Après Quilotoa, on remonte directement à Quito d’où l’on rayonnera pour les prochaines semaines, avant et après notre séjour aux Galápagos. La capitale, plutôt tranquille et au joli centre colonial, est une plateforme idéale pour explorer les environs tout en laissant le gros de nos affaires.
La capitale
A chacun de nos (nombreux) passages, nous séjournerons à l’auberge Yumbo Imperial dans le centre. Déjà, c’est la moins chère (~10$ la nuit) qu’on ait trouvée, c’est situé en plein centre (dans à équidistance des différents terminaux) et le propriétaire est très accueillant et gardera nos bagages à plusieurs reprises, plus d’un mois en tout ! Côté points négatifs, c’est un peu bruyant, entre la rue et la cuisine… et le centre n’est pas forcément ce qu’il y a de plus fun en soirée. 19h plus un chat !
Le centre colonial de Quito est assez grand, avec quelques jolies rues et belles bâtisses. On se baladera à plusieurs reprises.



Côté resto pas de folies, on cuisinera une bonne partie du temps. Cela dit, on fera quelques bouis-bouis locaux, avec un bon petit déj (tigrillo, jus de fruits, café… le tout autour de 4$) à Oasis, un chouette almuerzo à petit prix (2$) dans un patio rue Juan José Flores et José Joaquin Olmedo (les adresses sont données de telle manière en Équateur, avec la rue dans laquelle se trouve le lieu puis la rue la plus proche qui la croise) et notre QG, Las Delicias de Mariana, clairement pas de la haute gastronomie, mais une simple assiette de frites avec un burger, salchipapa… pour 2-2,5$, on sait pourquoi on y va !


Il reste à se balader dans le centre, découvrir les places, explorer les patios des maisons coloniales et les nombreuses églises.




Cascade Condor Machay
Pour notre premier jour à Quito, on décide de partir explorer une cascade en bordure du parc Cotopaxi. Elle n’est pas bien connue, sinon des locaux.
On prend un bus à Sangolqui depuis le terminal Playon de la Marin, en bordure du centre. On espérait enchaîner avec un nouveau bus (intersection des rues Maranon et Venezuela) à destination de la paroisse Rumipamba mais il semble que le bus ne réalise le trajet qu’une fois à la journée, peut-être à 7h du matin. Il nous dépose en réalité au terminal de la compagnie (Calsig Express) en bordure de la ville.
On pensait initialement marcher jusqu’à la cascade mais ce sont plusieurs kilomètres qui nous en séparent, on prend donc une camioneta pour 7$, elles attendent (évidemment) près du terminal. A notre arrivée au parking de la cascade, on découvre que le prix a augmenté, l’entrée est désormais à 4$/p. Il y a 2 sentiers mais on ne réalisera que le principal.



Peu après le départ, on rencontre une porte close après un ponton, avec un panneau d’interdiction. On ne nous a rien dit à ce sujet, en même temps nous n’aurions pas payé l’entrée si l’on savait que c’était inaccessible, alors on enjambe la porte et on poursuit.






C’est un joli trail dans une forêt verdoyante, au cœur d’un petit canyon. On croise plusieurs cascades et on traverse un nombre incalculable de ponts au dessus de la rivière, plus ou moins en bon état.






En chemin, Camille heurte un rocher violemment avec le genou. C’est quand même bête de se blesser sur une petite balade après tous les sentiers casse-gueule qu’on a pris depuis plus d’un an ! C’est toujours dans ces moments-là qu’on relâche l’attention.
La fin est un peu longuette, et le chemin pas forcément entretenu. On arrive enfin au bout du canyon et on découvre une superbe cascade au débit impressionnant.



