Les vacances aux Galápagos approchent… Nous nous lançons, peut-être, le dernier grand défi de notre voyage avec la Ruta del condor, un trek de 4-5 jours qui traverse les parcs nationaux de l’Antisana et du Cotopaxi. L’itinéraire est peu détaillé, redouté, mais promet un dépaysement et une quiétude rarement observés. Au départ de Papallacta, nous profiterons d’un petit moment de détente dans les sources chaudes de l’Antisana avant de nous lancer dans cette nouvelle aventure.
Le plan
Nous sommes à l’orée du mois de décembre, notre planning est désormais dicté par notre vol pour les Galápagos au 17 de ce mois.
Nous envisageons le trek sur 4 jours, que l’on précédera par une nuit à Papallacta pour profiter des sources thermales. L’idée de base du trek étant de rallier le parc du Cotopaxi, il est évident qu’on souhaite le traverser d’est en ouest.
Bien sûr, John étant John, il ne peut pas s’empêcher de rajouter quelques… bonus. En premier lieu, il propose de grimper à l’un des sommets du Ruminahui, un cratère éclaté face au volcan Cotopaxi.
En outre, il souhaiterait grimper à l’Illiniza Norte avant de partir et de renoncer à notre acclimatation. Bien que nous ayons eu une météo catastrophique ces derniers temps, notamment à Quilotoa, le mois de décembre est généralement bien plus clément, c’est une période propice pour tenter des sommets.
On prévoit donc l’Illiniza au retour du trek, afin de surfer sur notre semaine altitude ; qui plus est l’entrée de la réserve n’est qu’à quelques kilomètres de celle du Cotopaxi où l’on arrivera.
Et, comme si cela ne suffisait pas, ne ferait-on pas une petite balade au sud du parc Cayambe-Coca, dont l’entrée est aux portes de Papallacta ?
C’est ainsi que nous partons pour 9 jours d’expédition !
Papallacta
On rejoint d’abord la bourgade paisible de Papallacta, isolée sur la route vers l’Amazonie, entre les 2 parcs nationaux Cayambe-Coca et Antisana.
Pour ce faire, direction le terminal Quitumbe en transports en commun (0,35$/p) puis on prend le bus de 11h pour arriver dans l’après-midi, autour de 14h. Le bus nous dépose sur la route principale, ce qui implique ensuite de monter jusqu’au village ou, plus loin, aux thermes (~2,7km, 190D+). On grimpe donc sur la route par un soleil de plomb et on rejoint l’auberge Sol de piedra. A 28,60$ pour 2, ce n’est pas l’hôtel le plus abordable du pays, mais c’est le moins onéreux qu’on ait trouvé et il inclut le petit déj ! On peut également prendre directement les entrées aux thermes (10,5$/p) pour 1$ de rabais.


Les thermes (officiels) de Papallacta sont assez célèbres en Équateur. Plusieurs bassins de tailles et températures variables sont aménagés, ainsi que des bassins d’eau fraîche, dans un bel écrin de verdure où se côtoient de belles plantes et de furtifs colibris. On regrettera néanmoins les 50 panneaux pour rappeler les règles élémentaires qui ternissent un peu ce beau jardin.


On y passera plusieurs heures, jusqu’à la tombée de la nuit. En semaine, l’affluence est très raisonnable et on restera même seuls dans certains bassins. En revanche le week-end les thermes sont assez populaires. Globalement, ils s’adressent à une clientèle plutôt aisée, il n’y a qu’à voir le bel hôtel à l’entrée.


Prix : 10,5$/p
On mangera au premier restaurant en sortant, bien rempli en comparaison des autres. Le menu est très large, comme les portions, et à prix raisonnable. Camille partira sur une mini-pizza quand John optera un burger, un peu de réconfort avant l’effort.
Le lendemain, on retourne aux thermes, cette fois ceux de Jamanco, à seulement 5$/p. Ils font moins chics mais sont également bien aménagés, avec plusieurs bassins dont un d’eau fraîche. En revanche il n’y a quasiment pas d’ombre contrairement aux autres thermes.



Prix : 5$/p
Pour les 2 établissements thermaux, la durée est illimitée.
Parc national Cayambe-Coca
En fin de matinée, on récupère nos affaires à l’auberge (check-out à 12h) et on prend la direction de l’entrée sud Baños du parc Cayambe-Coca en suivant la route qui part derrière les thermes. La route ne présente pas un grand intérêt, sinon des vues superbes sur le volcan Antisana derrière nous.


