Après la météo chaotique du Huayhuash, l’envie n’est guère au rendez-vous. Pourtant, j’ai trépigné 6 ans d’impatience pour revenir ici, je m’en voudrais de partir si hâtivement. Je me lance un dernier défi, pour un itinéraire méconnu et peu documenté que j’ai repéré depuis déjà quelques temps aux abords de Huaraz.
correction : sommaire ouvert
Le trek qui n’existait pas
Ah la célébrissime traversée des 4 quebradas ! Non, ne cherchez pas ailleurs, c’est un nom trivialement composé par moi-même. Nulle question de nombrilisme, je n’ai simplement pas trouvé de trace ou témoignage sur cet itinéraire…. Sur OSM (base de données géologique dite contributive, celle utilisée par maps.me ou osmand), quelqu’un semble avoir enregistré le gpx sous le nommage travesia de Ishinca. Le problème c’est que le nom d’Ishinca réfère tant à la vallée qu’au sommet ou au col, et que le trek, boucle ou encore traversée d’Ishinca est généralement utilisé pour qualifier l’itinéraire qui connecte les 2 vallées d’Ishinca et Akilpo par le paso Urus.
D’où ce nom banal des 4 quebradas, à l’image de la randonnée des 4 lagunes également près de Huaraz, pour éviter toute confusion.
Difficulté
3-4 jours
Le trek n’est pas à sous-estimer. 3 cols au-delà des 5000m, un sentier peu tracé voire complètement absent, quelques passages « techniques » et un col glaciaire à 5350m… Je ne vais pas vous mentir, ce ne fut pas toujours une partie de plaisir. Il s’agit d’un trek exigeant qu’il convient d’aborder avec une certaine expérience, idéalement accompagné et en période sèche. A titre de comparaison, il ressemble un peu au tracé alpin du Huayhuash (hormis les passages techniques des J1 et J7).
A l’exception de la vallée d’Ishinca, où 2 refuges sont ouverts en période sèche, aucun hébergement ni ravitaillement n’existe sur l’ensemble du parcours. Il est même probable de ne pas croiser qui que ce soit sur le parcours en dehors des 2 refuges.
Variantes
Le trek traversant 4 quebradas au travers de 3 cols, il est possible de réduire le nombre de quebradas et donc de pasos. On parlera notamment des 2 traversées Akilpo – Ishinca et Cojup – Quilcayhuanca qui peuvent se réaliser sur 2 jours, voire une grosse journée. Ces variantes ont l’avantage d’éviter le paso Ishinca sur glacier, « difficulté » majeure de la traversée complète.
Akilpo – Ishinca
2 jours
Il existe des collectivos jusqu’au village de Pashpa, directement depuis Huaraz (10s aller). Je considère donc la boucle à partir du village en question, peut-être y a-t-il d’autres villages desservis par les transports en commun, sinon on pourra toujours chercher un taxi pour s’avancer jusqu’à l’entrée des quebradas.
Cojup – Quilcayhuanca
2 jours
Les bus qui se rendent à Pitec (laguna Churup, laguna Shallap…) sont idéaux pour accéder à ce trek. Au retour (ou à l’aller), on peut attendre à l’intersection entre la route de la quebrada Cojup et la route principale. Quant à la quebrada Quilcayhuanca, il suffit de poursuivre le long de la route après Pitec pour y accéder.
Logistique
Des collectivos relient tous les jours Pitec, départ à partir de 7h jusqu’à 15h (10s). C’est le point de départ de la laguna Churup, où se rendent maints randonneurs, le collectivo part quand il est plein (Av. Agustin Gamarra, point sur OSM). Pour les minis budgets, on peut simplement prendre un collectivo en direction de Llupa (2,5s) ce qui rajoute 4,3km et 440m de D+.
Ensuite il faut suivre la route jusqu’à l’entrée de la quebrada de Quilcayhuanca.
Au nord, des collectivos relient Huaraz et le village de Pashpa (10s). Depuis la quebrada Akilpo cela représente quelques kilomètres en plus sur la route, mais je ne saurais dire s’il y a une autre option (hors taxi). On pourra toujours faire du stop, les locaux étant particulièrement sympas dans ces petits villages, encore faut-il qu’une voiture passe par là…
Cette zone fait partie du parc national Huascaran et sur le principe nécessite un ticket d’accès. Dans les faits, il n’y a pas de hutte aux entrées (peut-être Ishinca en pleine saison ?) et à moins qu’un local tente de se faire un peu d’argent au passage comme certains l’ont relaté à la quebrada Cojup (suivez la règle du « no ticket, no money »), le trek est théoriquement « gratuit ».
Bivouac
Au sein du parc national, on peut bivouaquer quasiment n’importe où, même si certains campements officiels sont indiqués sur des panneaux du parc ou sur OSM. Attention à ne pas attaquer les cols trop tard, ils sont souvent raides, pierreux et offrent peu (voire pas) de possibilités de bivouac. Il y a souvent quelques espaces possibles au bord des lagunes, en général sur un sol mêlant sable ou cailloux. Le mieux reste certainement de dormir dans une vallée et de faire un col par jour, pour redormir ensuite dans la vallée suivante.
Il existe un refuge dans la vallée d’Ishinca et un autre plus petit, le Vivaque Longoni, sous le col d’Ishinca, tous deux ouverts pendant la saison sèche (mai à septembre). Le prix actuel est aux alentours de 60-70s la nuit, 180s demi-pension (uniquement pour le refuge Ishinca).
Budget
- Transport : 10s x 2 = 20s
- Bouffe : 40s
Total : 60s/p = 15€
Récit
J1 : Pitec (3960m) => Quebrada Cojup (4400m)
24km, 1350D+
8h