De retour au départ du sentier (cela nous aura pris 3h AR), on commence à marcher sur la route puis la première voiture nous prend en stop jusqu’à Sangolqui.
Intégrale Pichincha
A la frontière ouest de Quito s’élève un imposant complexe volcanique, celui du Pichincha, composé de plusieurs volcans dont le célèbre Rucu Pichincha, observable depuis la ville.
Le Rucu représente un sommet relativement accessible et très populaire auprès des locaux comme des touristes puisque le téléphérique permet d’accéder au départ du sentier. John étant déjà grimpé il y a quelques années, un autre défi lui vient, celui d’enchaîner les différents sommets du Pichincha.
L’intégrale ?
L’intégrale du Pichincha est un parcours officiel et balisé, il consiste à relier le Rucu Pichincha (4696m) et son « petit frère », le Guagua Pichincha (4794m), bien plus récent (guagua signifie gamin en Équateur). En cours de route 2 autres pics peuvent être grimpés : le Padre Encantado (4520m) et le Ladrillos (4616m).
L’option la plus simple consiste à partir du refuge du Guagua et à rentrer en téléphérique à Quito.

Difficulté
Le Rucu est un sommet très populaire, étant aisément accessible en transports en commun. Il n’est pourtant pas à sous-estimer, culminant à 4696m. Bien des touristes font l’erreur de s’y attaquer sans expérience ni acclimatation suffisante.
Techniquement il ne représente guère de difficulté sinon un peu de crapahutage sur la dernière partie. Il vaut mieux s’équiper d’un casque car les chutes de pierres sont fréquentes, notamment les week-ends où il n’est pas rare d’y croiser plus d’une cinquantaine de personnes.
Pour la traversée intégrale, si elle ne présente pas de difficulté particulière et s’avère même relativement abordable en partant du refuge, c’est en revanche une sacrée trotte avec un gros dénivelé depuis Lloa.
Logistique
Depuis peu, des bus (blancs) fréquents raccordent Lloa au terminal Quitumbe à partir de 5h du matin. On peut aussi les prendre à l’intersection Angamarca et Av. Mariscal Sucre (point sur OSM). Le trajet coûte 0,5$ pour environ 30min (depuis l’intersection).
A Lloa, 2 possibilités, prendre un taxi (onéreux) ou marcher jusqu’au refuge. Le stop peut se tenter le week-end, mais il n’y a pas non plus 40 véhicules particuliers.
Côté Rucu, le téléphérique permet de redescendre/monter à Quito (9$), sinon un sentier (safe) existe. C’est un peu boueux après des pluies et il y a mine de rien un bon déniv, à faire plutôt au retour qu’à l’aller…
Et comme dit précédemment, il existe bien un refuge au Guagua, mais il n’est pas forcément toujours ouvert et on ignore le prix de la nuitée.
Récit
Tandis que Camille préfère se concentrer sur le Rucu depuis le téléphérique, John part seul avant l’aube. Pas de temps à perdre, une grosse journée est prévue, et il aimerait éviter les orages de fin de journée. Au nord du centre, il prend un bus (R12) pour rejoindre l’intersection de la route qui mène à Lloa puis enchaîne sur un bus jusqu’à ce petit village champêtre.
Départ depuis la place du village sur une route d’abord pavée puis une assez bonne piste qui grimpe progressivement. Les paysages, d’abord de campagne, évoluent petit à petit vers le paramo andin.



C’est samedi, quelques 4×4 passent pour monter au refuge. Soudain un véhicule s’arrête pour l’inviter à monter. Il ne se fait pas prier. Tant pis pour le challenge depuis Lloa si ça peut permettre de devancer les orages.
La voiture est composée de plusieurs étrangers qui vivent en Équateur, dont une guide suisse. A vrai dire, ils me font la morale. La montagne c’est dangereux, la météo est imprévisible… Le ton du conducteur, un français, est hautain et rabaissant. Quand il me demande si je pensais pouvoir arriver là-haut à temps, il répond lui-même d’un non cinglant.
C’est contre-productif et infantilisant. Prévenir, conseiller, voire mettre en garde… Cela n’est pas propre à la montagne, je pense que l’apprentissage doit se faire avec pédagogie et respect. Bref, je n’ai rien à prouver, je range ma fierté dans un coin et je profite de ce lyft gratuit.
On arrive alors au refuge et point de départ. Il faut normalement s’enregistrer et payer 1$ au refuge pour je ne sais quelle raison. Depuis le parking, l’ascension n’en a plus que le nom, ce sont à peine 160m de dénivelé à grimper sur un petit kilomètre.
Il semble y avoir 2 sentiers pour accéder au sommet du Guagua Pichincha. Le plus évident part à la gauche du refuge jusqu’à un autel et une croix puis il faut escalader quelques rochers pour parvenir au sommet. Un autre sentier part à priori sur la droite / derrière le refuge et rejoint sans doute directement le sommet sans avoir à crapahuter.