Le parc national, au nord/est de Quito constitue la réserve d’eau majeure de la capitale. C’est un parc immense qui inclut notamment le volcan Cayambe, 3ème sommet du pays, et qui est un lieu de prédilection pour l’observation de l’ours à lunettes, dont c’est d’ailleurs l’emblème.


On a prévu de bivouaquer le long d’un sentier, des spots sont indiqués sur les cartes du parc. Le fameux nounours étant essentiellement actif en début et fin de journée, c’est l’idéal pour optimiser nos chances de l’observer. Cependant à l’arrivée à la cabane des rangers, on se heurte à la frilosité de ceux-ci :
- Le bivouac n’est plus autorisé au sein du parc, du moins tant que de nouvelles zones n’auront pas été désignées et aménagées (ce qui prendra certainement des années…).
- Il n’est plus possible de traverser à pied/vélo jusqu’à Oyacachi, puisqu’ils considèrent que la distance (40km) est trop conséquente pour être réalisée en une seule journée et que le bivouac n’est plus permis.
- A moins d’une météo parfaite, ils ne nous autoriseront pas à suivre les sentiers (El Oso ou Agua y vida) jusqu’à l’autre entrée à l’ouest. Ils considèrent que le sentier est exigeant et qu’il est aisé de se perdre, d’autant plus par mauvais temps. Heureusement qu’ils ne savent pas ce qui nous attend au Condor !
Bref, ils nous proposent au moins de camper à côté, ça nous évite de devoir redescendre sur le champ. On part faire une petite balade à la laguna Loreto en poursuivant le long de la route vers le nord.


On revient ensuite à l’entrée et on rejoint la jolie cascade de Baños.


Plusieurs groupes reviennent du sentier de l’ours en ayant commencé de l’autre côté, près du paso Papallacta. Pour ceux qui souhaiteraient parcourir ces sentiers, on conseillera donc de le faire dans ce sens et ainsi éviter d’être bloqué par les rangers.
Après une nuit plutôt fraîche, on se lève tôt pour suivre le sentier Agua y vida. On traverse de jolis décors de paramo, avec plusieurs lagunes. Ce sont évidemment des paysages qu’on connaît par cœur, similaires à ceux d’El Cajas, mais on ne s’en lassera jamais. En revanche, pas de nounours à l’horizon !



A la base, on envisageait de suivre le sentier de l’ours jusqu’au col de Papallacta puis de descendre à Tambo, point de départ du trek du Condor, en bus ou à pied (un sentier semble exister). Tant pis, avec l’opposition des rangers à ce projet, on fait demi-tour et on redescend à pied à Papallacta, d’où un taxi nous emmènera à Tambo pour 3,5$.


Le trek du Condor
En chiffres
Description
La trace ci-dessus est basée sur cet itinéraire Wikiloc que l’on a trouvé assez juste, et auquel on a ajouté quelques points d’information et la traversée du parc Cotopaxi. L’absence de véritable sentier la majeure partie du temps rend le tracé très approximatif mais cela permet au moins de garder le bon cap et d’avoir les potentiels points de bivouac.
La ruta/trek du Condor est le plus long des treks « officiels » d’Équateur. A vrai dire, ce n’est pas un trek bien connu et encore moins documenté, très loin d’un Quilotoa voire du chemin de l’Inca d’Achupallas. Des sources semblent indiquer qu’il était très fréquenté il y a plus d’une dizaine d’années, avant que des conflits entre le gouvernement (parc national) et propriétaires terriens ne permettent plus de le suivre. Depuis, les sentiers auraient disparu, recouverts par la végétation, et se confondraient avec les multiples sillons creusés par les bestiaux.
L’itinéraire part du Tambo, hameau à quelques kilomètres de Papallacta, célèbres sources thermales au sud du parc national Cayambe-Coca, traverse le parc national Antisana et rejoint celui du Cotopaxi. Les tracés terminent généralement au niveau de l’auberge du Tambopaxi, au nord-est du parc.

Le trek a une très, très mauvaise réputation en termes de navigation. Pas de balisage, pas forcément de sentier, des forêts à débroussailler, de la boue jusqu’aux genoux… Clairement il faut aimer les treks de sanglier pour se lancer dans pareille aventure ! En réalité, on trouve quelques poteaux ou panneaux épars, souvent recouverts de végétation ou perdus au milieu de nulle part. Ils témoignent d’un véritable trail qui serait peu à peu tombé en désuétude. Désormais d’autres sentiers se sont créés et sont à privilégier ; seule la portion entre la lagune Tumiguina/Volcan et l’arrivée sur les plaines de l’Antisana correspond encore à l’ancien tracé.