Départ tranquille. Au passage, je profite d’un petit-déjeuner auprès d’un petit chariot de rue. Pour 5s, je m’enfile 3 sandwichs de tortilla de verduras (omelette de légumes) et un verre de quinoa qu’on me re-remplit sans même demander. Les locaux me jettent des regards curieux, ils sont tout autant ravis que moi qu’un gringo se joigne à cette culture de rue péruvienne.
Comme d’habitude, il faut attendre que le collectivo se remplisse, ce qui prendra bien 40 minutes. J’arrive à Pitec à presque 9h. Je ne traîne pas et je continue sur la route jusqu’à la quebrada Quilcayhuanca. Au passage, je croise un large troupeau d’ovidés. La dame, qui sera la dernière personne que je croiserai d’ici Pashpa, les emmène pâturer quelques heures dans la vallée, avant la pluie. Je l’aide à faire avancer ses quelques garnements qui s’arrêtent tous les 3 mètres pour brouter les abords de la route.
La vallée est magnifique. Verte, sauvage, elle s’étend à perte de vue jusqu’à de belles montagnes blanches, qui contrastent avec le ciel azur. Trêve de rêveries, ma cuisse est toujours douloureuse après la chaotique descente du paso Zorro l’avant-veille. Rien de trop grave, peut-être une « petite » déchirure, mais je crains que cela ne devienne problématique pour les prochains jours, notamment lors de la descente des cols. Je tempère mes pas et j’essaie de la soulager tant que possible. Comme si ça ne suffisait pas, les jambes ont l’air molles, sans énergie. Après des semaines d’effort, il aura fallu une petite journée de repos pour que le corps se relâche sans doute.
Le sentier est très roulant dans la vallée, et très simple à suivre. Je retrouve enfin des vrais ponts pour traverser les rivières, plus besoin de risquer son sac à chaque passage de torrent comme au Huayhuash. Je profite d’une collation à base de beurre de mani (cacahuète) alors que le ciel se couvre et que les premières pluies s’abattent sur les montagnes orientales.





Comme sur tout l’itinéraire, les lagunes nécessitent un petit aller-retour et ça commence avec la Tullpacocha, une agréable lagune aux nuances verdâtres qui devance des glaciers monumentaux. J’en profite pour déjeuner, classique sandwich fromage – moutarde jaune auxquels j’ajoute quelques tranches de salami douteux. Les premiers flocons de neige, épais et collants, me parviennent et ne cesseront plus de la journée. J’entame alors l’interminable ascension du paso Huapi.


Une petite lagune existe dans la montée et nécessite également un détour pour l’entrevoir, masquée par des reliefs rocheux. La montée est raide et je ne parviens pas à discerner le chemin, les cairns étant assez rares dans la première moitié. Je fais sans doute plus de chemin que nécessaire, je serpente entre les ruisseaux et zones humides. Les jambes n’y sont toujours pas, je marque des pauses régulières. Je n’ai ni l’énergie ni l’envie, avec cette météo ingrate.



Le dédale de pierriers qui s’ensuit est interminable et je ne parviens que tard au paso Huapi. Quelques éclaircies me permettent d’apprécier la quebrada Cojup, du moins de l’imaginer. La descente est glissante, peu lisible, il me faut recourir maintes fois au GPS.