Redescente par l’arenal pierreux qui permet de rejoindre directement le sentier en direction du Rucu. D’ailleurs une fois au sentier, celui est parfaitement tracé et indiqué par des panneaux fréquents.





Deuxième difficulté du jour, le Padre Encantado qui nécessite de bifurquer du chemin principal et d’attaquer de petits zigzags sur un sol sableux et glissants. Là-haut, aucune croix pour symboliser le sommet, et à peine quelques vues au milieu des épais nuages.



Redescente par le même chemin pour rattraper le sentier principal. Il semble y avoir un possible départ au début de la redescente mais la trace n’est pas claire et avec cette météo, c’est risqué de s’y aventurer.
C’est à nouveau roulant jusqu’au Ladrillos, une bosse qu’on semble apercevoir depuis le chemin. En réalité le vrai sommet est caché derrière, et encore une fois n’est pas signalé d’une croix, sinon d’un petit cairn. Non mappée, une descente est possible après le sommet pour couper jusqu’au sentier principal. C’est un peu escarpé, avec un petit mur à descendre à un moment, à ne pas faire par temps pluvieux.



Dernière difficulté du jour avec une remontée sur les parois du Rucu Pichincha jusqu’à un petit pas permettant de passer de l’autre côté. C’est un peu sableux et quelques portions sont recouvertes de neige mouillée et glissante, mais sinon il n’y a guère de difficulté de ce côté. Une fois passé le pas, on peut lire un passage sur l’arête et crapahuter un peu en direction du sommet. C’est de l’escalade facile mais il faut quand même mettre les mains.





C’est un samedi, il y a pas mal de monde au sommet ou dans la montée, le Rucu est particulièrement prisé des locaux. La plupart portent un casque, gage d’une certaine sécurité. J’attends longuement Camille qui avait prévu l’ascension depuis le téléphérique mais elle n’arrive pas, elle est sans doute restée au chaud sous la couette ce matin ! Pendant ce temps, un rapace se rapproche dangereusement de mon sandwich.
Allez, on triche un peu et on pioche dans nos anciennes photos, histoire d’y voir quand même plus clair !




La redescente est assez raide au début, entre désescalade facile, arenal (zone de sable) et quelques passages sur rochers glissants. Lorsqu’on finit de longer les roches du volcan, on trouve un bon sentier roulant jusqu’au départ du téléphérique.
Je me sens en forme et je décide de prendre un sentier qui descend jusqu’à Quito. De mauvaise réputation à une certaine époque, il est désormais sûr, seulement fréquenté de quelques traileurs. On descend longuement dans une tranchée étroite et assez glissante après des jours de pluie, puis le chemin s’ouvre sur la deuxième partie, on se croirait à la campagne avec l’immense métropole de Quito en arrière-plan. Le sentier prend ensuite une piste qui serpente longuement jusqu’au départ du téléphérique. Il faut encore redescendre plus bas pour prendre un bus directement sur la route.