John, bien qu’ayant vécu en Équateur, n’en avait jamais entendu parler. Il faut dire qu’il n’avait jamais vraiment trekké à pied avant ce voyage. C’est en cherchant un moyen d’accéder en autonomie au parc du Cotopaxi que cette solution s’est imposée.
Difficulté
Pour Camille, ce fut sans équivoque le trek le plus compliqué depuis le début du voyage. Bien sûr, celui de l’Ausangate a laissé des traces profondes notamment de par son altitude élevée, mais jamais cela ne lui avait paru aussi éreintant…
Pas de balisage, pas de sentier. John est assez adepte du principe, c’est un retour aux sources, à la vraie aventure. Lire les reliefs, s’adapter au terrain, chercher le meilleur moyen de passer une colline, une forêt, de contourner une zone humide… On se sent un peu comme les pionniers d’autrefois. Une machette ne serait d’ailleurs pas de trop par moments.
Cela dit, se frayer constamment un chemin au travers d’une végétation dense, dans des pentes raides, sur un terrain chaotique (boue, sol éponge, trous…) et avec un sac lourdement chargé, c’est harassant, qui plus est à pareille altitude (~4000m).


Plus que jamais, un GPS avec la trace et les courbes de niveau (ou une carte + boussole… chacun son truc) sont indispensables ! Les cartes papier (type IGN) de la région, pour la vieille école, ne sont guère plus fiables au vu des retours qu’on a pu lire.
A quoi bon le tracé d’un sentier qui n’existe pas, avec une topographie approximative ? En réalité, ce sont essentiellement les 2 premiers jours (parc Antisana) qui posent problème. Après cela, l’itinéraire est plus clair, parfois on suit même une véritable piste. En revanche, lors des 2 premiers jours, on perd fréquemment la trace (si tant est qu’elle existe), et une cartographie est nécessaire pour garder le cap et anticiper les reliefs.