Le chemin descend tout droit avant de bifurquer à l’ouest pour rejoindre la piste en contrebas. Je pensais pouvoir entamer la grimpette au prochain col mais il n’en sera rien, je n’ai pas la force, et il serait dommage de ne pas attendre le matin pour profiter de la laguna Palcacocha. D’ordinaire j’attends toujours que la pluie cesse pour poser la tente mais je comprends vite que l’occasion ne se présentera pas. Je trouve un emplacement au bord de la piste, entre 2 rochers et 3 bouses, et je dresse la tente rapidement. Je suis trempé, les affaires aussi, la protection du sac ne pouvant tout couvrir avec la tente accrochée à l’extérieur. Après Huayhuash, je commence à avoir l’habitude et pour le coup, ce ne sont que 2 nuits, ça aide à relativiser. Dîner à la frontale, j’ai préparé en amont une salade de lentilles pour les 2 soirs, cela me permet d’économiser le poids du réchaud + gaz + popote.
J2 : Quebrada Cojup (4400m) => Quebrada Ishinca (4300m)
20km, 1500D+
8h
Réveil avant le lever du soleil. Le petit-déjeuner est rapide, pas de réchaud pour faire du café, simplement un mélange de graines avec du lait réhydraté. Je fais le sac dans la tente et je laisse celle-ci sur place le temps de me rendre à la laguna Palcacocha. La tente est visible puisqu’en bord de route mais il n’y a aucun passage sur cette piste fermée à l’entrée de la quebrada, et encore moins à cette heure-ci. Mine de rien, c’est un petit aller-retour de 5km environ jusqu’à la lagune, avec un peu d’élévation. Que c’est agréable de marcher sans une enclume sur le dos…


La piste est roulante, je parviens rapidement à la lagune. Au premier abord, un spectacle gâché par d’immenses bouées rouges et des tuyaux au beau milieu du lac. Je suppose que ce sont les gouttières installées il y a une dizaine d’années pour contrôler le niveau du lac et limiter les risques d’inondation. En 1941, après la fracture d’un pan du glacier, des laves torrentielles ont déferlé sur la vallée et Huaraz, tuant plus de 6000 habitants. Ça rappelle tristement la tragédie de Yungay, quelques décennies plus tard. Je crains que cela n’annonce de futures catastrophes dans les années à venir avec le réchauffement climatique.

Revenons-en à des considérations plus joyeuses. La lagune est magnifique, reflétant les géants de glace qui l’entourent. Je m’avance un peu pour obtenir une vue sans objet parasite. Le soleil n’est pas encore sorti (le sera-t-il un jour ?), l’eau est d’un beau bleu translucide et offre un effet miroir formidable.




Retour à la tente, j’aperçois ce que je soupçonne être le col d’Ishinca, la difficulté majeure du jour, avec son glacier. Après avoir tout empaqueté, je prends la route, du moins j’essaie de la repérer. L’itinéraire est loin d’être clair, les cairns sont pour le moment absents. Il s’agit en réalité de ne pas monter droit dans la pente, qui plus est particulièrement rocheuse, mais de rester en bordure des rochers et d’avancer en direction du lac. Finalement la montée est assez douce dans cette première partie (on ne va pas s’en plaindre) et les cairns commencent à apparaître.
Quelques belles vues sur la vallée, parsemée d’une fine couche de neige, et sur les glaciers. La laguna Palcacocha, désormais ensoleillée, présente de beaux tons turquoises. En grimpant, le décor devient de plus en plus minéral, je croise quelques petites lagunes aux couleurs diverses et de petits glaciers, cela devient si banal qu’on n’y prêterait même plus attention.







Physiquement j’accuse le coup, encore, après la longue journée de la veille. Ce sont près de 1000m à gravir pour atteindre le paso. Je marque des pauses fréquemment. A plusieurs reprises dans les imposants pierriers, des cairns signalent des trajectoires contraires. Je choisis rarement la bonne, et cela me rajoute souvent quelques mètres de rab, ce dont je me passerais volontiers. Il y a un peu de neige au sol, pas assez pour gêner l’orientation, mais suffisamment pour finir les pieds trempés. Avec le soleil, elle devient molle et glissante, il faut maîtriser les pas pour ne pas se fatiguer, mais le sentier n’est pas forcément exposé.
J’atteins enfin le paso Ishinca à 11h. A près de 5350m, c’est le plus haut col que j’ai franchi lors d’un trek, plus haut que le Palomani au pied de l’Ausangate. Avec un sac chargé et un tel dénivelé, c’est un véritable défi.