Bilan
Le Rucu Pichincha est déjà une belle rando pour ceux qui souhaitent grimper un premier 4000m, aisément accessible tant logistiquement que techniquement. Le Guagua en revanche ne représente pas un grand défi, sinon une petite « balade » depuis le refuge dans un décor impressionnant.
Pour ceux qui recherchent un challenge plus poussé, cette traversée est une belle option en bordure de la capitale. On pourra prendre un taxi depuis la ville de Lloa pour s’éviter une longue montée sans grand intérêt et ajouter les pics intermédiaires du Padre Encantado ou du Ladrillos si on se sent en forme et que la météo le permet.
Illiniza Norte
En Équateur, l’ascension de tout glacier est (en théorie) prohibée depuis 2012 et les incidents survenus aux Illinizas. Avec un voyage à long terme, nous ne pouvons pas nous permettre de dépenser autant dans une ascension avec guide. Pour cette raison notable, et parce que nous cherchons à réaliser le maximum de choses en autonomie, nous nous tournons vers d’autres défis plus accessibles et moins onéreux.

Ça tombe bien, l’Équateur regorge justement d’imposants volcans qui n’attendent que d’être gravis. C’est le cas de l’Illiniza Norte, à proximité de Quito. Les Illinizas sont les 2 pics d’un même volcan éclaté. Le sommet sud absorbant davantage d’humidité, il est encore recouvert d’un glacier, et représente un défi technique bien plus avancé avec une pente particulièrement raide.
En revanche le sommet nord est dépourvu de neige la majeure partie de l’année et présente un relief moins escarpé.
Le volcan a donné son nom à la réserve en 1996, qui inclut également la célèbre caldeira de Quilotoa.
Permis
L’Illiniza Sur n’est légalement accessible qu’avec un guide accrédité. Quant à l’Illiniza Norte, il suffit de faire une demande d’autorisation par mail auprès de l’administration de la réserve. On reçoit une matrice à remplir où l’on indique l’objectif (Illiniza Norte, Sur, cerro Corazon, accès au refuge/lagune), les dates et la liste des participants, puis l’on reçoit en retour l’autorisation et une charte de responsabilité à imprimer (avec la matrice) et à fournir à l’entrée de la réserve.
L’entrée de la réserve est gratuite (2025).
Dans les faits, les rangers peuvent se révéler particulièrement… frileux (surtout avec les étrangers). A tort ou à raison, après tout de nombreux accidents sont déjà survenus. Il est possible que selon les conditions météo, l’état du terrain, voire l’humeur des rangers, qu’ils ne soient pas disposés à vous laisser passer sans guide ou sans équipement. Si en théorie un guide n’est pas obligatoire et seul le casque est exigé, ils peuvent exiger des preuves de l’expérience. Parfois, comme au Tungurahua, ils exigent que l’un des membres du groupe connaisse déjà l’itinéraire. Si vous êtes expérimenté et sûr de vous, des photos glanées (comme sur ce blog) devraient les convaincre que vous êtes déjà venu.
Logistique
Pour notre part, nous nous y sommes rendus après le trek du Condor, en redescendant du Cotopaxi. Il suffit de prendre n’importe quel bus montant pour Quito et de descendre à l’intersection pour Chaupi.
Des bus passent ensuite régulièrement (toutes les 30min) à destination du village de Chaupi, point d’entrée de la réserve. Les bus partant de Machachi, on peut aussi se rendre là-bas pour attraper le bus.
Depuis Chaupi, ce sont ensuite 8km jusqu’au parking La Virgen, d’où part le sentier. La route est entièrement pavée (inca-style) mais assez endommagée à certains niveaux, difficile de l’envisager sans 4×4 ou au moins un véhicule avec un bas de caisse relevé. Pas sûr que la route soit remise en état de sitôt.
On peut prendre un taxi depuis Chaupi (30$ aller-retour ?) ou faire le trajet à pied, soit la veille, soit le jour-même à raison d’une bonne grosse journée.
Il est possible de camper (uniquement) au niveau du parking La Virgen uniquement, que ce soit en tente ou en véhicule. Un ruisseau permet de s’approvisionner en eau. En revanche il n’est plus permis de camper près du refuge.
En parlant du refuge, il est à 15$ la nuit (amener son sac de couchage) et environ 30$ pour la demi-pension. Mieux vaut réserver pour être sûr de ne pas trouver porte close. Il faut tout de même considérer son altitude élevée (4770m !) ; dormir à cette altitude peut être relativement compliqué, même acclimaté.
Difficulté
Pour être honnête, l’Illiniza Norte nous a semblé relativement accessible. Il faut remettre en contexte, nous sommes parfaitement acclimatés (d’autant à la sortie du trek du condor) et nous commençons à devenir coutumiers de ce genre d’ascension. Qui plus est, nous avons réalisé l’ascension en 2 jours et avons profité d’un lyft bienvenu jusqu’au parking de La Virgen, qui nous aura préservé quelques forces.
Physiquement, les 2000m du Tungurahua constituaient un défi nettement plus conséquent. Depuis le parking/campement, ce ne sont « que » 1100m de dénivelé positif sur un chemin assez roulant jusqu’au refuge.
En revanche, l’ascension est plus exposée dans la dernière portion. Il vaut mieux ne pas être sujet au vertige et idéalement avoir un peu d’expérience en alpi/escalade ou randonnée engagée. Auquel cas, rien de bien méchant. Tous les passages exposés peuvent être aisément négociés avec calme et sang-froid. Les rochers offrent suffisamment de prises pour se sécuriser sur les passages dits aériens.