Ceux qui, comme Camille, ne jurent que par les saintes données de leur GPS, seront terriblement frustrés. Les relevés topographiques de la zone étant très approximatifs, les données sont rarement exactes. On pourra lire que tout le dénivelé positif a été avalé et avoir le sentiment de passer le reste de la journée à grimper. D’ailleurs, à force de chercher le véritable sentier, revenir sur ses pas… on fera au final bien plus de kilomètres et dénivelé que prévu.
Il est toujours difficile de comparer des treks entre eux, tant c’est inhérent à la météo mais aussi à la forme et au ressenti de chacun. Pourtant, on ne peut pas nier la difficulté de navigation, l’altitude conséquente, le terrain chaotique et le poids du sac. Tous ces facteurs font du Condor un véritable défi, qu’on soit ou non expérimenté. Le trek s’adresse exclusivement à des randonneurs aguerris, idéalement qui ont déjà randonné sans balisage, en bonne forme physique, et acclimatés.
Logistique
A Papallacta, il ne faut guère espérer trouver grand-chose que des denrées basiques dans les rares mini tiendas. Mis à part le pain, on fait donc les stocks à Quito pour les 7 premiers jours puisqu’on ne croisera pas un seul village digne de ce nom d’ici El Chaupi et la réserve des Illinizas.
A l’exception du départ (Papallacta) et de l’arrivée (Tambopaxi), il n’existe aucun hébergement à notre connaissance sur l’ensemble du trek. Une full autonomie est donc indispensable : tente et matos de bivouac, de quoi filtrer l’eau et au moins 4-5 jours de vivres. Pas de problème pour nous, on a tout ce qu’il faut !
Eau
Pour l’eau, il y a quelques rivières/lagunes sur le parcours mais ne pas trop se fier aux cartes (cours d’eau à sec, ruisseaux non mappés). En général, mieux vaut recharger quand on en croise un ! (~2 par jour)
En forçant un peu, et avec un bon filtre, on trouvera quand même de l’eau en cas d’urgence dans les zones de tourbe. Sinon se fier aux campements « officiels » qui ont tous une source d’eau à proximité.
Bivouac
Normalement il n’est pas permis de bivouaquer au sein du parc Antisana mais ils ferment les yeux là-dessus. Il n’est pas non plus permis de bivouaquer au sein du parc Cotopaxi (pas vu, pas pris) mis à part au Tambopaxi Lodge ou à La Rinconada (-0.63347, -78.48322).
Il existe des spots définis : laguna Tumiguina au J1 (-0.41743, -78.19559), laguna Taracocha au J3 (-0.54757, -78.33657). Quant aux autres, aucune idée !
L’ancienne carte mentionne un spot dans le parc Antisana mais le tracé actuel n’y passe plus du tout. On suppose que la laguna Santa Lucia (-0.46312 -78.18361) ou la sortie du parc Antisana (~ -0.49930, -78.23596) au J2, et peut-être l’entrée du Cotopaxi au J4 (par exemple -0.56811, -78.43033) sont désormais les camps privilégiés, à défaut d’être officiels.
Globalement on retiendra qu’on trouve sans trop de difficulté à partir de la laguna Santa Lucia. En revanche sur les 14 premiers kilomètres, il n’y a quasiment pas un spot qui ne soit boueux, noyé, raide, envahi de végétation… ou tout à la fois. Il est donc impératif de partir suffisamment tôt au J1 pour atteindre la lagune !
Agence
Rares sont les agences locales qui proposent le trek et, considérant le terrain et le peu d’empreintes, on suppose que ce serait sans mule et avec un guide privé (donc particulièrement onéreux).
Exit
En cas de pépin, il y a 3 échappatoires possibles : rangers du parc Antisana (-0.51131, -78.22554), ranchs (-0.52732, -78.28997) et rangers du parc Cotopaxi (-0.56348, -78.44325).
Budget
Les parcs nationaux étant gratuits en Équateur et le départ/arrivée aisément accessibles en transports en commun/stop, le coût du trek correspond uniquement aux courses en amont (alimentaire) et aux trajets de bus.
- Alimentaire : 30$ (courses) + 5$ (1/2 bouteille de gaz)
- Camping La Rinconada (Cotopaxi) : 3$/p
- Bus : Bus centre – Quitumbe AR (2x2x0,35$/p) + Quito-Papallacta (3,75$/p) + retour Quito (1,5$/p) = 10,4$
Total : 48,4$ => 20,5€/p
Coût agence : Inconnu
Coûts supplémentaire possibles :
- Location matériel
- Taxe de communauté au Tambo ? Certains blogs parlent de 5$ ; pour notre part, personne ne nous a rien demandé.
- Taxi à l’arrivée au Cotopaxi pour rallier la Panam : nous avons fait du stop pour ressortir du parc
- Auberge Tambopaxi (19$/p avec petit-déjeuner) si vous souhaitez une vraie nuit à l’abri pour clôturer le trek
Récit
J1 : Tambo (3630m) => Laguna Tumiguina (3640m)
6,35km, 295D+, 285D-
5h
On arrive au départ du trek, le minuscule hameau de Tambo, en fin de matinée. Il vaut mieux ne pas commencer plus tard car les spots de bivouac jusqu’à la laguna Tumiguina ne sont pas légion… Personne ne nous demande une taxe d’entrée, alors on ne se fait pas prier et on poursuit. A la cabane des rangers on découvre une ancienne carte du trek, confirmant qu’il s’agit bien d’un itinéraire officiel. Par contre c’est fermé, il n’y a personne. Un ranger qui passe par là nous dit qu’ils sont occupés, on peut continuer.
Faut avouer que laisser partir des personnes sur un sentier aussi… inexistant, isolé voire dangereux, sans même prendre leurs noms, c’est à la limite de l’inconscience. Dire qu’au parc Cayambe-Coca, la ranger ne voulait même pas nous laisser suivre un tracé de quelques heures… L’Équateur dans toutes ses contradictions !
Bref, on débouche sur une grande plaine où on progresse un peu par hasard, avant d’apercevoir 2 locaux qui nous font signe au loin. Ils nous indiquent de descendre à la rivière pour traverser et nous proposent même leurs bottes, mais on décline poliment, on finira avec les pieds dans l’eau tôt ou tard. Ils nous content avoir récemment acheté ces terrains, ils souhaitent construire un hôtel, ou refuge, au départ du Condor. D’ailleurs ils sont en train de fêter ça avec une bouteille de rouge, évidemment mélangée avec du soda (quelle idée), qu’on partage avec eux.
Ils nous donnent ensuite quelques indications sur la suite du chemin qui, normalement, suit la rivière à l’extérieur de la clôture, et nous conseillent de passer par leur terrain en suivant les clôtures. C’est une bonne idée, la plaine est bien plus sèche, et de petits ponts de paille permettent d’éviter les sections boueuses. On trouve plus loin une porte qui permet de descendre à la rivière. Nouvelle traversée à gué, et on passe sous une clôture.