Je découvre l’autre partie du col, supposée sur glacier, qui en effet est recouverte d’une épaisse couche de neige. Je me suis renseigné quelques jours plus tôt auprès de guides, le paso ne présente selon eux pas de difficulté particulière hormis une bonne couche de poudreuse. Visuellement, cela semble se confirmer mais je devine de possibles crevasses au loin.




Le vent est glacial et n’invite guère à la réflexion, je me couvre et j’enfile les crampons rapidement. Je lis la trace une dernière fois et je m’élance sur le glacier. La neige est épaisse, les crampons ne sont sans doute pas nécessaires mais permettent avec les bâtons de garder l’équilibre. Sur la droite, j’aperçois du beau sommet de l’Ishinca (5530m). Mieux équipé et sans doute à une période plus propice, j’aurais volontiers fait un détour par cette cime immaculée. Je consulte régulièrement le GPS pour m’assurer d’être sur le bon itinéraire. La neige a recouvert toute empreinte, je ne peux me fier à rien d’autre sinon à mes yeux. A un moment, je me retrouve face à une fosse de quelques mètres. Je suis pourtant bien sur la trace GPS, mais clairement pas confiant à l’idée de descendre là-dedans.



Je tente de contourner par le sud mais impossible. Je remonte pour passer cette profonde cavité par le nord, sans parvenir à trouver une solution. Une rampe de neige semble descendre dans celle-ci puis remonter de l’autre côté. Autour quelques trous, j’hésite. J’ai beau tâtonner avec les bâtons, la neige est bien trop profonde et je ne touche que rarement le sol. Je décide de passer, partagé entre l’idée de progresser doucement et l’envie de vite en ressortir. Soudain je m’enfonce de 60 bons centimètres. C’est une combe, où la neige s’est entassée, mais la sensation de chute sur l’instant ne me laisse pas indifférent. Derrière le Ranrapalca (6162m) gronde régulièrement et laisse s’échapper des blocs de glace avec fracas.

La suite est heureusement plus tranquille et je trace mon sillon au travers du manteau neigeux jusqu’à la terre promise. Le temps se couvre soudainement et il se met à neiger. Pas mécontent d’avoir pu traverser le glacier avant que le temps ne se gâte. Je descends sans tarder et je m’abrite plus loin dans une grotte formée par des rochers écroulés.
La neige cesse peu à peu, je reprends la descente vers la vallée. Sous le col, la laguna Ishinca se dévoile dans un décor glaciaire. Non loin, on peut apercevoir le petit (et basique) refuge Vivaque Longoni, ouvert uniquement en saison (et sur demande ?).


Le sentier plonge ensuite dans la vallée d’Ishinca, célèbre auprès des andinistes pour les immenses glaciers Tocllaraju et Palcaraju.


Une fois en bas, je découvre le refuge Ishinca, fermé à cette période. Néanmoins il est possible de bivouaquer autour et de se servir du préau comme abri en cas de pluie.


Je profite de quelques vues sur les glaciers avant que n’arrivent les nuages et j’en profite pour monter la tente afin qu’elle puisse sécher, même si elle ne le restera longtemps.


Malgré la fatigue, je finis par me motiver pour monter à un mirador sur les lagunes via un chemin aperçu lors de la descente (et mappé sur OSM). Malheureusement seule la première lagune est visible depuis là-haut et une épaisse brume a complètement recouvert les environs. Je rentre à la tombée de la nuit, alors que la pluie débute.


J3 : Quebrada Ishinca (4300m) => Pashpa (3550m)
20km, 800D+
7h
Réveil à 5h, pas de temps à perdre aujourd’hui ! J’aimerais atteindre le col assez tôt, en espérant que le temps soit au rendez-vous, et boucler la fin du trek pour rentrer à Huaraz à une heure décente. La tente est encore trempée, difficile de feindre la surprise…. Dehors le ciel est bien couvert, j’espère que ça va se lever. On distingue à peine les glaciers liés du Tocllaraju et Palcaraju… Heureusement que j’ai pu brièvement en profiter la veille dans l’après-midi.
Je me prépare pour le dernier col, d’en bas ça ressemble à du kilomètre vertical sur une pente abrupte. Je ne distinguais déjà pas de sentier la veille avec le soleil, alors avec la brume qui règne ce matin… Heureusement j’ai déjà repéré le point de départ. Je navigue entre les pierriers et buissons et je prends ce qui s’apparente vaguement à un sillon herbeux. Ce n’est qu’après quelques minutes, comme la veille, que je croise de petits cairns qui confirment la trajectoire. Le sentier, si tant est qu’on puisse le caractériser comme tel, est partiellement masqué par de hautes herbes humides, heureusement que j’ai enfilé le pantalon de pluie.
Peu à peu, le trail devient plus clair avec un sillon qui se dessine dans la pente. C’est particulièrement raide et pourtant bien plus roulant que les jours précédents. A mesure que l’on s’élève, le décor devient plus minéral, traversant divers pierriers. Je me retourne pour apprécier quelques sommets qui s’élèvent au dessus de la quebrada. Pour les glaciers, cela semble peine perdue, ils se confondent avec le ciel nuageux. Je doute également pouvoir profiter d’une vue sur les lagunes à leurs pieds, cachées par les divers éléments rocheux. Pour en profiter, je pense qu’il est nécessaire de prendre le trail au Tocllaraju depuis le refuge (indiqué et visible) et de monter 200-300m en altitude, avant d’atteindre le glacier. Ça me semble être le meilleur angle de vue, qui permet également d’avoir le glacier du Palcaraju en arrière-plan. Les images satellite m’avaient laissé espérer un magnifique complexe de lagunes mais je n’en verrai finalement pas les couleurs.