On se méfiera néanmoins des conditions climatiques (pluie, brume) ou de la présence de neige, qui peuvent alors considérablement changer la donne. Comme toujours dans les Andes, mieux vaut partir tôt.
Récit
On se rend à Chaupi depuis le parc du Cotopaxi. Ce matin, John est parti faire mumuse sur le Ruminahui central, l’un des sommets du volcan éponyme, situé facé au Cotopaxi. Par chance, tout s’enchaîne assez vite, pris en stop jusqu’à la panam, bus à destination de Quito pour nous remonter au niveau de Chaupi et enfin un bus qui nous amène au village. Nous profitons d’un après-midi tranquille à l’Illiniza lodge (~33$ pour 2, avec petit déjeuner et dîner).


Le lendemain nous prévoyons uniquement de monter jusqu’au parking La Virgen, à côté duquel il est possible de camper. On part tranquillement en fin de matinée, le temps est radieux. A peine quelques dizaines de minutes plus tard, un 4×4 s’arrête et nous invite à monter ! Le guide nous a grillé direct, avec nos casques accrochés sur le sac, et préfère nous économiser cette longue montée en plein soleil. C’est vraiment cool de sa part, les tours s’arrêtent rarement pour prendre quelqu’un en stop, et encore moins de lui-même.
On le remercie chaleureusement et on discute quelques minutes. Avec son client, ils montent au refuge pour passer la nuit, et ils partiront sans doute à l’assaut de l’Illiniza Norte vers 3-4h du matin. Ouhla, bien trop tôt pour nous, mais on les croisera peut-être à la redescente.
En dessous du parking, une grande zone herbeuse permet de camper, avec un ruisseau à proximité. C’est le seul emplacement autorisé dans la zone. On pouvait autrefois camper près du refuge pour quelques dollars mais cela ne semble plus permis, sans doute pour obliger à dormir directement dans celui-ci.

On passe le reste de l’après-midi à se reposer et profiter du paysage : les 2 pics de l’Illiniza, le cerro Corazon et même le dôme du Cotopaxi au loin. Pour une fois, avec l’eau à disposition, on s’hydrate allègrement afin de mieux gérer l’altitude.

L’Illiniza Norte est généralement sans neige, il n’y a donc pas de nécessité à le grimper de nuit, d’autant avec les terribles températures qui sévissent en ce moment. En outre, on préfère ne pas s’engager de nuit sur un sentier aussi escarpé et exposé sans le connaître au préalable. C’est le meilleur moyen de se perdre et de provoquer un accident.
Ainsi, le lendemain, réveil à 4h30. La tente et l’herbe ont gelé. On prend le petit-déj à l’intérieur de la tente, un bon bol de céréales avec du yaourt et un café chaud pour se donner du baume au cœur. On se prépare à l’intérieur et on se met de suite en route pour se réchauffer. Avec l’effort, un pull et un simple coupe-vent suffisent. On laisse les bâtons et les casques dans le sac pour l’instant.