La suite est très aléatoire, on ne suit pas vraiment la trace GPS et on le fait un peu au feeling. On passe une cabane et on essaie de suivre les clôtures, à chaque fois on trouve une ouverture. On avait lu que certains avaient rencontré jusqu’à 7 clôtures à escalader. A part la première, où l’on pouvait pas en dessous, et une autre bien plus loin qui était cadenassée, nous trouverons systématiquement un passage ouvrable.
On commence à entrevoir l’impressionnant volcan Antisana, que l’on avait perdu depuis Papallacta. Autour le décor semble vierge, indompté, sinon de quelques rares cabanes abandonnées.



On peut deviner la quantité de boue à certaines périodes tant le sentier est ravagé à plusieurs passages. Heureusement pour nous, seules de petites portions restent boueuses et on parvient aisément à les contourner. Alors qu’on arrive à la potentielle bifurcation vers la lagune Tumiguina où nous attend le bivouac du jour, on décide de poursuivre tout droit. On a lu que de toute manière tout le monde se perdait sur cette portion, alors autant tenter notre chance sur un sentier qui, pour l’instant, nous paraît plutôt bon.
On poursuit donc, avec toujours des ouvertures faciles dans la clôture. A un moment, on tente de revenir en direction de la lagune mais on se heurte cette fois à une clôture fermée au devant d’une bonne zone humide. La carte semble mentionner une possible trace qui sort de nulle part un peu plus loin, alors on prend la direction de celle-ci. On est contraint de traverser la zone humide pour rejoindre la potentielle trace de l’autre côté. John, en bon gentleman, prend la tête et s’enfonce aisément jusqu’aux mollets. De toute manière, avec le trou béant dans sa semelle, il avait déjà les pieds trempés. Camille traversera pieds nus, comme pour retarder l’inévitable échéance.
On réussit tant bien que mal à retrouver un sillon qui pourrait coïncider avec le tracé OSM. Parfois il n’y a rien, parfois plusieurs traces… Vrai sentier ou tranchée de bestiaux ? On rencontre alors… des piquets balisés du parc ! Parfois à intervalles réguliers, parfois plus pendant quelques centaines de mètres… Notre hypothèse est qu’il s’agirait de l’ancien sentier officiel avant l’abandon du trek. Depuis les rares aventuriers passés par là auraient sans doute opté pour une nouvelle route.
Enfin, on distingue la lagune promise, bordée par une immense coulée de lave.

En descendant, on perd de nouveau la trace alors on décide de couper au travers de la pente. Très mauvaise idée, on se retrouve dans une zone marécageuse avec des roseaux à plumeaux plus hauts que nous et des herbes très sèches (pourtant dans une zone humide…) qui nous lacèrent bras et mains. Après de longues minutes à batailler, on atteint enfin la plage et on traverse à gué pour rejoindre le campement. John part se nettoyer dans l’eau glaciale de la lagune Tumiguina.
Une première journée déjà compliquée et le plus dur reste sans doute à venir avec la terrible étape pour sortir du parc Antisana. Pourtant, on sait que nous avons bénéficié d’une météo parfaite et on jouit paisiblement d’une belle soirée et d’un coucher de soleil exceptionnel.




J2 : Laguna Tumiguina (3640m) => Entrée parc Antisana (4000m)
16,5km, 740D+, 385D-
8h
La nuit a été fraîche mais rien de bien méchant et la tente est même relativement sèche. On profite des premières lueurs du soleil pour petit-déjeuner dans ce décor fabuleux puis on se met en route. La carte semble repasser 2 fois la rivière à gué. De bon matin, ça ne nous tente guère de mettre les pieds là-dedans alors on tente de suivre la rive parmi les hautes herbes. Ce n’est pas toujours académique mais on s’en sort en enjambant ensuite 2 petits ruisseaux pour trouver un nouveau campement. A nouveau, le départ n’est pas clair et on se bat avec la végétation, dré dans le pentu, avant de tomber par hasard sur une tranchée bien marquée. Jusqu’au plateau de l’Antisana, la direction ne sera plus un problème et on croise même des piquets régulièrement voire quelques panneaux camouflés !

Par contre, le sentier est assez boueux et on doit fréquemment marcher en bordure. Parfois il y a tant d’herbes en travers qu’on ne distingue jamais vraiment où l’on pose les pieds. La progression est lente et délicate.