Après 2 jours de souffrance, enfin je marche à bonne allure. Le sac est certes plus léger, mais le corps s’est remis en condition. J’en profite pour remettre un coup d’accélérateur alors que la neige commence. La dernière portion jusqu’au col est bien moins évidente. Une casse (pente d’éboulis) s’étend sous le col, constituant peut-être une meilleure option lorsqu’elle est enneigée (mais c’est purement hypothétique), notamment en descente. Les cairns signalent un parcours plus aérien au travers de dalles rocheuses qu’il convient d’escalader en posant les mains. Pas de difficulté technique particulière mais des jambes lourdes, un sac chargé et surtout des dalles humides et glissantes rendent l’exercice un peu plus complexe. La neige qui me fouette le visage ne me permet pas de sortir le GPS pour vérifier ma position et un cairn m’induit en erreur sur une portion piégeuse et exposée. Je détruis le cairn insidieux et je reprends le bon itinéraire jusqu’au col.




J’avais placé tant d’espoirs dans ce dernier col. Après des semaines à braver les éléments, tout semblait au beau fixe. Des prévisions positives, une heure matinale et un décor grandiloquent. Malheureusement les montagnes sont impitoyables. Après quelques minutes à subir les éléments déchaînés, je me résous à redescendre sans les vues espérées. Je ne discerne pas de sentier, entre la neige et les innombrables torrents, mais le terrain reste moins hasardeux qu’avant le col. Je ne me rends compte que de longues minutes plus tard de la présence de la laguna Akilpo. La brumasse épaisse ne lui rend guère hommage et je patiente à nouveau de longues minutes en guettant une improbable éclaircie. Quel gâchis. Je dis adieu à mes glaciers, possiblement les derniers du Pérou, je suis bien trop las pour retenter encore l’expérience.


Le sentier suit les bords de la lagune, où je croise un campement sommaire entre sable et cailloux, et s’ensuit une redescente douce jusque dans la vallée, verte et humide, d’Akilpo.


La vallée se réduit, s’élargit de nouveau, et laisse place à une longue forêt de polylepis aux couleurs chatoyantes. Malgré quelques bestiaux qui traînent et des zones un peu plus humides, il y a l’embarras du choix pour poser une tente en cas de bivouac.






La fin est un peu longuette, à cet instant on ne souhaite que rentrer chez soi. Au hameau de Honcopampa il faut encore suivre la route en espérant un providentiel véhicule qui me redescendrait, mais personne en vue. Je tente de rejoindre le village de Pashpa où par chance un collectivo dessert directement Huaraz (10s).
Bilan
Ce trek fut, à mes yeux, l’un des plus marquants en Amérique du Sud. La rudesse, l’isolation qui le caractérisent jouent certainement dans mon ressenti. 3 cols à plus de 5000m, une traversée de glacier et un sentier souvent ingrat, c’est un défi qui se mérite et que je ne recommanderai pas à n’importe qui, notamment en période des pluies.
Si les sentiers sont quand même marqués par quelques cairns éparses, et mappés sur OSM, on ressent parfois ce sentiment d’exploration, comme si l’on ouvrait une nouvelle route au travers des montagnes. On trace parfois notre propre chemin, on guette la moindre ouverture entre les grands pics rocheux et on progresse souvent au feeling.
Chacun des 3 cols est un moment suspendu, laissant apparaître un nouveau décor fait d’imposants sommets, d’incommensurables glaciers et de belles lagunes colorées. Quand le célèbre trek du Santa Cruz offre un seul col, celui-ci vous en donne 3, tous plus saisissants. Pour le meilleur et pour le pire.