Il nous faut 2h pour atteindre le refuge. Le sentier est bien roulant, quoiqu’un peu pierreux sur la deuxième partie, et parfaitement signalé par des poteaux réfléchissants. On profite d’un superbe lever de soleil sur la région.



Après le refuge, un panneau indique clairement le départ du sentier.


Il est possible de se rendre à la laguna Verde, moyennant 2km aller-retour, mais elle est encore dans l’ombre au matin et on peut l’observer lors de l’ascension.

On enfile les casques, c’est parti pour l’ascension finale, environ 300m de dénivelé sur 1km. On s’élève rapidement, la pente est raide et un peu glissante, mais pas de difficulté pour l’instant. Quand on parvient au pied d’imposants pics rocheux, il faut prendre sur la droite. Des empreintes de pas (dont il faut certes toujours se méfier) permettent de suivre aisément l’itinéraire sans utiliser la carte.

On parvient rapidement au fameux paso de la muerte. Certes, c’est une zone assez exposée, sur plusieurs dizaines de mètres, mais qu’on parvient aisément à franchir sans risque. Les chaussures de John, après 3 mois de trek intensif au Pérou, sont devenues parfaitement lisses, et il glisse sur le moindre terrain un peu pentu. Pourtant, en avançant avec précaution et en s’aidant des nombreuses prises rocheuses, ce n’est nullement un problème.
Camille ayant pris la tête, elle se trompe de direction sur quelques mètres, mais on s’en rend rapidement compte et on rattrape le bon chemin. La fin est plus aérienne et on crapahute sur des rochers offrant de multiples prises. Après 2h (du refuge) on parvient alors à la croix qui marque le sommet et on profite d’un panorama exceptionnel. Encore une fois, tous les volcans sont au rendez-vous, et notamment le magnifique pic enneigé de l’Illiniza Sur, dont on distingue la trace jusqu’au sommet.

On distingue même le cratère de Quilotoa qui appartient à cette même réserve Los Illinizas, et le canyon Toachi depuis le village de Sigchos, que l’on a traversé il y a 2 semaines.

Vient le temps de redescendre et ce n’est jamais une gageure. La désescalade depuis le sommet est aisée et on bifurque ensuite sur l’arenal, une zone sableuse/rocheuse qui permet de descendre en diagonale directe depuis le sommet, sans repasser par le sentier initial. Cette portion est normalement interdite à la montée pour cause de nombreuses chutes de pierre déclenchées (ou non) par les alpinistes qui descendent. D’ailleurs on voit quelques caillasses dévaler la pente à une vitesse folle. Mieux vaut ne pas être sur leur chemin, même avec un casque.


La première partie se négocie sans trop de difficultés grâce aux larges rochers bien ancrés dans le sol, et la dernière est suffisamment sableuse pour freiner les glissades. En revanche, l’entre-deux est un enfer, comme toujours. La pente est très raide et glissante, on fait de petits pas en s’aidant des bâtons pour ne pas glisser.