Après une longue ascension, on parvient sur les vastes steppes de l’Antisana. Le sentier devient roulant avant de retomber dans ses travers et de traverser de longues zones humides. A nouveau, on fait le choix de suivre les anciens piquets et non la trace GPS, à tort cette fois. On passe 2 combes puis on doit longuement naviguer entre les hautes herbes. Lorsqu’on constate que les piquets se dirigent peu à peu vers l’Antisana, on décide de retraverser les combes pour rejoindre la laguna Santa Lucia.


La suite est plus simple, le long d’une piste, mais cela ne dure pas. On quitte cette piste bénie pour un nouveau sentier, d’abord clair, puis qu’on perd en descendant le long d’une quebrada. On reste d’abord sur la gauche de la quebrada avec une réussite discutable, puis on redescend marcher dans celle-ci avant de retenter le coup sur la droite. A nouveau on se retrouve au milieu des herbes et cette fois des buissons, avant de trouver un sillon qui serpente au travers. A la vue d’une piste lointaine, le prolongement de celle qu’on avait suivi plus tôt dans l’après-midi, on trace tout droit vers celle-ci au milieu de nombreux cervidés sauvages.

On se rend alors compte qu’on a dévié de la trace principale et on doit faire un détour longuet le long de la route pour la rattraper. On quitte donc le parc national de l’Antisana, devant le regard interrogateur des rangers avachis dans leur chaise, et on part poser la tente au bord de la rivière peu après avoir récupéré la trace. Il faut tâtonner mais il existe toujours des zones sèches autour des autres humides. Le cours d’eau n’est pas indiqué sur OSM mais il existe bien, d’est en ouest, au niveau de l’intersection entre la route à la laguna Mica et le tracé.


J3 : Entrée parc Antisana (4000m) => Quebrada La Merced (4100m)
20km, 660D+, 545D-
8h
Ce matin, on pense en avoir fini avec les tourbières et ces paillasses infernales. On s’imagine un petit sentier pierreux. Quelle naïveté ! On fait 2-3 allers-retours sur la route avant de se rendre à l’évidence, il n’y a toujours pas de trace. On coupe donc au travers de la prairie humide en sautant entre les quelques plantes fermes, on sait désormais les identifier assez rapidement. On longe ensuite les collines sur la droite, il y a des hautes herbes mais le sol est désormais sec. Après le col, un court sentier puis rebelote, on traverse le centre de la quebrada, humide, et on tente de se frayer un chemin parmi les hautes herbes. Au diable la trace qui semble couper au travers, on poursuit sur un sillon que l’on a trouvé et que l’on qualifierait de « pas si pire ».


Au loin, on commence à entrevoir le sommet du Sincholagua. On croise une piste et 2 estancias, les seules habitations de tout le trek. Il faut traverser un pont et se diriger vers la seconde estancia. On bifurque à nouveau avant le second ranch. Ce n’est pas bien clair, il faut longer la propriété et passer une grille de bois entre 2 fosses puis prendre un chemin herbeux qui s’élève. A partir de là, la trace devient enfin plus aisé ; il y a toujours plusieurs sillons, on change parfois, mais on garde aisément le cap. On pénètre dans une vaste zone de paramo inhabitée, sinon de quelques chevaux sauvages. Des condors planent au dessus de nous.

On aperçoit la lagune Taracocha, qu’on suppose être le 3ème bivouac officiel. Une zone est indiquée sur OSM un peu plus loin mais il y a un bon spot plat au bord de la lagune. Il est à peine 13h, on décide d’avancer, au grand désarroi de Camille.

On grimpe peu à peu pour quitter ce haut plateau, toujours avec le Sincholagua en point de mire. La trace est plutôt roulante et la pente très raisonnable.



Au premier col, on ne suit pas le tracé, qu’on ne discerne pas, et on prend un autre sentier bien marqué qui redescend légèrement avant de remonter à un second col. Le Cotopaxi se rapproche à grands pas ! Après ce deuxième col, il faut coller au Sincholagua (ne surtout pas descendre dans la vallée !) et rejoindre un dernier col rocheux à l’ouest. Le décor est lunaire avec ces coulées de sable et pics rocheux qui émergent du volcan Sincholagua.


Ça y est, on redescend enfin ! C’est particulièrement rocailleux, et la fatigue n’arrange rien. On espère trouver un emplacement viable pour planter la tente mais on doit aussi trouver de l’eau, nos réserves sont à sec ! Malheureusement les différents ruisseaux annoncés sur la carte n’existent pas. On repère enfin une zone humide où s’écoule un mince filet d’eau. Comme souvent, il y a une partie plus sèche au bord, il faut un peu tâtonner et on finit par trouver le spot idéal.


