mais nous en observerons au moins 6-7 différentes dont le colibri Héliange de Clarisse, Sylphe à queue d’azur (le chouchou de Camille), Métallure de Stanley, Érione pattue, ou encore colibri de Jardine… Eh oui, même leurs noms sont trop cools !


On passera de longues heures à les observer, au moins 4, passées aussi furtivement qu’un vol de colibri. John serait bien resté encore jusqu’à la nuit tombée, mais on doit rentrer à Quito. On attrape le bus de ~15h30 sur la route principale.
Prix : 5$/p
Bilan
Assez similaire à Baños, du moins sur la forme, le village de Mindo offre pourtant une expérience bien différente, au cœur d’une végétation luxuriante qui rappelle beaucoup l’Amazonie. Pour nous, c’est une destination unique, reposante, et très accessible à seulement quelques heures de Quito. Un incontournable tant pour les ornithologues que pour les amoureux de nature.