Après d’intenses minutes, on finit par rattraper le sentier principal, quelques centaines de mètres sous le refuge, et on poursuit tranquillement jusqu’au campement. La redescente nous aura pris 2h, soit 6h en tout (montée + descente). On range la tente et on engage la dernière descente jusqu’au village de Chaupi, sur une interminable piste aux pavés irréguliers, qui nous prendra 1h30.
Boucle du Pululahua
Aux portes de Quito, on trouve la réserve géobotanique du Pululahua, anciennement parc national cerro Pondona (1966), la première aire protégée de l’Équateur continental. Curieusement située à seulement 5km de la Mitad del Mundo, soit la latitude 0°0´0″, elle appartient à la réserve de Biosphère du Choco Andino.
C’est un cratère de 12km de diamètre, l’un de plus grands d’Amérique du Sud, et l’un des 2 seuls habités au monde (avec Aogashima au Japon). Potentiellement actif et oscillant entre 1800 et 3350m c’est une terre très fertile. La dernière éruption, il y a 2300 ans, a formé plusieurs dômes de lave observables à l’intérieur du cratère : Pondona, Chivo et Pan de Azucar.
En quechua, pululahua signifie « nuage d’eau », en effet chaque après-midi ou presque, la caldeira se couvre de nuages qui arrivent du Pacifique.
Difficulté
Pour une fois, c’est un petit trek sans grande difficulté. Honnêtement, on pourrait presque considérer de le faire sur une seule journée, bien que ce serait dommage de ne pas profiter d’un bivouac dans cet environnement. Le dénivelé est faible et réparti sur l’ensemble du parcours, exception faite de la dernière montée pour atteindre le portail Ventanillas. Le terrain est très roulant avec une bonne partie le long de la piste.
Côté altitude, c’est raisonnable, puisque la majeure partie du parcours se fait en deçà des 3000m. Finalement, le seul point qui peut gêner, c’est la météo capricieuse de la zone. Nous aurons pas mal de pluie sur nos 3 jours.
Logistique
Il n’existe que 2 routes d’accès au cratère : par Calacali (portail Moraspungo) et par San Miguel de Piscopata. On peut aussi entrer à pied par le mirador Ventanillas à la sortie de Quito, c’est l’accès le plus connu bien que piétonnier.
Depuis le terminal urbain de la Ofelia, on peut prendre un bus à Calacali (1h, 0,3$/p) qui circule toute la journée, et descendre à l’entrée souhaitée. Il faudra marcher un peu (1,3km) pour atteindre le mirador Ventanillas.
On peut aussi prendre un bus à Mindo pour descendre à Calicali mais les horaires sont bien moins réguliers, les tarifs plus chers, et ils privilégieront les personnes qui font le trajet intégral.
Récit
J0 : Quito => Calicali => Camping officiel
On part tranquillement, aujourd’hui le plan est seulement de rejoindre le camping à l’entrée du parc. En début d’après-midi on prend un bus pour rejoindre le terminal La Ofelia puis on enchaîne avec un nouveau bus à Calicali, tout de même 2 fois 1 heure !

L’accès au parc est un peu avant le village, mais on s’arrête au terminus pour observer le monument sur la place qui marque la ligne équatoriale, à la latitude 0°0´0″. En effet le célèbre site de la Mitad del Mundo à la sortie de Quito n’est en réalité pas placé au bon endroit !
A part cela, pas grand-chose à voir. Ni grand-chose de visible, il flotte comme vache qui pisse. On enfile nos affaires de pluie dès la sortie du bus et on croise les doigts pour que ça cesse rapidement.
Nous remontons la route jusqu’à l’intersection et poursuivant sur une piste en direction de l’entrée du parc. Ça s’élève peu à peu jusqu’à franchir les bords du cratère, avant de commencer à redescendre à l’intérieur de celui-ci. La cabane des rangers est située peu après le col, mais il n’y a personne, il est pourtant 17h02… A peine 2 minutes après la fermeture. Tant pis pour le registre !


On poursuit quelques centaines de mètres jusqu’au camping, à l’écart de la route, où l’on découvre un joli petit espace herbeux, pas du tout plat, et des quinchos (abris) avec table et barbecue.
On est trempé… Vraiment. Ce n’est pas le super bivouac qu’on avait imaginé mais au moins on sera à l’abri pour manger. On étale nos affaires pour qu’elles sèchent, sans grande conviction et on joue aux cartes pour faire passer le temps.


La pluie ne faiblit pas, et il nous faut monter la tente avant la tombée de la nuit. Le terrain est bien humide, assez incliné, on décide de la placer au bord du quincho, c’est l’espace le plus plat. En revanche, si la moitié de la tente est abritée, elle est également placée sous la bordure du toit, d’où un constant ruissellement d’eau dessus. Plus qu’à espérer ne pas se réveiller dans une mare au petit matin.
J1 : Camping officiel => Bivouac nord Pondona
Au matin on est réveillé par le bourdonnement des colibris, ça faisait longtemps ! Il a plu une bonne partie de la nuit. C’est encore très couvert, on entrevoit tout juste les bords de la caldeira.