Le plan était parfait. Vue superbe, emplacement sec et plat, pas trop haut en altitude, et de l’eau à disposition. On ne pouvait pas rêver mieux. On profitera d’ailleurs d’un coucher de soleil exceptionnel !



J4 : Quebrada La Merced (4100m) => Camp La Rinconada (3820m)
19km, 270D+, 565D-
7h
C’est le dernier jour, celui qui doit nous amener au parc Cotopaxi. On se lève une nouvelle fois par un temps radieux. On le répète souvent, la météo ne fut pas toujours de notre côté durant ces un an et demi. On a parfois le sentiment d’avoir eu du froid et de la pluie quasiment sur l’ensemble du voyage. Il n’y a qu’à voir les derniers mois et treks : Quilotoa, la Cordillère Blanche, la Cordillère Huayhuash… Alors pour une fois que nous sommes bénis des cieux, on va pleinement savourer notre chance !
On poursuit la longue redescente au travers de la quebrada. Sur le chemin on croise un ou deux potentiels spots de bivouac et un ruisseau. Le sentier est plutôt bien marqué.


Sur la dernière portion, on s’égare à nouveau au milieu des pajas (hautes herbes, communément appelés saloperies par les randonneurs) avant de rejoindre la piste au Sincholagua. Ayé, c’est fini. Ou presque, la suite sera une partie de plaisir, une errance bucolique sur les vastes steppes de l’un des plus beaux volcans du monde.
De notre colline, on observe toute la chaîne des volcans, ou presque : nos compagnons de ces derniers jours (Antisana, Sincholagua et Cotopaxi) mais aussi les Pichincha, le Cayambe, Imbabura, Ruminahui, Pasochoa…

La piste chute verticalement en direction du rio Pita. On prend d’ailleurs un raccourci qui coupe au travers d’une forêt de conifères. Autour du rio, plusieurs spots pour bivouaquer. Nous sommes à la frontière du parc, ce sont en théorie les derniers autorisés.


La majorité des tracés du Condor prend alors la direction de l‘auberge Tambopaxi, sans doute pour passer la nuit ou contacter un taxi. Quitte à être ici, dans cet environnement splendide, autant en profiter. Une autre raison potentielle serait de passer par l’entrée officielle et de s’enregistrer auprès des rangers. A vrai dire, on s’en moque un peu d’annoter notre nom sur leur bout de papier, d’autant plus maintenant qu’on en a fini avec le Condor, et on a eu des échos de personnes qui se sont vues refuser l’accès à pied !
Ni une ni deux, on opte pour un chemin secondaire emprunté seulement par les chevaux et qui traverse le parc en direction de la lagune Limpiopungo. On ne croisera personne, sinon des paysages formidables et des troupeaux de chevaux sauvages.



Plus de chemin sur la dernière portion, on rejoint la lagune le long de la route principale. Nous sommes dimanche, c’est un peu la balade familiale des quiteños, des hordes de voitures nous recouvrent de poussière. Dommage qu’on ait prévu de rester une nuit supplémentaire, nous n’aurions eu aucune difficulté à faire du stop, des voitures s’arrêtent même pour nous le proposer.
C’est toujours avec une certaine surprise (et appréhension) qu’on retrouve la foule à la sortie d’un trek. Pas un péquenaud pendant 3 jours et soudain… des centaines de personnes qui se pressent sur le minuscule ponton de la lagune.


Mais comme dit précédemment, nous ne rentrerons pas ce soir. Déjà parce que nous avons planifié (et réservé) les Illinizas pour le lendemain et parce que John, jamais rassasié, souhaiterait accrocher un nouveau trophée sur son armoire imaginaire, celui du Ruminahui. Depuis le campement de La Rinconada, cela représente une petite trotte dont on se passerait bien, alors on envisage de commencer le sentier au volcan et de bivouaquer sur le chemin (pas vu, pas pris). Les pieds de Camille sont douloureux, la chair est complètement à vif entre les orteils. Avec l’Illiniza en vue, elle préfère renoncer.
On rejoint finalement le campement (3$/p) à quelques kilomètres. La vue est superbe, il y a un abri et des toilettes. On profite d’un dernier coucher de soleil formidable sur le dôme parfait du Cotopaxi, le fameux « cou de la lune ».