On prend la piste pour descendre dans la caldeira, les quelques voitures qui passent nous saluent chaleureusement. Il y a beaucoup de plantes, fleurs, c’est une végétation très dense, elle nous fait penser à celle du Podocarpus, qui plus est avec la brume environnante.








D’ailleurs il y a des panneaux routiers signalant les ours à lunettes ! Sans doute une de nos dernières opportunités de les croiser avant de nous en remettre au mirador de l’ours andin.

Une fois en bas, on prend la direction opposée au hameau de Pululahua pour réaliser le tour du cerro Pondona, le dôme majeur à l’intérieur du cratère. Il est possible de faire un détour aux eaux thermales, une petite rivière tiédasse où l’on peut mettre les pieds, ou aux anciens fours à chaux. On peut également prendre la route au bosquet de nuages Yunguilla.

Le tour du cerro Pondona est parfois appelé boucle de l’Infiernillo, c’est notamment un itinéraire prisé en VTT. Justement, cette partie quitte la route pour un petit chemin, toujours au travers d’une abondante végétation. On ne croise quasiment personne, sinon un ouvrier qui nettoie le sentier.








Alors que la pluie commence, on pose la tente au bord du sentier au nord du Pondona, seuls au monde. On passera l’après-midi à profiter de la quiétude du lieu et des superbes vues, malheureusement avec de petites pluies régulières.



Au soir, des moustiques gigantesques sont de sortie !
J2 : Bivouac nord Pondona => Portail Ventanillas => Quito
Ce matin, on rejoint le village de Pululahua via un joli sentier ténu et bien trempé qui serpente dans les bois et s’élève sur les bords du cerro Pondona avant de redescendre en direction du village de Pululahua.





On prend alors le trail au Pondona, et une bonne grimpette, pour obtenir un superbe point de vue sur la caldeira, alors que des condors nous font l’honneur de leur présence.




On redescend au village, croisant beaucoup de randonneurs du dimanche samedi, ça fait un peu balade familiale pour les locaux. Il y a aussi plusieurs campings, c’est très mignon.


On attaque la remontée au mirador Ventanillas, plutôt courte mais bien raide, et on profite d’une dernière vue assez dégagée sur la belle caldeira. Dire qu’on est à seulement 2 pas de Quito…

On redescend à la route puis on prend un bus pour rentrer au terminal de La Ofelia.
Bilan du trek
Qu’on le fasse sur une journée ou davantage, le cratère du Pululahua est une jolie sortie qu’on ne soupçonnerait pas à seulement quelques kilomètres de Quito et de la Mitad del Mundo.
Si ce n’est pas le trek le plus impressionnant qu’on ait pu réaliser, on a apprécié la tranquillité de ce bel écrin de nature. L’itinéraire est composé à 50% de piste (avec peu de passage) et pourrait aussi être réalisé en vélo sur 1 ou 2 jours.
Autres
Que l’on désire ou non s’éterniser à Quito, c’est un bon emplacement pour rayonner dans les différentes régions alentours en laissant le gros de ses affaires. On citera notamment :
- Mindo : nature luxuriante, cascades, oiseaux…
- Otavalo : marché artisanal, randonnées, lagunes…
- Papallacta : eaux thermales
- Parc national Cotopaxi : tour guidé, randonnée, ascension…
Bilan
Quito est souvent un arrêt obligé. Point d’arrivée, de départ, ou simple passage le long de la Panaméricaine, difficile de l’éviter. Si la ville ne nous a jamais vraiment convaincu, on s’y est toujours senti en sécurité, et on apprécie déambuler dans la vieille ville en cours de journée. En revanche c’est un emplacement idéal pour explorer les environs, à la journée ou sur plusieurs jours.