J5 Bonus : volcan Ruminahui (4630m)
Le Ruminahui est un volcan au dôme éclaté qui fait face au Cotopaxi, il présente plusieurs sommets. Le Central (4630m) est le plus prisé, c’est le plus simple et le moins élevé. Le Norte (4721m) partage le même chemin avant de bifurquer sur un sentier peu marqué et qui nécessite sans doute un peu de crapahutage sur les rochers. Le Noroccidental (4490m) est quant à lui accessible depuis le nord, mais est peu documenté. Enfin, un dernier sommet à l’ouest n’est pas toujours mentionné sur les topos. OSM semble indiquer un chemin qui part du camping, atteint ce premier sommet et rejoint ensuite le Central via une arête. Je n’ai pas trouvé non plus d’infos dessus mais certains passage me semblent particulièrement exposés contrairement à ce que laisse penser la classification du tracé. Pour rappel, OSM est un projet collaboratif et tout ne doit pas être pris pour argent comptant, notamment sur ce continent.
Bref, après réflexion je décide de partir sur le sommet Central. Lorsque sonne le réveil, l’envie n’y est pas vraiment. Il fait encore nuit, l’air est glacial. Il faut toujours une bonne dose de motivation (ou de fierté ?) pour se lancer. Pas le temps de laisser le doute s’immiscer, petit-déjeuner express dans la tente et c’est parti.
Les quelques kilomètres aller-retour pour la lagune Limpiopungo n’étaient pas prévus. Avec des jambes fatiguées et des pieds meurtris après plusieurs jours d’errance, le moindre kilomètre compte, et il faut encore en garder sous le pied pour l’Illiniza Norte à venir.
Le sentier part du bout de la lagune et s’élève le long d’une bonne ravine glissante jusqu’à un premier replat humide. Derrière, alors que le soleil fait son apparition, le Cotopaxi se dresse majestueusement.

Le bivouac n’est légalement pas permis au sein du parc, où on ne peut normalement camper qu’à la Rinconada ou au Tambopaxi. Dans les faits, on suivra la règle du pas vu, pas pris. Pour ceux qui font le tour du Cotopaxi par exemple, il n’y a guère d’autre choix que de bivouaquer en chemin. Sur le tracé qui mène au pic central, on préférera s’éloigner un peu par précaution (si on laisse la tente sur place), et on trouvera plusieurs espaces herbeux à mi-chemin. Certaines zone sont humides mais il y a toujours des espaces secs. En revanche, je n’ai pas observé (ni cherché) d’eau à proximité, bien qu’il y ait un point OSM.
A l’arrivée sur la crête qui mène au volcan, les différents sommets de celui-ci se dressent face à moi.

Après le Condor, on est forcément surpris de voir un tracé aussi clair et roulant ! Seule la dernière portion est plus engagée : raide et sableuse, si elle est exigeante à la montée, c’est souvent pire à la descente.


Une fois en haut, toute l’avenue des volcans se dévoile sous un ciel parfaitement dégagé : Cayambe, Antisana, Illinizas, Chimborazo… Et bien sûr, le Cotopaxi.



Mis à part une première portion délicate et glissante, la redescente est facile et rapide jusqu’à la laguna Limpiapungo. Plus qu’à rentrer au campement ranger la tente et… tenter du stop !

On attendra sans doute une petite heure, il n’y a guère de passage le matin en semaine, sinon quelques tours. Finalement une voiture de locaux s’arrête. Toutes les places sont pourtant occupées, avec les enfants derrière. Ils nous regardent sans piper mot. On les fixe en retour, attendant une question, un signe… On se dévisage bêtement pendant quelques secondes gênantes avant de demander pour qu’ils nous redescendent. Ils acquiescent d’un simple hochement de tête, prennent les enfants devant, et nous voilà partis !
Bilan
Ce n’est certainement pas Camille qui dira le contraire ; la Ruta del Condor est une traversée rude, sauvage et pourtant formidable. C’est un véritable condensé des Andes équatoriennes et de l’Avenue des volcans avec en point d’orgue, les imposants dômes glaciaires de l’Antisana et du Cotopaxi et un indéfinissable sentiment de liberté.
Cela dit, en considérant la météo parfaite dont on a joui, nous n’avons pas éprouvé tant de difficultés que prévu. Bien sûr, le terrain est pourri et le sentier inexistant. On tergiversera régulièrement, effectuant parfois quelques aller-retours, mais sans jamais s’égarer, et on parviendra même à garder les pieds au sec (pour Camille), malgré de simples chaussures à tige moyenne.

